Aujourd’hui, la seconde main nous tend les bras. On réutilise nos vêtements, notre déco, nos voitures, nos smartphones… En créant Vesto, Anne-Laurène Harmel, Bastien Rambaud et Wilfrid Dumas ont décliné le principe aux machines de restaurants pour rendre la filière plus responsable. Rencontre.

Que faites vous avec Vesto ?

Notre volonté est d’adapter le reconditionnement au secteur de la restauration professionnelle. Pour ce faire, on a développé un ensemble de processus industriels qui permet aux machines de seconde main de redevenir aussi performantes que les neuves : fours, lave-vaisselles, congélateurs, robots… On les répare, on les nettoie et on enlève certains défauts esthétiques. On revend ensuite ces machines à des restaurateur.rices en moyenne moitié moins cher que le neuf. C’est une solution qui a un intérêt économique et écologique ! Depuis juin 2020, une dizaine de restaurateur.rices nous ont fourni du matériel usé, et plus de vingt ont pu être équipé.es avec des machines reconditionnées.

Pourquoi le gaspillage est une problématique qui vous touche ?

Bastien : Un jour, j’ai vu un restaurant jeter l’intégralité de son mobilier et de ses machines par manque de solution de recyclage facile et efficace. Tout a été mis sur le trottoir. Voir tout ce matériel gâché m’a scandalisé !

Wilfrid : Il y a quelques années, j’ai travaillé dans La ressourcerie de l’île à Nantes. C’est là que j’ai constaté à quel point les gens jetaient. J’adore l’idée d’offrir une seconde vie à des objets ou du mobilier.

Anne-Laurène : J’ai toujours été sensible au gaspillage et à la surconsommation moi aussi. Avant, je bossais chez Murfy qui propose des appareils reconditionnés aux particuliers. Je me suis rendue compte que le prix élevé de la réparation poussait souvent les particuliers à remplacer leurs appareils par du neuf. Ça a été le déclic.

Votre projet a pour objectif de réduire les déchets de l’industrie agroalimentaire. Est-ce un gros chantier ?

Bastien : Cette industrie est en effet mauvaise élève en termes de gaspillage, puisqu’un tiers de la nourriture produite n’est pas consommée. Mais en passant de la salle aux cuisines, le constat s’aggrave : 30 000 tonnes de machines de cuisine sont jetées chaque année en France. Pourtant, on estime que la moitié pourrait encore fonctionner. Les fabricants, distributeurs et restaurateurs sont tout à fait conscients de ce gigantesque gâchis. Cela doit changer.

Aujourd’hui, c’est le début de votre aventure entrepreneuriale. Comment voyez-vous Vesto dans 1 an ?

Notre objectif premier est de dresser une liste de critères clairs qui permet aux restaurateurs de savoir ce qui doit être changé pour chaque machine. On aimerait aussi que notre propre atelier fournisse la moitié de notre offre – pour l’instant, notre offre est en majorité reconditionnée par des artisans réparateurs -, et réussir à écouler 150 à 200 machines par mois.

Bientôt 10 mois que vous êtes arrivés chez makesense, racontez-nous…

Anne-Laurène : À cause du confinement, les premiers mois de notre incubation se sont faits à distance. C’est en mai, à notre arrivée au space, que l’aventure a vraiment pu commencer. Ça nous a beaucoup plu d’évoluer au quotidien avec d’autres start-ups aux enjeux similaires. Entre incubé.es on échange, on se soutient énormément. Les formations nous ont aussi aidé.es à structurer notre manière de travailler et à éviter de nous éparpiller. 

Bastien : Dans le contexte sanitaire actuel, notre marché s’est retrouvé à l’arrêt, avec seulement 25% d’activité. Le fait d’être au sein d’un incubateur avec une vraie dynamique d’entraide nous a permis de garder confiance et courage dans une année où tout était écrit pour qu’on s’arrête.

Qu’est ce qui vous rend fiers avec Vesto ?

Anne-Laurène : Qu’on en soit arrivés là après un an de travail est une satisfaction en soi ! Malgré la crise sanitaire et les confinements, on continue d’avancer. Je suis aussi fière d’avoir recruté un alternant et de continuer de voir notre équipe grandir.

Wilfrid : Le fait de voir des personnes qui évoluent dans le milieu de la restauration depuis trente ou quarante ans comprendre et approuver notre démarche nous booste. On est super contents qu’ils adoptent le réflexe du reconditionné grâce à nous.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui hésite à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale ?

Anne-Laurène : Je pense qu’il est essentiel de savoir s’entourer des bonnes personnes. D’abord, d’évoluer aux côtés d’associé.es dont on partage les valeurs et les ambitions et avec qui on s’entend bien. Mais aussi échanger avec ses partenaires, d’autres entrepreneur·ses, des professionnel·les qui ont rencontré nos problèmes avant nous… Ça permet de nourrir constamment sa réflexion.

Bastien : Je dirais rêve grand, sois humble et n’oublie pas de vivre. Rêve grand car il faut croire en sa vision et s’y raccrocher pour dépasser les moments de doute. Ensuite, certain·es diront qu’on n’a pas réinventé la roue, et c’est vrai. Les réparateurs et les artisans existent déjà. Chez Vesto, on assemble les techniques que beaucoup de gens maîtrisent. Alors on apprend tous les jours l’humilité en nous inspirant de celles et ceux qui savent faire. Enfin, il ne faut pas oublier qu’on a une vie à côté de son projet. Je pense qu’il faut faire attention à son bien-être : ne pas négliger son sommeil, s’entourer des gens qui nous font du bien, être au clair sur la question des revenus, et surtout se réserver des moments de plaisir pour restaurer son énergie.

Pour vous, qu’est-ce que l’entrepreneuriat social devrait apporter à la société ?

Bastien : Je pense que c’est parce que l’entrepreneuriat ne remplit pas sa mission qu’on a inventé cette catégorie d’entrepreneuriat social. L’entrepreneur est par essence un citoyen : il s’inscrit dans une réalité et doit penser au rôle qu’il a envie d’y jouer. Nous, on veut créer de vrais jobs, convaincre de vrais clients. On ne veut pas que nos parties prenantes soient là pour faire de l’humanitaire, mais parce qu’ils pensent que ce que l’on développe est réellement utile à la société. Le jour où un client·e climato-sceptique achètera une machine sur Vesto, on pourra être fiers d’avoir réussi à le faire agir dans notre sens.

Vous nous partagez votre restau coup de cœur ?

Wilfrid : Sans hésitation, le Café Biergit dans le quartier des Batignolles. J’aime y aller avec ma famille ou mes amis pour déguster des bières autrichiennes !

Anne-Laurène : Le Café Joyeux qui forme et emploie des personnes trisomiques ou autistes. C’est une super initiative !

Bastien : Mon restau préféré est celui qui sera ouvert ! Mais je dirais le Chef Petit du Clos des Sens qui m’inspire énormément par la façon qu’il a de repenser en permanence sa manière de s’approvisionner et de cuisiner pour être aligné avec l’urgence climatique.

Le mot de la faim ?

On aimerait souhaiter bonne chance à deux de nos clients qui portent des projets géniaux : Nicolas Josse avec Altermarché (Saint Maur) et Guillaume Chupeau avec Ventrus avec Vue. En dépit d’un contexte extrêmement difficile, ils ont su s’accrocher à leurs rêves et convaincre les gens de les accompagner dans leur aventure. On est très admiratifs de leur capacité de résilience !