Vous avez regardé quoi à la télé le jeudi 12 février ? Le match Lyon/Marseille ? Coup de foudre à Bora Bora ? De mon côté, j’étais chez makesense* pour le Combo TV show, une émission plus réalité que télé pour célébrer 12 mois d’accompagnement d’entrepreneuses et d’entrepreneurs réfugiés et migrants.

C’est vrai que je suis plutôt du genre à verser ma larme devant un téléfilm mais là, franchement, tous les ingrédients étaient réunis. Le scénario d’abord : Combo est un projet inédit réservé aux personnes en parcours de migration fait de développement personnel, de médiation interculturelle et d’entrepreneuriat social. Porté par makesense et Élan Interculturel, Combo a accompagné pendant une année 9 réfugié.es et migrant.es sur le chemin de l’entrepreneuriat social. Pas de production hollywoodienne pour ce dispositif mais plutôt un suivi individuel, personnalisé, soigné, avec des formations, des ateliers, du mentorat et du coaching.

Lorsque je suis intervenue pour la première fois, témoigne Loan Cong en charge du projet chez makesense, un entrepreneur sans papier m’a dit : vous avez plein de choses à m’apprendre. Je lui ai retourné le compliment, pendant près d’un an ces personnes m’ont tellement fait grandir.

Sur scène, c’est la même claque devant les témoignages des participant.es. Je suis souffrant, mon pays a des problèmes, rapporte le guinéen Soriba dont chaque mot semble peser une tonne. Chez nous tous les enfants veulent quitter leur pays alors j’ai décidé de me mobiliser pour qu’ils puissent mieux s’insérer. Son projet s’appelle le Club des jeunes diamants et repose sur un dispositif de formation et d’aide à la création d’entreprises. La sienne est sur le point d’éclore, prévoit de mobiliser 60 000 personnes d’ici 5 ans et de créer au moins 4000 emplois de formateurs pour permettre à des jeunes d’apprendre à lire et à écrire. Dans deux semaines, j’ai rendez-vous avec l’ambassadeur de Guinée, se réjouit Soriba tellement heureux d’être passé par la case Combo.

La cuisine en partage

Pourquoi j’ai décidé de me lancer dans un service de pizzaïolo à domicile ? demande Abbas qui vient de rejoindre l’estrade. L’Afghan à la veste de cuisine aussi blanche que son chapeau est coloré raconte : Il y a 18 mois j’ai mangé une pizza à Belleville. Elle était dégueulasse, très chère et j’ai attendu 30 minutes. Et là, je me suis dit :  et si tu imaginais un service de fabrication de pizzas à domicile ? L’entrepreneur à l’enthousiasme communicatif s’est donc tout simplement lancé, a embauché des personnes réfugiées et a baptisé son entreprise Pizza bobo. Pourquoi  bobo ? Parce que je suis un bobo, je roule à vélo, je mange bio… La nourriture serait-elle le meilleur ingrédient pour s’intégrer ?

Il semblerait que ce soit le cas pour Solange, congolaise radieuse qui arrive dans l’allée des spectateurs en chantant, interpelle le public pour savoir qui a déjà mangé dans un restaurant congolais à Paris et poursuit par des souvenirs plus douloureux. Lorsque j’ai atterri en France, je suis restée 10 ans dans la rue, j’étais sans famille, sans papier et surtout je n’avais plus de liens de solidarité. J’ai beaucoup pleuré et je me suis bougée. Je me suis investie bénévolement dans un restaurant du Secours populaire où rien n’avait de goût et c’est là que j’ai compris que je pouvais apporter une solution : cuisiner les spécialités de mon pays pour prendre soin des autres.

Solange se met alors à préparer ses délicieuses bananes plantain, son saka-saka ou son matembele pour une quinzaine de sans abri. Combo m’a propulsée plus loin, tout là haut. Aujourd’hui, j’ai créé ma société Cœur Ouvert Food Solidaire. Je récupère les invendus des supermarchés et cuisine chaque semaine 250 plats que je distribue avec des bénévoles aux personnes de la rue porte de la Chapelle. Solange ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et souhaite proposer ses services aux associations, aux entreprises.  Pour cela, j’ai besoin de volontaires, de sous, de  vous !  lance-t-elle au public conquis… Son sourire empli de fierté ne la quitte plus. Pour faire la cuisine pour quelqu’un que tu ne connais pas, il faut avoir du cœur, comme les mamans. Le sien a tellement fait battre le nôtre.

Apprendre à renoncer

Chez Combo, le succès réside aussi dans l’échec que Rania et Ghada sont venues exposer. Ces deux embarquées dans l’aventure ont dû abandonner leur projet d’épicerie solidaire parce qu’il n’était pas assez mûr, pas assez viable, parce que tout était trop précipité. Heureusement que Combo nous a conseillé d’arrêter, témoignent les deux femmes. On n’était pas prêtes. Cet échec fait partie de l’apprentissage. Mais dans un projet professionnel la réussite n’est pas que matérielle, elle est aussi dans l’équipe. Aujourd’hui, on va de l’avant tout en étant plus fortes. Cet expérience a conforté notre duo, on se soutient beaucoup. 

Le TV show au casting éblouissant se poursuit par de fausses coupures pubs, de vraies révélations, beaucoup d’espoir et d’humilité. On rit, on s’émeut, on applaudit devant tant de force, de joie et de courage. Au fil de la soirée, les mots officiels d’Élan interculturel prennent tout leur sens. Prendre un élan interculturel, c’est s’autoriser à voir les différences, sans pour autant les figer. C’est pouvoir les apprécier, sans les forcer. C’est prendre le temps de se former à gérer l’incertitude, l’altérité et le changement. C’est prendre ses responsabilités en rendant visibles et en luttant contre les inégalités liées aux différences dans notre société.

Mais il est déjà l’heure de rendre l’antenne. Soriba saisit une dernière fois le micro : les formatrices ont été des sœurs, elles nous ont orienté.es, elles nous ont tout donné et rien retenu. Grâce à elles, nous nous regardons au-delà des différences, des continents, des situations administratives. S’il vous plaît, continuez. Soriba, votre souhait sera exaucé, les premiers épisodes de Combo saison 2 devraient débuter au printemps.

*makesense a un double effet kisscool. Quand tu en parles autour de toi, tout le monde te dit : génial, trop bien, la chance, super projet. L’ovation est souvent suivie d’un blanc ou d’une question du genre : j’adore mais ils font quoi en vrai ? Alors pour répondre à mes ancien.nes collègues, mes ami.es et mes parents, j’ai décidé de raconter mes toutes premières fois chez makesense.