Bienvenue dans une des étapes charnières de l’entrepreneuriat : la levée de fonds. Pour qu’elle soit réussie, il faut le bon timing, les bons invests, le bon pitch… Voici notre top 10 pour savoir si ton projet est prêt à vivre sa première levée.

Lever ou ne pas lever, telle est la question. Même si la levée de fonds semble être une étape incontournable de l’entrepreneuriat, elle ne correspond pas à tous les projets et dépend surtout de ton timing. Es-tu vraiment prêt·e à lever des fonds ? Quelles sont tes motivations et comment y répondre ? On a demandé à Anne Gerset, fondatrice de makesense_invest, de te livrer ses meilleurs conseils.

1. Savoir ce que tu recherches au-delà du financement.

Il y a trois principales raisons de lever des fonds : un besoin de financement pour accélérer la croissance, un besoin d’expertise et de réseau pour renforcer l’équipe et la recherche de chiffre d’affaires grâce à un effet d’entraînement commercial. Cette question est donc primordiale pour choisir le bon fonds et que celui-ci comprenne tes attentes.

2. Être prêt·e à partager le pouvoir et la valeur.

Lever des fonds, c’est accepter de partager le contrôle et d’avoir des comptes à rendre. Les investisseur·ses apportent des conseils, compétences et accompagnement, mais interviendront – en assumant leur désaccord – si les choses se passent mal. Si tu souhaites rester le capitaine du navire pour l’instant, la levée n’est peut-être pas la bonne voie (et c’est ok).

3. Prévoir du temps et choisir son timing.

Une levée prend 3 à 8 mois (idéalement 6 mois). Ça prend du temps, de l’énergie et un travail de longue haleine. L’un·e des fondateur·ices doit être pleinement mobilisé sur la levée (ou alors 2 fondateur·ices à 50%).

Mieux vaut commencer avant les périodes creuses (été, fin d’année) et ne pas attendre la fin de ses droits chez France Travail ou d’être à bout de trésorerie pour se lancer. Sinon, la pression est trop importante, tu risques de moins bien vivre la levée et de terminer épuisé·e.

4. Anticiper l’impact de cette levée sur tes activités, tes associé·es et toi-même.

Avec l’équipe fondatrice, discute le plus tôt possible du pacte d’actionnaires (départs, répartition des parts, vision commune). Ces sujets comptent autant que la valorisation et éviteront des dissensions en cours de route.

Continue à développer ton offre. Tu devras continuer à délivrer opérationnellement pendant la levée, surtout si elle prend du temps et que tu as d’autres financeur·ses derrière toi. Et si la levée dure plus longtemps, tu dois être capable de garder le navire à flots.

Sur la vie perso, prévois une charge mentale élevée, un rythme soutenu, 6 mois intenses. Anticipe et délègue avant de laisser l’épuisement s’installer.

5. Explore les autres options et fais des combinaisons.

Ouvrir son capital n’est qu’une option parmi d’autres. Il existe de nombreuses formes de financement pour soutenir le développement. La combinaison de plusieurs instruments est souvent la plus judicieuse. Explore tes options.

Sur le non-dilutif, il y a les subventions, les prêts, les concours, les prix, les financements publics ou les prêts participatifs.

Sur le dilutif, il y a les actions simples (intégration dans la gouvernance), les obligations convertibles (de la dette qui peut devenir des actions), le BSA Air (un accord d’investissement rapide basé sur une valorisation cible), le BSA Ratchet (qui permet à l’investisseur·se de se retirer si la valorisation baisse) et les BSPCE / actions gratuites (fidélisation des fondateur·ices et salarié·es).

6. Fais la distinction entre Business Angles et fonds.

Les Business Angels (financeur·ses qui investissent à titre personnel, aka les BA) et les fonds sont complémentaires. Les fonds rassurent les BA (en apportant de la structure et de la rigueur) et les BA apportent un accompagnement humain et une grande proximité. Ils ont des différences dans leur fonctionnement :

Les BA prennent souvent des décisions via des coups de cœur humains. Ils décident seuls, sans comité et veulent en général s’impliquer activement au démarrage, partager leur réseau et leurs conseils. Ils ont peu d’obligation de sortie, mais la majorité cherchera à récupérer son capital à terme.

Les fonds ont un rendement cible et gèrent un portefeuille. Leurs décisions sont prises de manière collégiales via un comité d’investissement avec une due diligence (vérification de l’analyse financière et humaine de la boîte) approfondie. Ils ont une obligation de sortie et viendront donc récupérer leur capital le moment venu.

7. Cible le bon fonds.

Chaque fonds a ses particularités et ses manières de fonctionner. C’est un match qui se fait des deux côtés : le fonds doit être séduit par ta boîte et tu dois être séduit·e par le fond.

Consulte les listes (ou mappings) des fonds d’investissements, puis trie-les en fonction de leurs critères clé : taille du ticket moyen, stade de maturité ciblé, niveau de rentabilité attendu, secteurs ou thèses d’investissement (ESG, impact, généraliste…), absence de concurrents directs dans leur portefeuille et type de participation (minoritaire / majoritaire).

Pour aller plus loin, tu peux consulter : le track record et profil de l’équipe, l’expertise sectorielle, les exigences de reporting, l’alignement culturel et le type d’actionnariat (fonds evergreen ou non).

8. Prends contact avec les autres boîtes du portefeuille.

Une fois que tu as ciblé ton fonds, n’hésite pas à faire des appels de référence avec d’autres entrepreneur·ses accompagné·es pour vérifier le fit entre le fonds, ta solution et le style d’accompagnement.

9. Se préparer à la négociation.

Si tu lèves pour la première fois, le tour “seed” typique est environ de 500k€. Mais les fonds vont toujours questionner le besoin réel. Est-ce qu’il y a vraiment besoin de 500k€, ou le prix artificiellement gonflé ? Plus tu donnes d’informations, plus le fonds est armé pour défendre ton dossier. Fournis une note d’investissement claire, des données financières avec des projections solides et des documents structurés et transparents (tu peux faire signer un NDA si tu le souhaites).

Réfléchis à la gouvernance que tu souhaites proposer. C’est d’ailleurs souvent plus stratégique que la valorisation. Quelle place le fonds occupe-t-il ? Quelles décisions nécessitent validation (stratégiques, budgétaires) ? Quelle marge de manœuvre pour les fondateur·ices ? pour les investisseur·ses ?

Ce que tu ne peux pas négocier : la “thèse” d’un fonds (ses secteurs d’investissements) qui est fixée et immuable.

10. Prends contact avec les analystes.

Ce sont eux qui font le premier tri ! Si tu n’arrives pas à convaincre l’analyste, tu ne convaincras pas le reste de l’équipe. Alors, au lieu d’envoyer des messages LinkedIn à des directeur·ices de fonds qui reçoivent des demandes tous les jours, prends contact avec elle ou lui. Ça te permet de vérifier si tu cibles le bon fonds et si ta candidature est solide. Moins sollicités, ils auront davantage le temps de faire un réel retour.

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