Il n’y a pas que des énarques qui briguent un fauteuil à l’Assemblée Nationale. Il y a aussi celles et ceux qui ressemblent plus à ton bon pote qu’à un politicien sur BFM TV. On vous présente Lumir, Stéphane et Claire ?

Le 12 et 19 juin prochain, les élections législatives – le troisième tour comme le qualifient maintenant la plupart des commentateurs – auront lieu. C’est à ce moment que nous choisirons nos députés. Ton coloc t’expliquera peut-être avec passion “tu sais c’est ceux qui gueulent dans un amphithéâtre et qui font passer des lois en secret à 3h du mat.” Ces élections ô combien essentielles et incertaines (Emmanuel Macron parviendra-t-il à avoir une majorité ? Une cohabitation avec la nouvelle coalition de gauche, la NUPES est-elle plausible ? L’extrême droite confirmera-t-elle ses hauts scores de la présidentielle ?) seront également l’occasion de reprendre espoir en voyant débarquer des petits nouveaux et nouvelles. Leur rôle : dépoussiérer le monde politique. Mais alors que diable vont-ils ou vont-elles faire dans cette galère ? Creusons, allons farfouiller ensemble.

Lumir Lapray : “Ils ne bougent plus ? On va les remplacer”.

Lumir, c’est la fille que tout le monde aime dans un groupe. Celle qui a toujours une histoire croustillante à raconter. Lumir, née dans l’Ain, quand tu la vois, tu ne te dis pas “ah voilà une politicienne.” Au contraire, tu as plus envie de lui dire “fuyez pauvre folle” avec le ton de Gandalf quand elle te dit qu’elle se lance dans les législatives. 

Lumir donc a 29 ans. Cette fan de Beyoncé est retournée habiter dans sa région natale il y a un an et demi et a décidé d’être candidate dans la 2ème circonscription de l’Ain. Elle qui n’est pas du tout de ce monde rejoint Science Po Lyon et se rend compte rapidement du fossé qu’il y a entre elle et une grande partie des étudiants, entre les boursiers et les non-boursiers, les gens des villes et ceux de champs (oui on caricature mais c’est pour rendre cet article poétique et imagé). Face à cela, elle crée une asso qui s’appelle Optimist et qui aide les étudiants à réussir leur intégration et leur parcours à l’université. Le but ? “Permettre à tous et à toutes d’avoir les mêmes chances de réussite dans l’enseignement supérieur.” Chouette. 

On pourrait aussi te raconter ses expériences de syndicalisme aux US pour l’augmentation du SMIC, son engagement par la suite dans le mouvement climat, avec Alternatiba notamment… Mais ne perdons pas notre fil conducteur. Il y a un an Lumir commence la formation Investies, “pour l’émergence d’une nouvelle génération de femmes en politique”, lit-on sur leur site. Lancée par Quitterie De Villepin, cette formation a rassemblé des jeunes femmes de tous horizons (Lumir en faisant partie), pour les former, leur donner un espace d’échange et pourquoi pas les pousser à s’engager en politique. Avec Lumir, ça a fait mouche. 

Pourquoi s’est-elle décidée à se lancer dans un combat qui s’annonce aussi ardu que épuisant ? Sa réponse est claire et cinglante en trois points :

  • Un très perso, voire intime, d’abord. Elle veut des enfants, Lumir. Mais pour en avoir, il faut avoir des certitudes que les gens qui façonnent aujourd’hui le monde de demain ne sont pas en train de faire des conneries. CQFD. Cette envie de devenir maman catalyse donc son envie d’engagement politique. C’est mathématique, vois-tu.
  • La covid. Entre le moment où cette petite enflure de virus est arrivée en France et le confinement, il y a eu très très peu de temps. Et là Lumir s’est dit : on peut changer de société très rapidement. On peut faire des choix de rupture, on peut bouleverser notre fonctionnement économique, culturel, social, politique très, très rapidement. Pourquoi ne fait-on pas la même chose pour les crises démocratiques, sociales ou encore écologiques actuelles ?
  • Lastbeutenotliste, quand tu relis la vie de cette fille, quand tu fais la liste de ses engagements pour l’égalité des chances notamment, tu comprends l’urgence pour elle de mettre à l’Assemblée, lieu de pouvoir très important, des gens qui ne sont pas que des privilégiés. 

L’investiture de la NUPES, ça s’est fait comment ? Ce fut long et compliqué. Le dialogue avec les différents partis de l’arc écologique et social dure depuis maintenant plusieurs mois. Il a fallu tisser des liens, faire grandir la confiance pour que la NUPES décide d’adouber, au terme d’un long et fastidieux combat, la jeune femme dans sa circonscription. 

Le truc qui nous a marqués ? Son équipe de campagne regroupe une centaine de bénévoles avec des gilets jaunes, des abstentionnistes invétérés, des lycéens, des retraités, beaucoup de primo-militants… Une impressionnante diversité qui n’a rien d’étrange quand on connaît la passion et la connaissance de Lumir pour le community organizing. Si tu veux vérifier, rends-toi à leur grande réunion de campagne qui a lieu le vendredi 20 mai au soir. Dans une circo où l’UMP puis LR règnent en maître depuis des décennies, où elle est la seule candidate face à 6 candidats (étonnant hein ?) celle qui a été investie par la NUPES se prépare à jouer les trouble-fêtes… Et nous on adore ça. 

Stéphane Ravacley, du croissant à l’assemblée

Au départ, c’est ambiance baguette tradition et flan (nature, le flan s’il vous plaît, toujours). Au départ il y a ce boulanger de Besançon et son apprenti, un jeune guinéen de 18 ans, Laye Fodé Traoré, voué à l’expulsion. 

Loin d’être militant radical ou autre, le boulanger Stéphane scandalisé par la situation se lance dans une grève de la faim pour protester contre l’expulsion de Laye. Nous sommes en janvier 2021. Il tiendra jusqu’à obtenir gain de cause : Laye est régularisé. 

Si on remonte un peu dans le passé au départ Stéphane est fils d’un agriculteur de Haute-Saône, devant élever seul trois enfants après le brutal décès de sa femme dans un accident de tracteur. Stéphane grandit dans le quartier populaire de Montrapon entouré de “toutes les communautés possibles”, il ajoute “à l’époque il n’y avait pas de racisme, on vivait tous ensemble dans une belle ambiance” (sympa, tu nous donnes l’adresse s’il-te-plait ?). Il ouvre en 1998 La Huche à Pain, boulangerie réputée du centre-ville où il travaille désormais avec sept employés, dont Laye.

Revenons au présent et au sujet de notre article. Nous sommes en 2021 et Stéphane participe à l’Académie Des Futurs Leaders, un “campus pour une nouvelle génération de leaders politiques” lancé par Alice Barbe. Dans sa promo, on retrouve notamment Priscilla Ludovsky, dont la pétition avait lancé le mouvement des gilets jaunes ou encore Kevin Vacher, militant marseillais à l’origine de la Rencontre des Justices et Taoufik Vallipuram , Président de Ouishare France. Avec eux, Stéphane participe à des sessions de 3 jours et rencontre des intervenants provenant du monde politique, culturel, et académique. C’est peut-être ce qui lui manquait pour sauter le pas. À 53 ans, ce gilet jaune des premières heures, novice en politique, a donc annoncé il y a quelques jours qu’il continuerait de se battre en devenant candidat aux législatives dans la deuxième circonscription du Doubs, actuellement tenue par le député LREM Eric Alauzet, lui-même réinvesti par “Renaissance” et élu il y a 5 ans à 62,2%. 

L’investiture de la NUPES, ça s’est fait comment ? Sa trajectoire est assez originale de ce point de vue. Dans un premier temps, il annonçait – en avril – sa candidature citoyenne. C’est-à-dire sans parti derrière lui. Dans son annonce cependant, il appelait les partis de gauche à le soutenir pour « l’addition des gauches ». Visionnaire le Stéphane ? Par la suite, le boulanger a été soutenu par le Parti socialiste (PS) mais c’est finalement le parti écologiste (auquel a été dévolue cette circonscription dans le cadre de la NUPES) qui l’investira. Notons que Stéphane Ravacley tient à son indépendance et n’adhèrera pas au parti écologiste, ce qui ne l’empêchera pas de siéger groupe EELV à l’Assemblée nationale. 

Le truc qui nous a marqués ? Dans cette vidéo, les mots de Stéphane nous rappellent un truc fou. L’Assemblée ne compte aucun ouvrier alors que ces catégories représentent la moitié de la population active. Aucun. Imaginez donc Stéphane, arrivant dans l’hémicycle et distribuant des croissants pur beurre, ça aurait de la gueule non ? 

Claire Lejeune, la continuité dans la rupture

Claire, c’est l’urgence paisible. Ses combats pour la justice sociale et écologique sont radicaux, viscéraux, enflammés mais son ton restera éternellement posé et plein de recul. Autrement dit : tu vois à quoi ressemble un plateau de BFM un soir d’élection ? Et bien c’est l’anti-description parfaite de Claire. Est-ce sa formation en philosophie contemporaine et en écologie politique qui lui a donné ce côté sage ? Est-ce sa thèse – Claire est doctorante – intitulée : “La planification face aux crises : généalogie critique d’une gouvernementalité moderne” qui l’incite à nuancer ses prises de paroles, ses actes au regard d’une histoire politique déjà dense et agitée ? 

Même question avec elle qu’avec les autres, pourquoi ? Faisons un accéléré de son parcours et notons une première chose : au contraire de Lumir et Stéphane, Claire est politisée et dans un premier temps encartée chez EELV (parti qu’elle quittera au début de l’année 2022). En parallèle, elle est  très engagée dans les marches climat, active avec Extinction Rebellion pendant un temps. Elle devient secrétaire fédérale des Jeunes écologistes de 2018 à 2019 et annonce officiellement son soutien à Sandrine Rousseau à la primaire écologiste. Vous comprendrez donc que Claire a déjà, un pied dans le monde politique, sans pourtant être élue. 

Pour elle, le parti n’est pas au-dessus de ses convictions. Elle rejoint ainsi l’Union Populaire quelques semaines avant le premier tour “pour une écologie de rupture”. Ce choix, commenté par certains médias met en lumière une des caractéristiques de Claire : elle incarne à la fois son attachement aux partis, à la politique telle qu’elle existe aujourd’hui, malgré toutes ses imperfections et en même temps elle nous montre comment ce monde peut être et doit être dépoussiéré, corrigé, reconstruit. En gros, vous ne verrez pas Claire utiliser le “tous pourris” comme stratégie de campagne… 

Parce que oui. Aujourd’hui Claire se lance, en tant que candidate NUPES elle aussi, dans les législatives, dans la circonscription de l’Essonne.  Face à elle, Robin Reda, investi par la majorité présidentielle…enfin il parait

L’investiture de la NUPES, ça s’est fait comment ? En officialisant son arrivée dans l’Union Populaire, Claire a rapidement fait partie des figures du mouvement, très en vue lors des réunions publiques. Déjà candidate lors des municipales, elle envisageait de se présenter aux législatives, et la NUPES, consciente de ses qualités, lui a proposé rapidement de devenir chef de file. 

Le truc qui nous a marqués ? “L’écologie doit forcément partir d’un mouvement populaire.” Vite fait, bien fait, c’est clair Claire, le genre de phrase parfaite pour conclure un article sur les législatives non ? D’ailleurs mouvement populaire, donc mouvement du peuple, donc peuple, donc nous, donc… On y va ? 

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