Dans sa dernière enquête, Ipsos dévoile que 47% des Français sont favorables à la fermeture des frontières aux réfugiés. Une hostilité pétrie de préjugés. Et s’il suffisait que nos chemins se croisent pour les faire tomber ? Si on apprenait à se connaître et à se parler ? C’est toute l’idée derrière Migrant Bus, projet itinérant qui crée la rencontre entre personnes réfugiées et Français·es des territoires ruraux. Rencontre avec Ludovic Maugère, cofondateur.

Migrant Bus, c’est quoi ?

Notre projet tient en une conviction : favoriser les rencontres fait tomber les barrières. Migrant Bus part de là : on veut créer des liens entre les Français·es et les personnes en migration en sillonnant la campagne avec une tiny house. Notre objectif est de déconstruire les préjugés liés aux personnes réfugiées tout en valorisant leurs compétences. 

Concrètement, qu’organisez-vous lors de vos séjours en région ?

Pendant cinq jours et avec cinq personnes réfugiées issues de pays et de parcours différents, on organise des ateliers, des conférences, mais aussi des moments plus informels (cuisine, sessions de sport, de musique, jeux de société…) pour créer du lien avec les locaux. On met un point d’honneur à imaginer les activités avec les réfugié·e·s. Au mois d’août, on testera le projet dans 3 villages : à Questembert (Morbihan) du 8 au 15 août, à Champdeniers (Deux-Sèvres) du 16 au 22 août, et à Cerny (Essone) du 23 au 29 août. D’ailleurs, si vous habitez ces villages, on recherche des personnes prêtes à nous héberger !

Emma, Haider et Ludovic devant leur tiny house

Dis nous en plus sur ton itinéraire personnel.

Tout a commencé en 2018 lorsque je suis parti en mission humanitaire à Lesbos. L’injustice que j’y ai découvert m’a fait l’effet d’une claque. À mon retour, j’ai ressenti l’urgence de m’engager mais ce n’était pas évident avec mon travail pour lequel je donnais beaucoup. Je me suis dit : “Si je ne le fais pas, qui le fera à ma place ?”. Alors en octobre 2020, j’ai quitté mon poste de chef de produit marketing pour m’impliquer dans des projets liés à la transition écologique et à l’insertion des personnes réfugiées.

Comment l’idée de Migrant Bus est-elle née ?

Je suis tombé sur un article du Monde qui m’a beaucoup touché. On y découvrait l’histoire de quinquagénaires plutôt réfractaires qui avaient accepté de loger un jeune chez eux. En quelques heures, tous leurs préjugés s’étaient évanouis et dès lors, ils ne se sont plus arrêtés d’aider ! Aujourd’hui, on entend principalement parler des personnes réfugiées dans les médias et les programmes politiques d’extrême droite – de façon souvent déshumanisante, voire humiliante. Ils se focalisent sur des chiffres, des trajectoires, des morts, sans faire la part belle à des prénoms, des personnalités. J’ai eu envie d’inviter les gens à accepter l’échange car il nous permet de découvrir l’humanité en l’autre.

Lauréats du Prix Cognacq Jay, vous bénéficiez d’un accompagnement depuis 6 mois. Sur quels enjeux spécifiques vous a t-il permis de progresser ?

Le simple fait de répondre à l’appel à projets nous a poussés à répondre à certaines questions encore en suspens et à définir clairement les contours du projet. Le remporter nous a apporté de la reconnaissance et de la confiance ! Ensuite, l’accompagnement en communication nous a énormément aidés. La Fondation a réalisé une belle vidéo de présentation et les équipes de makesense nous ont construit une magnifique charte graphique en un temps record, ce qui nous a permis de lancer notre campagne de crowdfunding il y a 3 mois. Notre association a enfin une image super professionnelle !

Quelles sont les prochaines étapes pour Migrant Bus ?

Si le test de cet été fonctionne, on aimerait construire notre propre tiny house pour partir une à deux fois par mois dans un village de France non seulement l’été, mais aussi toute l’année ! Aussi, on se questionne beaucoup avec mon équipe sur l’empreinte carbone de ce projet basé sur la mobilité. On se penche déjà sur des alternatives moins polluantes : une tiny house plus légère, un véhicule électrique… On réfléchit également à renforcer l’aspect local du projet, en tissant des liens entre les locaux et des primo-arrivant·e·s vivant dans des centres d’hébergement près de chez eux, au lieu de partir de Paris avec des personnes réfugiées.

Quels conseils donnerais-tu à une personne qui souhaite lancer un projet innovant au service des personnes en difficulté ?

Je lui dirais que c’est maintenant ! On peut toujours se poser des questions, avoir peur de ne pas y arriver, de quitter un emploi stable pour aller vers ce qui nous passionne… Je pense qu’il ne faut pas hésiter. En revanche, attention à ne pas tomber dans le burn-out qui n’est jamais loin dans le milieu associatif. La frontière est si fine entre vie pro et perso qu’on peut vite s’y noyer.

L’équipe de Migrant Bus recherche un véhicule d’une capacité de 7 places pour tirer leur tiny house. Si vous avez ce type de véhicule, contactez Ludovic à contact@migrantbus.fr.