Le sexe aurait-il une date de péremption ? Le plaisir serait-il interdit aux seniors ? Pour que le sujet ne soit plus tabou et que les personnes âgées puissent vivre pleinement leur sexualité, des entrepreneur·ses se saisissent du sujet. 

Caroline Ida est une sexygénaire, bien dans son corps et dans sa tête. Avec ses 101 000 fans sur Instagram, elle rend visible la beauté, les désirs et les émois des femmes de plus de 50 ans, âge auquel elle s’est retrouvée éjectée du champ professionnel. Dans le podcast Coups de vieux imaginé par Julia Mourri à qui l’on doit le média Oldyssey (qui casse les idées reçues autour de la vieillesse), elle se confie sans détours. “Après la ménopause, comme si c’était une date de péremption comme les yaourts, on pense que les femmes ne sont plus bonnes à faire l’amour, c’est faux ! (…). On retrouve la liberté de ne plus tomber enceinte, on connaît son plaisir, on peut guider ses partenaires. (…) Une fois j’avais confié à ma gynéco que pour moi l’amour c’était comme une machine, plus on la fait marcher et plus elle va loin. C’est vrai. (…) Lorsque j’étais plus jeune, je n’utilisais pas trop les sextoys, là j’ai découvert des nouveaux joujous et je m’en sers quand l’envie m’en prend. (…) J’aime bien quand je sens mon corps plus chaud.” 

Caroline est la 9e personne interviewée par Julia, pile poil entre Armando, le Don Juan de Saint-Maur et Laurence, 80 ans, arnaquée aux sentiments. “L’idée de notre podcast n’est pas de faire entendre des experts sur la sexualité mais de donner la parole à des seniors. On les rend audibles pour que des personnes de leur âge puissent s’identifier ou pour que les générations plus jeunes puissent se dire qu’il est possible de se réinventer tout au long de la vie.” En un an, l’équipe a collecté 11 Coups de vieux et cumule plus des milliers d’écoutes. 

Quand il y a de la gène, il n’y a pas de plaisir

Si la parole se libère dans les podcasts ou sur les comptes Instagram, la sexualité des seniors a bien du mal à franchir les portes des maisons de retraite. “Dans les Ehpad on entend souvent : “ce qui se passe dans les chambres doit rester dans les chambres”, témoigne  Stéphane Sauvé, fondateur de l’association Les Audacieuses & les Audacieux qui a créé la Maison de la diversité, un habitat partagé pour personnes âgées LGBT. Ce genre de phrase traduit bien l’état d’esprit ambiant : personne n’en parle et tout le monde est choqué.” L’ex-directeur d’Ehpad propose au contraire d’ouvrir la discussion, de la banaliser que ce soit avec le personnel ou les familles. “Il est important d’en parler mais aussi d’en rire sans se moquer. Il arrive parfois que certaines situations soient cocasses.” 

“Les personnes plus âgées ne sont pas gênées avec le sujet de la sexualité et aiment en parler, confirme Julia. Danielle, notre première interviewée a donné plein de conseils en masturbation.  Avec l’avancée en âge, comment faire pour que ces pratiques soient toujours possibles en Ehpad ?” Lever le tabou, voilà ce que préconise Stéphane qui invite également à passer aux actes par des choses aussi simples qu’une affiche “ne pas déranger” sur les portes de chambres des résidents comme dans les hôtels. Elle permettrait à chacun et chacune de vivre son intimité.” 

Aide sexuellement transmissible

Avec son appareil Handylover, Rodolphe Brichet va un cran plus loin.  Il propose une solution technique qui permet d’accéder au plaisir quand la souplesse n’est plus au rendez-vous. Son assise mobile, sorte de plateau à roulettes, reproduit la gestuelle d’un acte amoureux. “Au début de mon projet, on me renvoyait l’image d’un obsédé sexuel. Vendre une sonde urinaire c’est déjà compliqué alors un objet qui facilite l’acte sexuel, vous imaginez ? ” Philosophe, l’entrepreneur qui met souvent 18 mois pour décrocher un premier rendez-vous, rappelle que l’innovation dans le secteur de la sexualité des séniors est en train de prendre le même chemin que celui de la pilule contraceptive, sinueux et semé d’embûches. “ Il faut des gens convaincus qui apportent une réponse humaniste à des gens qui ont des frustrations. Aujourd’hui, il y a des groupes de travail qui se sont ouverts suite à notre passage pour présenter Handylover. Ils réfléchissent à  comment être plus inclusif, comment mieux réagir face aux couples qui se forment, face aux besoins sexuels des résidents…” 

Pour faire de l’inclusivité une réalité, Stéphane Sauvé a lancé une formation à destination des personnels d’Ehpad et des soignants. Objectif ? Ne pas enfermer les résidents dans un schéma de pensées dominant. “Quand une femme trans raconte qu’elle s’est fait opérer de la prostate, on doit la croire, il faut déconstruire les tabous et les clichés des professionnels.” Dans le même esprit, Rodolphe Brichet entend lui aussi libérer la parole pour que les personnes puissent exprimer leur besoin de mobilité sexuelle et a lancé tout un département formation.

Imaginez qu’un jour les seniors expriment naturellement leurs besoins sexuels, que les Ehpad fassent de leurs désirs des réalités et que l’innovation technologique apporte un dernier petit coup de pouce orgasmique. Ce jour-là, le sexe, l’amour et le rock’n roll n’en auront plus fini de nous faire vibrer. Entrepreneurs, entrepreneuses à vous de jouer !

De mieux en vieux

La solidarité entre les générations vous branche ? Rejoignez nos programmes ré_action. Vous avez envie d’entreprendre sur le sujet ? Découvrez notre programme Décoll’âges. Vous voulez en parler avec la spécialiste de la question ? Contactez mathilde.boulet@makesense.org. Vous êtes une organisation qui souhaite innover ou s’engager sur ces sujets ? Contactez lola@makesense.org

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