Frédéric Bardeau était du genre tout feu tout flamme quand il a créé Simplon. Dix ans plus tard, légèrement assagi, il revient sur les plus grosses erreurs à ne pas commettre quand on entreprend.

Frédéric se souvient encore de la première fois où il s’est connecté à internet. “C’était le 3 septembre 1997 à midi. J’étais en stage de communication. J’ai attendu que tout le monde parte déjeuner pour pianoter sur le seul poste connecté de l’agence. Ça m’a foudroyé, je me suis dit ‘ce truc est démentiel’, j’ai eu une épiphanie.” Depuis l’accès au numérique est une obsession chez Frédéric qui l’a conduit à créer Simplon en 2013 pour rendre la pratique accessible au plus grand nombre. Aujourd’hui, le réseau a créé 127 écoles du numérique dans 24 pays, compte 300 salariés, a formé 17 000 personnes, a un budget de 27 millions d’euros. “On a bien pris la vague, on a une croissance à deux chiffres mais on perd encore de l’argent. Même 9 ans après c’est toujours rock and roll. On est en déséquilibre permanent.”

Erreur 404

Lorsqu’il présente son aventure entrepreneuriale, Frédéric préfère parler des erreurs que de s’inventer une vie à la mode Instagram. “Toutes les conneries inimaginables on les a faites. L’avantage c’est qu’on n’a jamais fait deux fois les mêmes.” La première grande erreur, c’est celle que Frédéric surnomme ‘la classique’ :  sous-estimer les questions de gestion, de trésorerie. “Au début personne dans l’équipe n’avait de compétences sur le sujet, on n’avait pas de DAF, on s’en fichait un peu. On a failli mourir 3 ou 4 fois, nos levées de fonds étaient là pour boucher les trous, pas pour investir. Franchement si j’ai un conseil à donner c’est qu’il vaut mieux surdimensionner le service financier que l’inverse.”

Deuxième boulette : la stratégie de scale up tous azimuts. “On a tout fait en même temps. On s’est développé partout mais de façon ultra bordélique. C’était forcément bancal et ça a fini par nous péter à la figure. Il est important d’y aller progressivement en posant un cadre juridique clair de filiales, de franchises, de réseaux…”

Parle à ma main

La relation avec les investisseurs fait aussi partie des dossiers épineux qui ont laissé quelques échardes dans l’histoire de Simplon. “Au début je n’écoutais jamais leurs conseils, ils me disaient de recruter un DAF, je laissais filer. Aussi, je ne donnais pas des chiffres cohérents d’un board à l’autre, je n’avais pas envie de me sentir entravé dans mon rôle d’entrepreneur. L’expérience montre qu’il faut au contraire établir des relations de confiance, choisir soigneusement ses investisseurs. Le must, c’est quand ils sont alignés entre eux. Ça peut être pénible quand ils se liguent tous contre toi mais c’est plus facile pour avancer.”

Enfin, la méta connerie selon Frédéric relève du domaine des ressources humaines. “Pendant longtemps on n’a pas su quels étaient les bons profils à recruter, on embauchait des militants qui s’en foutaient de savoir si Simplon était rentable. Aujourd’hui, on a plus d’experts et de seniors et surtout des profils différents selon les postes. On a arrêté de mettre des gens de Sciences Po à tous les postes.”

Si Frédéric est aussi transparent sur tous les échecs de Simplon, c’est qu’ils font partie de la culture de la boîte. Pour preuve, le drive de Simplon compte autant de POC que de REX. “Il faut banaliser les erreurs, ce n’est pas malsain en soi surtout si on encourage les retours d’expérience. Et ça va avec le droit à l’initiative. Chez nous il est institutionnel.”

Entreprendre pour le bien commun

Retrouvez cette interview et bien plus encore dans notre nouveau guide Entreprendre pour le bien commun aux éditions Vuibert. 272 pages pour définir son projet et se lancer.

Commander

À lire aussi