Pour certain.es le mot évoque l’aventure hippie du Larzac, pour d’autres il fait écho aux congrégations religieuses, pour les plus jeunes, c’est une somme de fans sur une page Instagram. Les communautés ont le vent en poupe, un peu comme les podcasts il y a 5 ans ou les tamagotchis il y a 20 ans, mais c’est quoi exactement. On fait le tri ?

“Pour être un membre irréprochable parmi une communauté de moutons, il faut avant toute chose être soi-même un mouton.” C’est Albert Einstein qui le dit et la formule résume assez bien l’idée. De façon générale, une communauté désigne un groupe de personnes qui se retrouvent autour de caractéristiques communes : même langue, mêmes intérêts, même culture, mêmes aspirations… et qui ont un fort sentiment d’appartenance à ce groupe. En deux mots, dans une communauté, tous les membres partagent quelque chose de commun. 

Prenons deux exemples. Le 30 octobre 2020, au lendemain de l’annonce du nouveau confinement en France, je découvre un post de Christian Delachet sur Facebook qui encourage les restaurateurs ayant des frigos pleins à contacter Linkee (une solution solidaire au gaspillage alimentaire) pour donner leurs invendus. Christian ne travaille pas pour Linkee mais partage le même intérêt pour la lutte contre la précarité alimentaire – et ce notamment avec une partie de la communauté Wanted, qu’il a co-initiée il y a plusieurs années et qui compte aujourd’hui  plus de 500 000 membres.

Toujours depuis mon écran, je tombe sur une photo sur Instagram qui rappelle la clôture des inscriptions aux programmes “Pouvoir” de l’association Lallab. Ces programmes à destination des femmes proposent de retrouver “le pouvoir d’agir sur son destin, de se sentir plus fortes, confiantes, solidaires et outillées face à des situations discriminantes et oppressives”. Ces deux communautés – Wanted et Lallab – fonctionnent différemment mais regroupent chacune du monde autour de centres d’intérêts communs : l’entraide, la solidarité et le vivre ensemble chez Wanted ; la volonté de défendre les droits des femmes musulmanes chez Lallab.

makesense Hotspot Lyon

Au début était le patient zéro…

Ça démarre comment une communauté ? Au début, il y a forcément un Dancing Guy, une personne qui se lance. Dans la vidéo qui cumule plus de 6 millions de vues, le gars en question commence par se trémousser tout seul au milieu d’un parc et finit par être rejoint par des centaines de d’individus. Que ce soit du côté de Wanted, de Lallab, de makesense ou de toute autre communauté, les Christian, Sarah, Jérémie, Justine et les centaines d’initiateur.rices ont tous.tes donné l’exemple en se mettant personnellement en mouvement autour d’un sujet qui leur paraissait essentiel. Et puis rapidement d’autres personnes ont commencé à les suivre. Leurs initiatives individuelles ont pris de l’ampleur, d’autres personnes se sont senties concernées et, petit à petit, ces collectifs se sont transformés en communautés.   

Rappelons que la prouesse n’est pas donnée à tout le monde et qu’il ne suffit pas de danser dans un parc pour créer une communauté. Le concept est aujourd’hui mangé à toutes les sauces jusqu’à en devenir indigeste. Notre définition de la notion de communauté chez makesense se base sur la connexion entre les membres, sur le sentiment d’appartenance, et sur la notion d’action collective. Alors forcément, lorsque l’on entend le terme “communauté” employé dans des contextes où l’usage des réseaux sociaux soutient une approche descendante pour raconter la vie d’un individu ; ou lorsqu’il s’agit de la communauté d’une marque de vêtements trop stylés qui n’a pour but que de vendre mais pas d’être dans une démarche inclusive ; forcément on a du mal à y trouver la profondeur et la force de ce modèle pair à pair. 

Toi + moi + mes baskets = une communauté ?

Est-ce à dire qu’une marque ne peut pas avoir une communauté ? Si, et encore heureux ! De plus en plus de marques ne considèrent d’ailleurs plus leurs client.es comme des individus passifs, mais leur laissent de la place dans le développement des produits et de l’orientation du projet de l’entreprise. Parmi les communautés de marques qui nous inspirent, citons Kippit (produits d’électroménager durable, réparables et fabriqués localement), Loom (marque de vêtements durables, qui s’est lancée grâce à une levée de fond participative), ou encore Patagonia pour l’évolution de sa raison d’être vers un engagement de plus en plus radical.

Aujourd’hui, au-delà des marques, s’organiser en communauté séduit de plus en plus les organisations, les collectivités locales, les universités, les partis politiques (qui ont d’ailleurs permis d’initier le community organizing). La communauté est non seulement un moyen frugal pour passer à l’action grâce à l’énergie des membres 100% renouvelable et aux outils d’intelligence collective, mais aussi un dispositif qui permet de rester proches des enjeux et des besoins des individus. La communauté est par ailleurs un formidable antidépresseur, permettant de lutter contre la solitude dont les impacts sur la santé mentale sont de plus en criants. En effet, le sentiment d’appartenance ne constitue-t-il pas l’un des besoins essentiels de la pyramide de Maslow

S’organiser en communauté permet donc d’avoir un impact sur la société grâce à l’action collective, mais aussi un impact sur l’individu parce qu’elle développe la solidarité, la confiance en soi, la capacité à aller vers l’autre, l’empathie, etc. Enfin, et surtout, en ces périodes de turbulence, les communautés sont de vrais remparts au chaos. Parce qu’elles forment une véritable architecture souterraine, transverse et non pyramidale, elles permettent d’absorber les chocs actuels et à venir. En effet, lorsqu’un point vient à lâcher, l’ensemble de l’édifice ne s’effondre pas puisque une communauté est organisée de façon distribuée. Plus de liens, plus de solidarités, plus d’actions, plus de résilience, what else ?