L’économie circulaire a le vent en poupe : les gourdes envahissent les espaces de travail, le plastique est boycotté tandis que le recyclage est adulé.

Alors que de plus en plus de voix s’élèvent contre le greenwashing qui fait mine de répondre à l’attente croissante en RSE des consommateurs et des collaborateurs et que la loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) est entrée en vigueur, nous avons essayé de mettre en lumière la vérité cachée derrière toutes ces tendances. Et notamment un terme qui revient souvent en réponse à ces enjeux : l’écoconception. 

C’est quoi ? L’éco-conception vise à aller vers la réduction de l’impact global d’un produit de sa création à sa fin de vie. Et comme 80% de l’impact d’un produit est déterminé au moment de sa conception, cette première étape est particulièrement importante. L’écoconception permet donc de réduire les externalités négatives d’un produit mais aussi, et c’est moins connu, d’augmenter des services rendus par ce produit. L’enjeu n’est donc pas seulement environnemental, mais aussi technique, économique et humain (car il prend en compte le marketing, le design, l’esthétique et l’ergonomie). Pour y voir plus clair et comprendre ce qu’est un produit éco-conçu, makesense et Gobi ont invité des professionnel.les de l’INEC, la Coopérative Mu, Michelin, Diam et Les Collectifs pour avoir leurs retours d’expérience sur ce sujet.

Qui cherche trouve les bonnes matières premières

Le premier enjeu auquel les entreprises sont confrontées lorsqu’elles veulent se lancer dans l’écoconception est le choix des bons matériaux. Méfiez-vous des rumeurs, les intervenants ont été unanimes : il n’y a pas d’éco-matériaux en soi, il faut arrêter le plastique bashing et la recherche à tout prix de matières dites “naturelles” (le bambou, la terre etc.) ! La coopérative Mu a été ferme sur le sujet, pour elle, seul un travail de recherche bien mené peut déconstruire les préjugés liés à certains matériaux. L’impact d’un objet et d’un matériau doit être déterminé avec des méthodes scientifiques et une démarche rationnelle. Il dépend notamment du cycle de vie de ce produit.

Pourquoi le cycle de vie d’un objet est-il si important dans son impact ? Parce qu’il permet d’identifier à quelle(s) étape(s) il est prioritaire d’agir (sur les matières premières, sur la fabrication, sur l’utilisation etc.). Chez Diam, 40% de l’impact environnemental vient par exemple des matières achats. Mathieu Parfait, responsable RSE chez Diam, a donc décidé d’agir en priorité sur ce sujet en remplaçant le plastique vierge par du plastique recyclé. Pour cela, ils ont acheté des machines pour broyer et recycler le plastique sur leur site de fabrication. C’est un co-investissement avec un de leurs clients, chez qui ils viennent chercher les anciens mobiliers pour les recycler et les réutiliser dans la fabrication.

Côté Gobi, Florence Baitinger – co-fondatrice – a alerté sur l’importance de penser à l’usage qui va être fait de l’objet et sa durée de vie moyenne pour choisir les bons matériaux. Dans leur cas, comme les salariés gardent en moyenne une gourde entre 1 et 2 ans, il leur fallait des matières premières avec un impact de fabrication suffisamment bas pour que toutes les gourdes (y compris celles peu gardées) conservent un impact global faible. Pour mieux comprendre leur choix du plastique comme matériau de base et déconstruire vos préjugés sur ce sujet, vous pouvez retrouver leur quizz et leurs articles.

Christophe Stevens, responsable prospective de Michelin a, quant à lui, rappelé que certains matériaux biosourcés pouvaient avoir un impact pire encore que des matériaux classiques à cause de la déforestation qu’ils génèrent. En effet, pour une même quantité de matière, la production de certains matériaux biosourcés nécessite parfois une surface beaucoup plus importante. Enfin, il nous a invité à être vigilant en prenant en compte les impacts des matériaux mais aussi leur contribution à l’impact global du produit : un pneu bien conçu peut par exemple contribuer à faire baisser la consommation de carburant du véhicule. 

Le pouvoir du collectif pour convaincre vos équipes et vos clients

Identifier les bons matériaux et désigner le produit adéquat n’est qu’une partie du chemin. Il faut ensuite réussir à convaincre en interne les collaborateurs et en externe les clients pour faire adopter ces nouvelles méthodes et nouveaux produits. Comment débloquer les freins culturels et opérationnels liés à l’écoconception ? Tous les intervenants ont été confrontés à cette difficulté et leur solution a été notamment de s’appuyer sur des collectifs ! 

L’écosystème de l’entreprise est un levier pour faire changer les choses de l’intérieur. Pour Quentin Bordet, co-fondateur du mouvement Les Collectifs, cette affirmation ne fait aucun doute. Depuis 2 ans, il sensibilise des salariés à la transition écologique et sociale et il facilite la création de collectifs en entreprise qui les transforme de l’intérieur. Pour cela, Les Collectifs ont choisi de commencer par l’endroit où les salariés passent la majorité de leur temps : le bureau avec des actions visibles qui permettent de montrer l’exemple et d’intéresser d’autres collègues. Le résultat est double : les bonnes pratiques au bureau améliorent l’impact environnemental des salariés et font évoluer la stratégie de l’entreprise. En effet, la sensibilisation des collaborateurs se répercute ensuite dans leur manière de travailler et d’aborder leur métier.

Chez Michelin, Christophe Stevens et son équipe ont mis au point des ateliers de prospective qui permettent notamment de prendre en compte les limites planétaires. Ils accompagnent ainsi les différents métiers du groupe à définir leur stratégie future avec ces méthodes. L’organisation de ces ateliers collectifs commence à porter ses fruits. Les différents collaborateurs ont été sensibilisés aux bases d’éco-conception, à analyser l’impact global d’un produit mais aussi à prendre en compte les évolutions du secteur dans lequel ce produit s’inscrit. Cette démarche de prévention et de prospective permet de penser de nouveaux services et produits hors du cadre classique en utilisant l’intelligence collective des collaborateurs et une approche rationnelle. Résultat de cette approche : Michelin a lancé récemment des voiles gonflables pour bateaux cargo afin de diminuer l’impact du transport maritime.  

L’ACV, un must en terme d’éco-conception 

La mise en place d’une véritable démarche d’éco-conception nécessite de faire comprendre l’analyse du cycle de vie d’un produit à toute la chaîne de fabrication. Cela doit permettre à chacun de comprendre (fournisseur, fabricant, distributeur, consommateur…) l’impact de ses décisions sur le reste de la chaîne de valeur et d’éliminer les petites optimisations individuelles qui nuisent à l’impact global du produit. Mathieu Parfait de Diam nous a partagé les difficultés qu’il a eu à convaincre ses clients de changer le design, la matière première ou les éléments de certains mobiliers. Dans son cas, le client n’est pas celui qui utilise et entretient le mobilier. Il n’a donc pas d’intérêt à éviter certains éléments (ampoule, écran…) qui augmentent la consommation d’énergie. Le fait de mettre autour de la table les personnes représentant les différentes étapes de la chaîne de valeur d’un produit et de les faire discuter sur la même base qu’est l’analyse du cycle de vie a permis de réduire considérablement l’impact global des produits chez Diam. De la même manière, l’équipe de Gobi a été confrontée à de nombreuses questions de consommateurs sur leurs gourdes et l’utilisation du plastique. Ils ont fait un gros travail pour expliquer simplement et clairement leurs choix et faire adhérer à leur démarche. 

Dans ces 2 cas, on voit que les différentes personnes impliquées dans la chaîne de valeur d’un produit ne réalisent souvent pas l’impact environnemental de tel ou tel élément supplémentaire. Pour leur permettre de faire les meilleurs choix à leur niveau, il faut effectuer un travail de pédagogie en étant transparent sur l’impact de chaque étape de la fabrication à l’utilisation. 

Construire de nouveaux imaginaires !

Pour généraliser l’éco-conception et les méthodes associées, il reste bien entendu encore du travail à faire pour déconstruire les préjugés sur certains matériaux et pour repenser avec toute la chaîne de valeur l’impact d’un produit. Même pour nos intervenants qui sont déjà bien avancés, il y a toujours des pistes d’amélioration possibles et en cours d’étude (nouvelles filières de recyclage, boucles courtes, élargissement du champ des matériaux dans la boucle du recyclage…).. Mais ce qui permettra vraiment d’aller plus loin et de généraliser la démarche d’éco-conception, c’est la construction de nouveaux imaginaires ! Les produits éco-conçus doivent devenir la nouvelle norme en étant “sexy” pour séduire le plus grand nombre. Un design attractif peut embarquer plus que des arguments sur la réduction des émissions de CO2. Le marketing, le design, l’esthétique et l’ergonomie sont nécessaires pour embarquer et réussir la transition écologique. La généralisation de l’éco-conception doit donc aller avec la conception de produits qui représentent de nouveaux imaginaires durables, beaux et joyeux

Pour revoir le webinar complet, c’est ici, et pour découvrir d’autres webinaires, rendez-vous sur notre plateforme _events.

Pour avoir plus d’informations sur l’écoconception, retrouver des formations, bénéficier d’un bilan éco-conception, vous pouvez aller sur le site de l’Ademe. Pour démarrer une démarche, vous pouvez contacter l’Agence Mu qui a accompagné de nombreuses entreprises (Gobi, Louis Vuitton, Kenzo, Conforama, Decathlon) à penser de nouveaux produits ou à revoir des produits existants.  

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