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« Lutter contre les déchets dans le tourisme & l’événementiel « 

Vous avez décidé d’œuvrer à la réduction des déchets dans votre organisation de tourisme ou d’événementiel ? Bienvenue à bord ! Après avoir défini une vision commune (step 1) et conduit un audit des déchets (Step 2) la prochaine étape sera de comprendre le système de gestion des déchets dans votre contexte local. Quels sont les sujets clés que vous devrez étudier ? Voici quelques pistes à explorer. Etes-vous prêt à plonger avec nous dans le monde merveilleux des poubelles ? 😉 

Pourquoi?

Comprendre votre contexte local vous aidera à :

  • Etre en conformité avec les législations existantes, c’est toujours mieux d’éviter une amende !
  • Bénéficier d’opportunités existantes, plutôt que de vous fatiguer à en créer de nouvelles.
  • Déterminer quelles sont les solutions disponibles et choisir celle qui est la plus appropriée à vos besoins.
  • Soutenir l’écosystème local de gestion des déchets, y compris les associations et autres petits acteurs.

1. Qui est en charge de quoi ?

La gestion des déchets n’est pas uniforme dans tous les pays mais la Banque Mondiale cite qu’à peu près 70% des services de gestion des déchets sont directement gérés par des entités publiques locales.

Bien sûr l’objectif n’est pas de vous transformer en experts de la gestion des déchets, mais plutôt de vous aider à comprendre qui sont vos partenaires directs et quelles sont vos responsabilités en matière de gestion des déchets, parce que nous avons tous des droits et des devoirs !

Qui est en charge ?

Même si c’est différent dans chaque pays, vous devriez être capables de trouver pour votre pays les documents clés et régulations (comme par exemple la Constitution, le Code Environnemental…)

En outre, pouvez vous aider d’outils tels que Atlas Waste  –  carte en accès livre qui visualise les données sur la gestion des déchets solides par les municipalités autour du monde afin de comparer et des réaliser des benchmarks.

  • Vérifier qui est responsable de la collecte et du traitement des déchets : les autorités régionales ? la ville ? d’autres acteurs ?
  • Est-ce que ces services sont destinés aux citoyens uniquement ou incluent aussi les acteurs privés comme les entreprises et les associations ?
  • Quelles sont les institutions qui financent les projets et programmes de déchets ?

Etes-vous concerné par les lois environnementales ? (spoiler : oui!)

Vous pouvez directement vérifier sur le site web de votre institution (Ministères ou agences publiques en charge des déchets, Chambre de Commerce) ou dans les journaux et sur internet.

Est-ce que ces lois spécifiques sont liées à vos propres responsabilités et devoirs ? Dans la plupart des pays, un concept répandu de gestion des déchets est le « Principe pollueur-payeur » qui signifie que ceux qui polluent, les producteurs de déchets, doivent payer le prix pour que les déchets soient complètement éliminés. Par exemple :

En Grande Bretagne, il y a le Waste Duty of Care : en tant qu’entreprise, vous avez la responsabilité légale de vous assurer que vous produisez, conservez, transportez et éliminez vos déchets sans porter atteinte à l’environnement.

En France, suite à la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, le « décret 5 flux » a été passée en 2016, rendant obligatoire pour les entreprises de trier le papier, le verre, le plastique, le bois et le métal et de contracter avec des opérateurs de déchets pour leur gestion.

Est-ce que ces lois interdisent des types de déchets spécifiques ? Afin de protéger l’environnement, de nombreux pays interdisent progressivement certains produits, en particulier les produits en plastique à usage unique :

Le PNUE mentionne que l’Afrique se démarque en étant le continent où le plus grand nombre de pays a instauré une interdiction complète de la production et de l’utilisation des sacs en plastique. Parmi les 25 pays Africains, plus de la moitié (58%) a réalisé la transition complète entre 2014 et 2017. En Europe, l’Union Européenne (UE) a voté en 2018 pour interdire une longue liste d’objets en plastique à usage unique, la loi sera appliquée à tous les pays de l’UE à partir de 2021.

  • Vérifiez la position de votre pays en matière de législation : rapport_PNUE (réglementations des pays en matière de sacs en plastiques)

2. What are your local waste specificites ?

Priorités politiques locales liées aux déchets

Quelle est la stratégie locale en matière de gestion des déchets ? Est-ce qu’il y a des objectifs de réduction des déchets ? Est-ce que les autorités locales encouragent les professionnels à mieux gérer leurs déchets ?

Identifiez les enjeux actuels et les priorités des autorités locales : santé, climat, protection des ressources, énergie, emploie, agriculture, tourisme… Pouvez vous les relier à la gestion des déchets ? Si vous avez besoin de soutien des autorités ou de donneurs pour lancer votre projet, montrez en quoi votre projet peut contribuer à leurs enjeux et engagements :

  • Attractivité : 80% des touristes allant au Zanzibar envisagent de ne pas retourner sur l’île parce qu’elle est polluée par des déchets (qui proviennent principalement de l’industrie du tourisme)
  • Santé : selon l’ONU Habitat, la mauvaise collecte ou le mauvais traitement de déchets favorise six fois plus d’incidents d’infections respiratoires graves. Les décharges sont des zones de prolifération de bactéries et autres animaux nuisibles.
  • Energie : la méthanisation ou le processus de transformation de plastique en combustible peuvent  fournir des sources alternatives d’énergie, en particulier pour des régions retirées.
  • Emploi : l’économie circulaire a tendance à générer 10 à 500 fois plus d’emplois que l’économie linéaire.
  • Agriculture : composter les déchets organiques peut permettre de créer des fertilisants respectueux de l’environnement pour les fermiers locaux : voici une success story de San Francisco.

Infrastructures et règles de tri sélectif

En matière d’économie circulaire, il est crucial de vérifier quelles sont les infrastructures existantes. Cela permettra à la fois de déterminer quelles sont vos solutions et influencer leurs coûts. En fonction des options existantes, préférez des matériaux dont vous êtes sûr qu’ils pourront être récupérés :

Quels sont les différentes routes des flux de déchets ?

Est-ce que des infrastructures sont déjà construites à proximité ? Est-ce qu’il y a des usines de composte ? Des usines de dépôt d’objets de seconde main ? Des établissements de tri des déchets ? Des usines de recyclage ? Des usines de méthanisation ou d’autres types de récupération ? Est-ce qu’il y a des décharges planifiées et gérées ?

Il est aussi important de savoir quelles sont les règles de tri sélectif locales : pour améliorer la qualité du recyclage, certains pays demandent de trier le plastique et le papier différemment. Alors que d’autres les récupèrent ensemble et les trient de nouveau par la suite. Certaines usines ne sont pas (encore) équipées pour traiter certains types de déchets.

Ces règles évoluent avec le temps. Par exemple, la Ville de Paris a étendu en 2019 ses règles de tri pour intégrer d’avantages de flux, et inclue maintenant les emballages en plastique dans ses processus de recyclage :

Considérations environnementales locales

Hormis les lois nationales, certaines régions sont sujettes à des protections environnementales spécifiques. A cause de leur vulnérabilité il faut respecter certaines règles spécifiques. Vous pouvez vérifier avec les agences et autorités environnementales locales, en particulier dans les environnements naturels tels que les montagnes, à proximité des côtes ou les réserves naturelles. Par exemple :

Pour le festival de Bourgogne, il était obligatoire de remplir un formulaire d’autorisation environnementale.

A proximité des criques à Marseille, afin de protéger cette région naturelle, les autorités ont interdis les poubelles et exigé que tous les visiteurs quittent le lieux avec leurs propres déchets.

3. Cartographier les parties prenantes et potentiels partenaires

Maintenant que vous savez qui a quelles responsabilités, identifiez les parties prenantes qui ont un impact sur vos activités, et celles dont vous pourriez vous rapprocher pour soutenir vos projets.

Vérifiez quels sont les différents organismes publiques, entreprises, entrepreneurs et associations qui fournissent des solutions innovantes de gestion des déchets dans votre région. Rapprochez-vous des acteurs qui seraient potentiellement intéressés à vous délivrer des services ou à partager des ressources avec vous.

Contactez les autorités locales afin de bénéficier de l’aide de fonctionnaires chargés de la sensibilisation, des brochures, de la signalétique et parfois de la collection des poubelles.

Contactez les gestionnaires de déchets qui seront en mesure de vous conseiller des solutions pour vos différents flux de déchets, en termes de collecte, de recyclage, de compostage, de récupération d’énergie ou d’élimination sécurisée…

Renseignez-vous sur la présence d’entrepreneurs dans votre région, et si leurs solutions pourraient être pertinentes pour vos activités.

  • Mettez en place des partenariats avec des associations : des associations locales pourraient être intéressées à récupérer et réutiliser vos éléments utilisés (en particulier pour prévenir le gaspillage alimentaire). Les associations sont aussi d’excellents partenaires pour la sensibilisation et des activités pédagogiques.
  • Rapprochez-vous des entreprises et organisations à proximité : en particulier si vous avez une petite quantité de déchets, vous pourriez combiner vos déchets afin d’améliorer leur récupération et de réduire les coûts associés.
  • Rapprochez-vous des organisations similaires dans votre région : peut-être que vous pourriez partager ou prêter votre matériel comme des meubles par exemple.
  • Outre vos partenaires directs de déchets, assurez vous de prendre en compte les événements ou activités de parties prenantes : cela peut être des voisins (assurez-vous que vos déchets ne causent pas d’inconvénients aux alentours), les écoles locales, chiffonniers (est-ce qu’il y en a dans votre entourage ?), les médias locaux, les fermiers (déchets organiques),…

Base de données ouverte

Jetez un œil à notre Base de données globale et collaborative Future of Waste.
Si vous trouvez une initiative sociale ou circulaire qui n’est pas encore dans notre base de données, merci de l’ajouter en utilisant ce formulaire.

4. Quelles sont les habitudes culturelles et convictions des personnes ?

Le secteur du tourisme et de l’événementiel rassemble des publics qui ont des habitudes et des cultures différentes. Ce qui vous paraîtrait évident pourrait être plutôt nouveau, ou même bizarre, pour d’autres.

Bien que nous pensons que les déchets sont des ressources, que nous devons promouvoir une économie circulaire, le simple fait de réutiliser un emballage déjà utilisé peut être considéré par d’autres comme n’étant pas hygiénique. Dans une société rattrapée par une culture consumériste, les déchets sont souvent jetés sans considération.

  • > Faites des recherches afin de comprendre le comportement de la population en matière de gestion des déchets. Quelles sont les pratiques ? Est-ce qu’il y a des peurs ou des appréhensions liées à la santé, à des convictions religieuses ?

En comprenant les blocages (pour des parties prenantes internes et externes), vous serez en mesure petit à petit de les dépasser, à travers la communication, en prêchant par l’exemple, en convainquant des bénéfices économiques, avec des nudges (incitations comportementales)… (Jetez un œil à notre article Tackling waste issues : 10 key steps to lead change)

Témoignage de Hopineo« Au Sénégal, il n’est pas inhabituel de jeter des sacs en plastique sur le sol, dans la rue, ou même dans son propre jardin après utilisation. En plus des désagréments visuels et parfois odorants, le problème majeur est d’ordre sanitaire. Afin de progressivement régler ce problème majeur, tous les ans, le village de Sandicoly organise une célébration de propreté, sous la direction du Campement du Niombato. Le jardin le plus propre gagne un prix, financé par l’activité touristique du campemen. Ainsi, les bonnes pratiques sont adoptées petit à petit tout au long de l’année. »

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