Elle revient tous les ans à peu près à la même époque, comme les châtaignes ou Halloween. La COP 27 se tiendra en Égypte du 6 au 18 novembre et devrait pas mal ressembler aux précédentes. Qu’est-ce qui change ? Qu’est-ce qui ne bouge pas d’un iota ? On fait le point avec Marine Pouget, responsable gouvernance internationale sur le climat du Réseau action climat.

Commençons par ce qui fâche : l’immobilisme, le scotchisme, la procrastination climatique… Un genre de “On prend les mêmes et on recommence.” Ne cherchez donc pas de différences dans le tableau, sur pas mal de sujets, en 2022 on en est toujours au même point.

La terre se réchauffe encore et toujours

“Depuis le début des COP, la concentration de CO2 dans l’atmosphère a augmenté à la même vitesse qu’avant, témoigne l’ingénieur star du climat Jean-Marc Jancovici dans le guide J’agis pour le climat. La convention climat des Nations- Unies est un système qui ne contraint personne et qui ne fait qu’entériner ce que les pays sont déjà prêts à mettre en œuvre ou ont déjà mis en œuvre.” Résultat, en un an, rien n’a changé. Pire, dans un rapport rendu le 27 octobre dernier, les experts du Programme des Nations unis pour l’environnement annoncent désormais une trajectoire qui nous mène tranquillement mais sûrement vers le scénario catastrophe des +2,8°C en 2050 voire en 2040.

Méga incendies et maxi inondations

Qui dit réchauffement dit catastrophes climatiques en pagaille preuve, s’il en fallait, que la terre échauffée part en sucette. Entre janvier et août 2022, en Europe, 660 000 hectares de forêt ont péri sous les flammes, une situation tristement inédite depuis le début des données satellitaires en 2006. En tête des pays carbonisés, l’Espagne, la Roumanie, le Portugal et la France. 

Après le feu, l’eau ! En septembre, un tiers du Pakistan a été inondé touchant 33 millions de personnes et tuant plus de 1500 individus dont au moins 500 enfants. « J’ai vu de nombreux désastres humanitaires dans le monde, mais je n’ai jamais vu de carnage climatique de cette ampleur,” déclarait le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres au 2e jour de sa visite dans les régions inondées du Sud. Depuis quelque temps, on ne connaît plus un mois sans catastrophe climatique dans le monde. À qui le tour ?

Tapis rouge pour le greenwashing 

Quelle est l’entreprise qui produit 120 milliards de bouteilles en plastique jetables par an et qui est le sponsor officiel de la COP 27 ? Coca Cola, a kind of magic…Quelle est la logique d’avoir le plus grand producteur de pollution plastique au monde qui sponsorise une conférence sur le climat ? s’indigne John Hocevar,  directeur de la campagne sur les océans de Greenpeace. Nous savons que 99 % du plastique est fabriqué à partir de combustibles fossiles. Toutes ces bouteilles contribuent donc au changement climatique. Pour moi cela sape la crédibilité d’un tel sommet lorsque vous avez un si grand pollueur comme sponsor.” 

Chaque année, les COPs sont financées par des acteurs privés mais celle de Charm el-Cheikh bat les records. À tel point qu’une pétition a été lancée pour sortir la boisson rouge de la COP 27 et compte près de 250 000 signataires. Bref, sur l’échelle du greenwashing, la COP 27 écope d’un genre de 9,8 sur 10. Et pour cette raison, pour la première fois cette année Greta Thunberg ne fera pas partie du voyage.

Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit

“Les pays développés ont la sale manie de ne pas faire face à leurs responsabilités,” rappelle Marine Pouget, responsable gouvernance internationale sur le climat du Réseau action climat. En gros, chaque année avant l’été, ils doivent déclarer ce sur quoi ils vont s’engager niveau réduction de gaz à effet de serre (avant c’était tous les 5 ans mais depuis la COP 26, des comptes annuels sont exigés). 

On aimerait les entendre dire qu’ils vont baisser de plus de 45% leurs émissions de GES et qu’ils ont tout prévu pour. On adorerait savoir qu’ils ont prévu un budget de plusieurs millions de dollars pour réparer les dégâts climatiques infligés aux pays les plus pauvres. Il n’en est rien. À part le Danemark qui a annoncé qu’il consacrerait 13 millions de dollars à la réparation des pertes et dommages, l’Allemagne qui pousse l’Union européenne à s’exprimer, c’est le silence radio. Au 23 septembre,  date limite de remise des copies, seuls 24 pays sur 178 avaient soumis leurs CDN (contributions déterminées au niveau national).

Voilà pour le volet chat statue de la COP 27. Et du côté de ce qui bouge, ça donne quoi ? Regardez bien, ça frémit…

Saga Africa

Ça faisait un bail que ça n’était pas arrivé, depuis 2016 exactement. La COP 27 prend place cette année dans un pays en développement. Au niveau des discussions, ça devrait pas mal orienter les débats. On devrait davantage évoquer les financements réservées aux mesures  d’adaptation plutôt qu’à l’atténuation (les deux mamelles du dispositif financier). On devrait entendre les revendications de tout le continent africain qui exige des deniers pour financer les pertes et dommages causés par les pays occidentaux, responsables de la crise climatique actuelle. Peut-être verra-t-on émerger une taxe exceptionnelle sur les superprofits des sociétés pétrolières et gazières comme source supplémentaire de revenus, comme le propose Antonio Guterres ?  

Il n’est pas impossible non plus (et ce n’est pas une bonne nouvelle) que certains pays demandent un certain droit à polluer et de nouvelles échéances pour sortir des énergies fossiles au nom du droit à se développer. “Cela pourrait venir des nouveaux pollueurs et des pays gaziers et pétroliers comme l’Afrique du Sud, l’Algérie, les pays du Golfe, l’Inde ou la Chine,” explique Marine. Affaire à suivre.

Enfin, si l’on peut se réjouir que la COP se tienne dans un pays africain, on peut largement déplorer qu’elle se déroule dans un régime autoritaire qui empêche aux membres de la société civile locale de s’y rendre et ne délivre qu’au compte-gouttes les visas des ressortissants africains. Aussi, s’il y aura cette année autant de monde que l’an passé, soit entre 25 et 30 000 personnes, la société civile risque d’être sous-représentée.

Plus de Lula, moins de covid

Parmi les nouveaux paramètres de cette COP 27, un contexte international qui a un peu changé depuis l’an passé. Adieu Bolsonaro, bienvenue Lula et ses envies de préservation de l’Amazonie. « Nous allons réinstaurer une surveillance attentive de l’Amazonie, nous allons nous battre contre les mines illégales, la déforestation et l’extension des terres agricoles », a-t-il annoncé juste après sa victoire il y a quelques jours. La COP 27 accueillera également de nouveaux représentants australiens plus soucieux de la question climatique. Enfin, après avoir imaginé séché la COP pour se concentrer sur son budget, le chef du gouvernement britannique Rishi Sunak, a annoncé qu’il se rendrait finalement à la COP27. “J’assisterai à la @COP27 la semaine prochaine : pour que l’héritage de Glasgow se traduise par un avenir sûr et durable”, a-t-il tweeté récemment.

Sobriété et cols roulés

Enfin, le gouvernement français fera le déplacement cette année avec un nouvel état d’esprit, idéalement plus constructif après les élections présidentielles et législatives. Bloqueur européen l’an passé des finances climat, Emmanuel Macron doit cette année positionner la France en tant que marraine des Accords de Paris et ouvrir les vannes financières. L’été a été chaud, de nouvelles lois pour économiser l’énergie sont en cours et depuis la rentrée le gouvernement porte la sobriété en bandoulière… “Je ne serais pas étonnée que la France parle du concept le 15 novembre, jour de l’Energy day,” prévient Marine. On prend les paris ? 

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