Une rencontre peut-elle changer votre vie ? Et le monde par la même occasion ? Toujours prêt à donner son corps pour la science, Vianney retrace celles qui ont fait – ou feront – tout basculer.

Je ne les ai pas toutes rencontrées au même moment. 

La première c’était déjà il y a un bout de temps. Je l’ai appelée la rurale, doux souvenir. Ce sont mes parents qui ont facilité la rencontre. Je te vois sourire, ça va hein. Ça se fait encore beaucoup plus qu’on ne le croit. Elle était… comment dire. Elle venait de la terre. Du réel. J’ai pas eu le temps de me faire des idées fantasmées ou complètement biaisées sur elle, je l’ai vue, ancrée dans le vrai, j’ai appris à la connaître en passant du temps avec elle dans la nature, dans les sillons du champ, dans les rangs d’oignons et autour des semis de batavia. J’ai vite compris son truc : d’un côté tu regardes autour de toi, tu comprends peu à peu comment ça fonctionne et de l’autre tu vois ce dont tu as besoin pour vivre. Tu mènes ensuite une négociation entre les deux pour que les cycles et désirs soient toujours respectés et zou. 

Politique, mon amour

La deuxième, c’est une histoire un peu bizarre, c’est la politicienne. Je ne sais pas si vous avez le temps…si ? En gros on s’est croisés pour la première fois en école, à Paris-Grignon. Elle était au premier rang, cachée dans les notes de mon professeur en politiques environnementales. Cela faisait plusieurs fois que je jetais des coups d’œil discrets vers elle sans trop savoir si on était faits pour passer plus de temps ensemble. J’ai fini quand même par oser entamer la conversation, fin 2015. Sur le moment, j’ai cru au coup de foudre, le vrai. Et puis elle est devenue distante, répondait moins à mes messages. L’histoire avec elle ne s’arrête pas là, je vous en reparle tout à l’heure, faites-y moi penser. 

Entre temps, il faut quand même que je vous parle de la Parisienne. Franchement, tu ne peux pas la louper : hyperactive, inventive, lumineuse. On s’est vus tout le temps à partir de 2017, c’est un pote, Maxence, qui nous avait mis en lien au départ parce qu’on était intéressés par les mêmes sujets. Elle son credo pour notre couple, c’était le petit pas. Pierre après pierre, brique après brique. On va pas trop vite, on prend le temps. S’il y avait un problème, c’était surtout à moi ou elle, individus, de le résoudre. Elle m’a pas mal convaincu, au début de notre relation au moins. On se baladait souvent ensemble en refaisant le monde et en regardant les colibris voler autour de nous. On a souvent fait des points sur notre relation – souvent via les réseaux sociaux malheureusement – et elle me disait : le but c’est qu’on se transmette une énergie saine tous les deux, et qu’on limite au maximum ce qui nous pollue au quotidien. Un truc qui m’énervait beaucoup chez elle, c’était ses grands discours. Toujours plein de trucs théoriques, intelligents hein, mais tellement théoriques. Mêmes sur des choses qu’elle ne connaissait pas. Un jour, j’ai rencontré un gars à qui j’ai raconté mes questionnements quant à cette relation. Je me sentais quand même hyper coupable sur plein de trucs, je faisais pas assez…Et là il m’a dit un truc qui m’a secoué. J’étais pas le seul fautif dans cette histoire. J’avais faux sur pas mal de choses. Et il m’a emmené à une soirée avec plein de gens qui pensaient comme lui. 

Société, tu m’auras pas

C’est là que j’ai rencontré la radicale. Vous voyez votre pote qui gueule en permanence et qui fonctionne en mode bulldozer ? Bah voilà. Cette nouvelle relation, c’était ça tout le temps. Si un truc pose problème, on bloque sur la question tant qu’il n’y a pas de solution. Voire parfois elle devenait violente. Pour elle, c’était justifié de péter des trucs, c’était bien de tout effondrer pour passer à autre chose, “ça fait depuis 1972 que je te le répète” me disait-elle souvent. En tout cas, ça m’a autant passionné qu’effrayé et je n’ai jamais su quoi en penser. C’est marrant en plus parce qu’elle avait un groupe d’amis au contraire carrément paisibles (mais j’ai vite compris qu’ils étaient aussi très désabusés) et les vacances avec eux étaient agréables. Tiens, je vous l’avais promis, c’est aussi à cette époque que j’ai recroisé la politicienne. Et là, comme en en 2015, nouveau coup de foudre. J’ai réalisé ça en tombant hyper malade, je l’ai vue s’activer et j’ai réalisé à quel point son pouvoir était grand. Fascinant. J’adorais l’écouter, j’adorais son énergie, son climat apaisant.. Du coup je lui ai dit que j’avais envie qu’on tente un truc mais qu’il fallait me laisser du temps. Pour préparer un truc pour Avril 2022, ou même avant. 

Le coup de foudre au pluriel, ça existe

Si je vous raconte tout ça, c’est qu’à cet instant précis, elles sont toutes les quatre face à moi. Au même moment. Ces quatre visages de l’écologie m’observent. Et s’observent entre elles. La radicale se moque des petits pas inutiles de la parisienne. Mais sans la parisienne et ses petites campagnes de communication, on n’aurait peut-être pas eu l’Affaire du Siècle et ses 2,3 millions de signatures. La parisienne note le manque de recul scientifique de la rurale. Mais sans la rurale, on n’aurait pas 10% des exploitations françaises fournissant nos marchés de produits biologiques

La rurale critique la politicienne complètement déconnectée de la réalité du terrain. Mais sans la politicienne, on n’aurait pas des milliers de jeunes prêts à endosser l’écharpe de maire ou de députés pour défendre la justice sociale et écologique face à d’autres élus. La politicienne explique à la radicale que “lutter contre” ne permettra jamais de construire une société digne de ce nom. Mais sans la radicale, on n’aurait pas d’actions coup de poing freinant la machine mondiale lancée à mille à l’heure.

Le ton est monté très vite. Et puis d’un coup j’ai compris.
On est six. Elles quatre, moi et le monde du vivant. 

Six, c’est pas un couple à deux, ni même un trouple à trois. À six, ça fait un souple. 

Depuis plusieurs dizaines d’années, on passe des heures à débattre, à dire que tel couple ne peut pas marcher, que telle histoire est vaine. Et pendant ce temps, on perd du temps, tellement de temps et on laisse d’autres histoires avancer tranquillement. Les histoires de nos adversaires. Vous les connaissez peut-être : la capitaliste, l’élitiste, la populiste, la technophile. Ce sont elles qui sont problématiques, pas les autres. 

Soyons souples. Ne perdons plus de temps et gagnons le combat.