Allô ? L’entrepreneuriat social ? Au bout du fil cette semaine : Alexandre Durand et Adrien Laprévote. 12 ans après leur rencontre sur les bancs du lycée, ils ont créé Allo Louis, le service de coups de main à domicile qui favorise l’autonomie des seniors.

Elle vient d’où, cette envie d’entreprendre ?

Alexandre : J’ai une formation de biologiste et j’ai toujours voulu avoir un impact environnemental positif à travers mon activité. Je me suis d’abord intéressé au gaspillage alimentaire : en 2017, j’ai co-fondé GRAAPZ dont l’objectif était de revaloriser les fruits et légumes invendus. En 2019, suite au rachat de GRAAPZ par Phenix, j’avais perdu l’épanouissement et le sentiment d’utilité liés au projet. C’est là qu’on s’est recroisés avec Adrien et qu’Allo Louis est né.

Adrien : Avant, je travaillais dans le conseil. J’aimais beaucoup la gestion de projet mais j’avais aussi très envie d’avoir de l’impact et de me mettre à mon compte. Ce qui me plaît dans la vie professionnelle, c’est l’apprentissage continu. Depuis qu’on a créé Allo Louis, je suis servi : j’ai appris 1 milliard de trucs !

Allo Louis souhaite améliorer la qualité de vie des seniors. Pourquoi cette thématique vous tient-elle à coeur ?

Adrien : Avec Alexandre, on est tous les deux très proches de nos grands-mères avec qui on discute beaucoup. On a vite constaté que de nombreux “détails” du quotidien leur gâchaient la vie. Ce sont des problématiques qui ne nécessitent pas de qualification particulière et qui, pourtant, ne sont pas prises en charge par les services d’aide à la personne. On s’est aussi rendus compte qu’il y avait une vraie volonté de la part des étudiants de se rendre utiles et d’aider les autres. On a donc rapproché ces deux publics. Pour les seniors, ces petits coups de main valent de l’or !

Aujourd’hui, c’est le début de l’aventure Allo Louis. Comment voyez-vous votre projet dans 1 an ?

Alexandre : On considère qu’il existe deux types d’entrepreneurs. D’une part ceux qui, sur la base de leur vécu, sont profondément liés à un problème et ressentent un besoin viscéral de le résoudre, et ceux qui ont une volonté d’impact mais aussi l’envie de s’épanouir dans l’aventure entrepreneuriale. Avec Adrien, on s’identifie plutôt à la deuxième catégorie. Notre valeur, c’est d’arriver à trouver des solutions innovantes à des problèmes sociétaux. Hier, je m’intéressais au gaspillage, aujourd’hui aux seniors… Qui sait où on sera demain ? Tellement de problèmes méritent notre attention… 

Adrien : Ce qu’on vise c’est l’impact. Mais si on pense que d’autres apporteront plus de valeur que nous à un certain stade, on leur laissera les rênes. Je pense qu’il faut aussi savoir s’écouter.

En tant qu’entrepreneurs, on a besoin d’être entourés de gens qui vivent la même chose que nous. Là, on est avec des personnes qui en veulent et c’est très motivant.

Allo Louis a été incubé pendant un an chez makesense, racontez-nous…

Adrien : Quand on est venus pitcher, Alexandre bossait sur le projet depuis 1 mois seulement et j’occupais encore mon ancien job. Le projet n’avait même pas de nom ! En arrivant, on cherchait une émulation et elle a été au rendez-vous chez makesense. C’est un lieu vibrant, une super coloc. On y a trouvé des ressources variées, calées sur nos besoins, et des mentors chevronnés. Mais ce qui fait toute la valeur d’un accompagnement je crois, c’est l’échange entre pairs. En tant qu’entrepreneurs, on a besoin d’être entourés de gens qui vivent la même chose que nous. Là, on est avec des personnes qui en veulent et c’est très motivant.

Alexandre : Au début, on était complètement perdus. On ne savait pas du tout structurer nos journées. Grâce aux points hebdo avec Karell et à l’aide des mentors, on a pris du recul et dessiné des lignes directrices qui nous ont forcé à avancer. Aussi, l’incubateur nous a offert un super compromis entre impact et vision business. On a un fort engagement, certes, mais la viabilité économique est un aspect au moins aussi crucial.

Selon vous, qu’est-ce que l’entrepreneuriat doit apporter à la société ?

Alexandre : Je pense qu’il faut arrêter de penser qu’il n’y a que les assos qui peuvent s’emparer des sujets sociétaux. L’entreprise doit créer de la valeur économique mais elle doit aussi créer de la valeur pour la société ! Une nouvelle forme d’impact est née avec l’entreprise. D’ailleurs, j’aimerais que l’impact devienne la norme pour qu’on n’ait même plus à parler d’entrepreneuriat social.

Adrien : Pour moi, entreprendre c’est changer le monde. C’est reprendre le contrôle sur son environnement et décider de créer. On peut espérer changer la vie des gens, ne serait-ce qu’un tout petit peu. Finalement, en donnant vie à notre projet, on est comme des musiciens : il y a une mélodie dans notre tête et tout d’un coup tout le monde peut l’écouter.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui hésite à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale ?

Adrien : Je lui dirais de ne pas écouter les personnes qui parlent d’entrepreneuriat mais qui n’en ont jamais fait. Souvent, elles projettent leurs craintes sur nous et ça ne mène à rien. Il faut rencontrer des entrepreneurs et échanger avec eux. Ca permet de démystifier les bons côtés de l’entrepreneuriat comme les mauvais et de faire un choix mature. Ensuite, il ne faut pas s’associer pour les mauvaises raisons. L’association, c’est comme un mariage. Ça ne peut pas marcher si ton unique motivation est de ne plus être seul. Parce que tu vas être amené à côtoyer cette personne tous les jours, tu dois t’assurer que tu partages sa vision, mais aussi son rapport à l’argent. On communique beaucoup sur ces sujets avec Alexandre. Je dirais même qu’on est un couple épanoui !

Alexandre : C’est clair ! L’idée, c’est bien, mais la complémentarité, c’est clé. Chercher un associé, ça n’est pas chercher un collègue. Il faut bien identifier les complémentarités, s’assurer que la confiance est là. Faites ce test : imaginez que vous partez faire un tour du monde de 3 ans avec cette personne. Est-ce que ça fonctionnerait ?