“Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.” Partout, tout le temps, des personnes se mobilisent pour changer le cours de l’histoire. Et parfois, ça marche ! La preuve par 5 pour se remonter le moral.

Qui n’a pas rêvé parfois (ou souvent) d’un grand élan de mobilisation, un soulèvement qui rebat les cartes pour un monde plus juste, plus durable, où la sécheresse et les inégalités sociales ne seraient qu’un lointain souvenir ? Bon, en attendant de vivre dans un remake du film l’An 01 de Gébé, on peut tourner le regard vers le passé plus ou moins lointain et se nourrir des mobilisations menées souvent par des minorités de la population, qui ont permis de réelles avancées sociales ou environnementales. Comme quoi, une bonne poignée de poils à gratter bien déterminés peuvent avoir un véritable impact sur les lois et l’évolution de la société, voire carrément impulser un changement de paradigme. De quoi se redonner un shot d’énergie, et qui sait, en rejoindre ou en créer une à notre tour ?

Rassemblement de Suffragettes, octobre1916. 

1. Les Suffragettes : des femmes en colère pas piquées des hannetons

Un grand classique quand on évoque les mobilisations féministes. Le terme de Suffragettes, censé être péjoratif, est utilisé par les médias pour discréditer ce mouvement de femmes de toutes les classes sociales qui réclament le droit de vote au début du 20e siècle en Grande-Bretagne. Elles mènent des actions diversifiées, certaines classiques comme des manifestations, et d’autres plus spectaculaires, comme la pratique de Jiu Jitsu pour se former à l’autodéfense (sisi), des grèves de la faim, l’enchaînement à des grilles d’institutions allant même jusqu’au sabotage. Une stratégie gagnante car elles finissent par remporter le morceau. En 1909, les femmes anglaises obtiennent le droit de vote au Royaume-Uni. D’autres luttes féministes ont suivi au 20e siècle, comme les mobilisations pour le droit à l’IVG, ou contre les violences faites aux femmes avec #Metoo et NousToutes.

À regarder sur le sujet : le documentaire Les Sufragettes, ni paillassons, ni prostituées.

Manifestation des opposants au projet de centrale nucléaire à Plogoff (Finistère), février 1980. — Frillet / SIPA

2. Plogoff : un village d’irréductibles anti-nucléaire

12 décembre 1974, les habitants de Plogoff, dans le Finistère sud, apprennent dans la presse que leur commune fait partie des sites potentiels destinés à accueillir la plus grande centrale nucléaire jamais construite en France. Les habitant·es sont furieux, le maire brûle carrément les papiers de la consultation publique sur la place du village en signe de désaccord. 

Née quelques semaines plus tard, la mobilisation menée au début par une poignée de trentenaires militants, prend de l’ampleur pour atteindre son climax en 1980 avec 100 000 personnes se rassemblant au village lors d’une fête sur la Baie des Trépassés. À noter que les femmes du village, actives dans la vie locale (leurs maris étant souvent sur la mer) ont pris une place prépondérante dans cette lutte : blocage des rues avec barricades (avec un affrontement parfois musclé avec la police locale), grands raouts festifs, occupation des lieux envisagés pour installer la centrale… Résultat ? Le projet est abandonné en décembre 1981 : la centrale nucléaire de Plogoff ne sera jamais construite et Plogoff deviendra l’emblème des luttes anti-nucléaire populaires. 

À regarder sur le sujet : le documentaire Des pierres contre des fusils.

3. Les Gilets Jaunes : quand la colère occupe les ronds-points

Suite à l’instauration d’une taxe du carburant, le mouvement des Gilets Jaunes naît en 2018 spontanément sur les réseaux sociaux avant de se transformer en manifestations et blocages emblématiques des ronds-points. Dépeint par les médias “mainstream” comme un mouvement violent et égoïste, il vient révéler un profond malaise d’une partie de la population qui ne se sent ni écoutée ni représentée par une démocratie défaillante. Le mouvement se structure progressivement et élargit ses revendications allant de la réinstauration de l’ISF (impôt sur la fortune) à la mise en place du RIC (Référendum d’Initiatives Citoyennes). Cette lutte aboutira notamment à la Convention citoyenne pour le Climat, avec 100 citoyens tirés au sort responsables d’écrire un ensemble de mesures répondant aux défis environnementaux et sociaux. Finalement, les propositions de mesure ne seront adoptées que (très) partiellement, le référendum promis par le président Emmanuel Macron n’ayant pas été mis en place.

4. La ZAD de Notre Dames Landes (Zone à Défendre) : et la persévérance paie

Un aéroport à Notre-Dame-des-Landes sur des terres paysannes en Loire-Atlantique pour éviter la soi-disant saturation de l’aéroport de Nantes ? Ce projet dans les cartons depuis les années 60 ressurgit au début des années 2000. Rapidement, la lutte s’organise, via la création d’une association, et le renfort en 2009 de militants d’ici et d’ailleurs qui inventent diverses stratégies de lutte (comme les clowns activistes qui font des performances à l’Aéroport de Nantes).

En 2014, la sonnette d’alarme est tirée et des milliers de personnes affluent de partout en France pour défendre cette zone. 200 personnes décident de s’y installer, construisant des cabanes qui seront régulièrement détruites par les policiers lors des nombreuses tentatives d’expulsion. La ZAD s’organise et devient le symbole d’un monde alternatif, où l’entraide et le respect du vivant sont des valeurs centrales. Le projet d’aéroport est finalement abandonné en 2019, les terres sont données aux habitants qui doivent en échange signer un acte de propriété, ce qui divise idéologiquement les Zadistes dont une partie quitte les lieux. Aujourd’hui la ZAD de NDDL est toujours habitée et héberge des projets comme l’École du Triton, une école naturaliste.  

À lire sur le sujet : la bande-dessinée d’Alessandro pignocchi La recomposition des mondes.

Slogan repris dans une manifestation du 4 avril 2018 à Sacramento (Californie) afp.com/JUSTIN SULLIVAN

5. BlackLivesMatter, la vie des noirs compte

Né en 2013 aux États-Unis, ce mouvement prend de l’ampleur en 2020 lorsque George Floyd, un afro-américain est tué par un policier blanc à Minneapolis. Des mouvements spontanés naissent de l’indignation, allant de grandes manifestations au jet de peinture rouge sur des statues emblématiques de l’esclavage et de la domination blanche. Aujourd’hui, BlackLivesMatter est l’un des plus puissants mouvements de défense des droits des Noirs.

Vous avez de l’énergie à revendre ?

 Le site le Mouvement recense quelques mobilisations en cours. Le site Reporterre publie une carte des luttes contre les grands projets inutiles. Vous pouvez aussi vous battre contre EACOP de Total, le projet du plus grand oléoduc chauffé au monde (1 443 km).

Et si les grandes mobilisations sont impressionnantes et semblent parfois compliquées à faire émerger, il reste toutes les petites mobilisations quotidiennes, plus discrètes : celles liées à nos corps de métier, à la sensibilisation de son entourage, comme encourager notre tonton Franck à troquer son SUV pour son vélo, qui ne seront peut-être pas dans les livres d’histoire avec un grand H mais plantent des graines pour un monde meilleur. Et pour celles et ceux qui veulent démarrer tout de suite maintenant, chez makesense, on a un programme 100% positif : ré_action option solidarité, alimentation ou climat. À vous de jouer !

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