Parce qu’il se considère du bon côté de la vie, Usman aide les personnes qui n’ont pas eu la chance de la choisir. Militant du lien social à la Chorba et ailleurs, il se nourrit de celles et ceux que ses actions restaurent. 

Mardi 23 novembre 18h57, Whatsapp crépite. Usman contacte son réseau professionnel et amical pour mobiliser les troupes : “C’est reparti pour un tour ! Avec la Chorba, nous relançons l’action hivernale des petits déj’ 5 jours sur 7 à partir du 6 décembre avec la Gaîté Lyrique et la Fondation de l’armée du Salut. Nouveauté : la distribution se déroule dans un lieu culturel différent de Paris-Centre chaque jour ou presque. On recherche des bénévoles pour distribuer les petits déjeuners et paniers repas, papoter avec les personnes, et orienter celles qui auraient du mal à se repérer. Partant.e pour nous aider ?” 

Usman, directeur adjoint de la Chorba, ne décroche jamais, son énergie semble se renouveler au contact des personnes qu’il accompagne. Dans son asso fondée en 1998 par Khater Yenbou pour distribuer des repas chauds et des colis alimentaires à celles et ceux qui en ont besoin, 150 bénévoles et une quarantaine de salariés récupèrent les invendus des grossistes et des supermarchés, les cuisinent et les servent aux personnes les plus démunies. L’hiver dernier, en plein confinement l’association et ses partenaires ont réussi à servir 231 000 repas chauds et distribuer 8220 colis rien qu’à Paris. “Quand tu rentres chez toi, tu es KO mais tu sais que 700 personnes ont mangé, témoigne Usman. En plus, elles ont pu être accueillies à la Gaîté Lyrique ou à l’Hôtel de ville comme au restaurant, c’est important en termes de dignité.” Si le trentenaire rentre tard chez lui, il est regonflé aux remerciements et aux sourires. “Merci de nous avoir accueillis comme des rois,” dira Naddel. “Tous les jours l’amour dans l’assiette, la famille, l’accueil, la stabilité, la convivialité, la fraternité, la survie, l’équilibre, on vous aime,” ajoutera Amaël. “On sous-estime le pouvoir du sourire dans notre société mais c’est une incroyable récompense”.

Être né quelque part

Recevoir et donner, donner et recevoir, pour Usman ces deux verbes sont indissociables. Mieux encore, ils forment le duo de sa petite musique intérieure qui bat au rythme d’un “j’aurais pu être comme eux”. Cette redevabilité commence l’année de la chute du mur de Berlin qui est aussi celle de sa naissance. Numéro 9 d’une famille qui vit dans 20 m2 à Ivry-sur-Seine, il est d’emblée pris en charge par les services sociaux avec son frère jumeau. “On a été six mois en pouponnière puis on a été placés dans une famille d’accueil à Étréchy (91). Elle devait nous recevoir quelques mois, nous sommes restés 22 ans.” Pour Usman, cette première bifurcation est une chance inouïe. “Mes frères et mes sœurs biologiques ont eu très peu de cadre, très peu de stabilité familiale. Avec mon jumeau au contraire on a eu un socle amical et familial solide, je n’avais pas le droit de gâcher ça.”

La ritournelle “j’aurais pu être comme eux” revient régulièrement au cours de son existence. Quand au lycée professionnel, il se reprend de justesse pour ne pas finir comme cet élève issu du quartier chaud de la Grande Borne à Grigny qui plante cinq coups de couteau dans le ventre d’une de ses profs. “C’était mon premier déclic, je me suis dit qu’il fallait que je bosse. Je suis retourné en filière générale et j’ai fini en école de commerce.” Le couplet résonne à nouveau lorsqu’à l’occasion d’un voyage humanitaire au Sénégal un ouvrier lui confie son rêve d’avoir un passeport français. Ou encore quand il part en Asie avec Meryl son amie d’enfance et qu’il côtoie de près la misère, lui fils d’une mère indienne et d’un père pakistanais.  “Je me suis rendue compte de la chance de pouvoir choisir ma vie. Je suis né sous une bonne étoile, on m’a filé les bonnes cartes.”

De retour d’Inde en 2015, Usman qui était alors consultant dans un cabinet de recrutement quitte son job et fonde avec Meryl l’association Dans ma rue dans le 13ème arrondissement de Paris avec l’idée de s’engager au quotidien au côté des personnes sans domicile fixe. “On n’a pas inventé l’eau chaude, on est juste parti du constat que les personnes d’un même quartier logées ou non, se croisent quotidiennement sans échanger. On a mis en place des maraudes pour aller à la rencontre des personnes sans-abri.” Un véritable cercle de solidarité se crée alors. Le restaurant l’Âge d’or met à disposition sa cuisine et ses locaux pour organiser les maraudes et les clients de La Ruche qui dit Oui ! du 13ème offrent un panier solidaire rempli de produits laitiers et de légumes avec lesquels les sandwichs et la soupe sont préparés.  “Au début nos actions étaient assez décousues mais on s’est rendu compte que ce qu’on savait faire c’était de créer du lien.”

Je suis loin d’être un mec parfait. J’ai fait pas mal de conneries. On peut tous et toutes faire du bénévolat et de l’humanitaire sans avoir à attendre de cocher toutes les cases.

Si l’aventure Dans ma rue remplit les assiettes des personnes sans-abri, elle ne met pas beaucoup de beurre dans les épinards d’Usman qui reste bénévole. Aussi, pour faire bouillir la marmite, éveiller les consciences en volume et impliquer un maximum de personnes dans la solidarité, il imagine The Social Bridge,  un générateur de partenariats entre entreprises et associations. “Ça n’a pas vraiment marché, au bout de deux ans j’ai arrêté.” Quelques mois plus tard, au cours d’un trajet Paris-Londres pour aller “chercher” sa sœur qui s’est retrouvée en grande précarité, Usman découvre l’offre de poste pour la Chorba. “Je savais que c’était pour moi. Je ne me suis pas trompé. J’ai rencontré un directeur incroyable, hyper tolérant. Je cherchais un mentor, il m’a tout appris. J’ai l’impression de ne pas travailler, même s’il faut être parfois sur le pont de  8 heures à minuit. ”

Voilà 4 ans qu’Usman est à la Chorba, 2 ans que sa sœur est en famille d’accueil thérapeutique après avoir pu être soignée et accompagnée, quelques heures avant que le coup d’envoi de la campagne hivernale ne soit donné. “Je vais bientôt revoir les bénéficiaires de la Chorba, ça va être magique. Retrouver des visages familiers c’est hyper important pour tout le monde. Ya-t-il une vie avant la mort ? demandait Pierre Rabhi. J’en suis sûr. Grâce à toutes ces personnes à qui on essaie de redonner le goût de la vie, chaque jour je me sens vivant.”

Mais qu’est-ce tu fais doudou dis donc ?

Parce que c’est Didier bénévole de la Chorba qui a développé la plateforme de bénévolat, elle s’appelle https://didou.lachorba.fr/. Elle permet aux Parisiens et aux Parisiennes de s’inscrire pour donner un coup de main (distribution de colis et de repas) pour cette belle programmation solidaire d’hiver. Et puis sinon, pour aider les personnes sans-abri, il y a aussi notre programme ré_action. Actions concrètes garanties !

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