Poubelle jaune, poubelle blanche, poubelle verte et des pas mûres… On se donne du mal pour trier nos déchets. Mais les entreprises, y pensent-elles ? Car il est là, le nerf de la guerre. En France, 90% des déchets viennent du monde professionnel, et si ce dernier fait des progrès, il est encore loin d’atteindre le 100% recyclage. La start-up Urbyn financé par le fonds d’investissement makesense Seed1 offre des outils pour accélérer cette transition nécessaire… 

Saviez-vous qu’avec des pneus, on pouvait faire du ciment et du béton ?

Selon les chiffres de l’ADEME, nos entreprises nationales produisent plus de 300 millions de tonnes de déchets. C’est le poids que ferait la population française si nous étions tous des éléphants des savanes*. Et ça, chaque année ! Le secteur du BTP fait course en tête, puisqu’il produit à lui seul 240 millions de tonnes, à comparer avec les 39 millions générés par les ménages…

Quand ils ne sont pas recyclés, ces déchets sont enfouis ou détruits… Et détruire un peuple d’éléphants, ça n’a rien d’écologique. D’autant que la destruction n’est jamais totale. Au bout du bout, il reste toujours quelque chose, et ce quelque chose, qui sort de nos incinérateurs, s’appelle le mâchefer – un produit plus ou moins toxique dont on se sert encore pour fabriquer des routes et polluer les nappes phréatiques…

On essaye de redresser la barre ? 

Pourquoi les entreprises ne trient pas plus ?

Clément Tavares travaille à la communication chez Urbyn. Il nous explique les deux freins qui limitent les entreprises sur le chemin du recyclage. D’abord le manque de connaissance sur la réglementation. “Pour les ménages c’est simple”, dit Clément, “il y a poubelle jaune, poubelle verte, mais pour les entreprises, les volumes sont énormes, les déchets sont très variés et parfois complexes.” Ensuite, le problème économique. Recycler, en apparence, ça coûte cher. Même si, selon l’ADEME, c’est plus compliqué, car il faudrait prendre en compte les coûts cachés qu’implique une mauvaise gestion. Les expérimentations tendent à montrer que les entreprises qui font des efforts font aussi des économies.

Urbyn propose d’agir sur ces deux freins pour libérer les entreprises. Comme nous l’explique Clément : “On connaît le cadre réglementaire ; avec nous, les entreprises ne se cassent pas la tête et ne font pas d’erreur. De plus, on les aide à comprendre la façon dont elles génèrent des déchets, à mieux les gérer, et donc, au final, à mieux optimiser leur budget.”

Uberisation du détritus ?

C’est en 2017 que l’aventure Urbyn commence, lancée par Arthur Däweritz et Julien Hamilius, deux jeunes garçons dans le vent qui comprirent que la RSE n’était pas que glamour, arbres plantés et panneaux solaires, mais qu’elle était aussi, de manière plus essentielle, poubelle, poubelle et poubelle.

Ils eurent l’idée de créer une plateforme mettant en relation des entreprises (de tous les secteurs et toutes les tailles) avec des prestataires capables de collecter leurs déchets puis de les valoriser. En tout, Urbyn travaille avec près de 400 spécialistes du recyclage en France. Les déchets recyclés sont le plus souvent du bois, du verre, des métaux… Bref : de l’or ! Car l’ADEME nous rappelle que le recyclage approvisionne 67% de l’industrie papetière, 49% de la sidérurgie et 58% de l’industrie du verre ; en tout, ce sont 23 millions de tonnes de CO2 qui sont évitées chaque année.

Urbyn travaille aussi avec des prestataires plus étonnants, comme Les Alchimistes, qui collectent les déchets organiques (restes de nourriture, de jardinage), en font du compost, et le revendent à des entreprises ou des particuliers depuis leur site Internet.

Techno-pragmatisme contre techno-romantisme

Certains voudraient que la technologie nous emmène sur Mars et nous rende immortels. Chez Urbyn, on est plus prosaïque, mais on prouve, au moins, que les algorithmes peuvent être utiles immédiatement pour changer nos comportements dans le bon sens. Ainsi, la plateforme fournit aux clients des analyses et des statistiques concernant la gestion de leurs déchets. “C’est utile à double titre,” rappelle Clément, d’abord, ça permet d’avoir de la visibilité, de mieux s’organiser, et même de voir les progrès dans le temps. Ensuite, d’un point de vue légal, ça simplifie tout. Car les entreprises doivent remplir plein de documents, des bordereaux de suivi… C’est décourageant ! Mais le logiciel permet d’automatiser pas mal de choses. »

D’ailleurs, les équipes d’Urbyn ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin, et doivent proposer bientôt un système de diagnostic en ligne, ouvert à tous. Clément s’enthousiasme : “Les entreprises pourront faire leur diagnostic en toute autonomie ; avec ça, nous leur fournirons un plan d’action pour mieux gérer leur déchets. C’est une première étape.”

Saviez-vous que l’acier et l’aluminium étaient recyclables à 100 % ?
Il suffit de les refondre pour ne pas perdre une goutte !

Le service proposé par Urbyn et rencontre un succès croissant, auprès des entreprises du BTP, mais aussi des maisons de retraite, des transporteurs, des usines textiles… Le chemin à parcourir reste long, mais les résultats sont déjà prometteurs : en 5 ans d’existence, ce sont 1500 tonnes de déchets qui ont été sauvées de l’enfouissement. C’est toujours 333 éléphants de moins dans le sous-sol…

*Pour les détails du calcul : un éléphant des savanes fait en moyenne 4,5 tonnes. En multipliant par 67 millions d’habitants, nous obtenons bien 301 millions de tonnes de poubelles. Le compte est bon.

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