Quand on vous parle de labels autour de l’impact, vous êtes aussi perdu·e que devant le rayon yaourts de votre hypermarché ? Allez, on démêle les acronymes et les concepts pour vous aider à choisir le label qui vous convient le mieux. 

Doit-on commencer par poser les bases et rappeler ce qu’est un entrepreneur social et un entrepreneur à impact ? Allez, on fait un rappel express. « Un entrepreneur social met la finalité économique de son projet au service de la finalité sociale, explique Thierry Sibieude, professeur à l’ESSEC, titulaire de la chaire entrepreneuriat et innovation à impact. Il répond à un besoin que ni les politiques publiques, ni le marché n’arrivent pas à satisfaire, que ce soit en qualité ou en quantité. Il a, par construction, un impact et vise, par essence, à sa maximisation. De son côté, l’entrepreneur à impact n’a aucune obligation d’avoir un objectif 100% axé impact. » Pour l’expert, les deux modèles sont intéressants et il ne faut pas les opposer. « Si on devait faire une échelle de gradation des modèles économiques au service de l’intérêt général, il y aurait tout en haut des marches le secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS), puis les en­treprises solidaires d’utilité sociale (ESUS) suivies des entreprises à mission et de la RSE. »

ESS, ESUS, l’agrément officiel

L’économie sociale et solidaire (ESS) ça vous parle ? C’est la grande famille des associations, des coopératives, des mutuelles et des fondations quel que soit leur secteur d’activité. En gros, des structures dont l’objectif n’est pas de maximiser le profit. L’idée générale de l’ESS est de distinguer les initiatives qui entreprennent pour le bien commun, qui partagent le pouvoir et la valeur. Les bénéfices, par exemple, doivent servir à maintenir ou développer la structure et non permettre aux fondateurs de partir aux Bahamas avec la caisse. Dans les faits, l’appartenance sans condition des coopératives et mutuelles à l’ESS peut conduire à des choses un peu bizarres. On y trouve les centres Leclerc ou le Crédit agricole, ce qui peut être discutable d’un point de vue social et solidaire. En 2014, bonne nouvelle pour les entrepreneurs sociaux, l’ESS ouvre ses bras aux sociétés commerciales en leur permettant de devenir ESUS (entreprises solidaires et d’utilité sociale). 

Comment on postule ?
Pour obtenir le label ESUS, il faut remplir un dossier de demande d’agrément ESUS disponible en ligne sur le site des Dreets (Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités). Si votre structure est dans les clous, l’agrément ESUS vous sera délivré pour une durée de cinq ans (ou deux ans si vous vous êtes créé il y a moins de trois ans au moment de la demande d’agrément.)

Ça change quoi ?
L’agrément ESUS donne accès aux financements de l’épargne solidaire à l’instar notamment des encours collectés par l’épargne salariale. L’agrément ESUS permet également d’attirer des investisseurs qui bénéficient en échange d’un investissement au capital de certaines catégories de PME, de dispositifs de réduction d’impôt comme les dispositifs Madelin ou IR – PME. Pour en savoir plus c’est par ici.

B-Corp, la communauté mondiale de l’impact 

Le label nous vient tout droit des États-Unis et certifie les entreprises privées qui prennent en compte les questions sociales et environnementales à tous les étages de leur organisation, du modèle économique aux RH en passant par leurs fournisseurs. L’idée est de distinguer les entreprises qui souhaitent apporter leur contribution positive à la société. “Les B-Corp ne cherchent pas à être les meilleurs AU monde, mais les meilleures POUR le monde !” Vous voyez l’idée ?

Comment on postule ?
Il faut se soumettre à l’analyse d’impact B-Corp, un questionnaire hyper précis de 200 questions sur les domaines de la gouvernance, des collaborateurs, des communautés, de l’environnement, des clients… Les aspirants B-Corp qui dépassent les 80 points sur 200 peuvent demander à être certifiés par l’équipe du Standard’s Trust et s’acquitter pour finir des frais de certification annuels (le prix varie selon le chiffre d’affaires). Le processus est long, exigeant et pas garanti, les 80 points ne sont pas si faciles à obtenir !

Ça change quoi ? 
Être entreprise B-Corp permet d’intégrer la grande communauté des certifiés, de participer à des groupes de travail et de réflexion commune, de réseauter ou d’échanger avec des entreprises du monde entier. C’est aussi un vrai gage de responsabilité sociale et environnementale qui permet d’attirer des clients et des futurs talents. Pour en savoir plus c’est par là.

Ashoka, la co-optation entrepreneuriale 

“Nous sommes tous acteurs du changement”, tel est le postulat de l’association internationale Ashoka créée en 1981 qui souhaite rendre visibles les “meilleurs” entrepreneurs sociaux dont les innovations répondent aux enjeux de société. En France, Claire Nouvian qui a créé Bloom pour dénoncer la surexploitation des espèces marines à l’échelle mondiale fait partie des Ashoka fellows. Tout comme Christian Vanizette qui a imaginé makesense ou Charles-Edouard Vincent qui est à l’initiative de Emmaüs Défi.

Comment on postule ?
En fait, on ne postule pas. Pour devenir Ashoka fellow et rejoindre la tribu des 3500 entrepreneurs sociaux dans 93 pays, il faut d’abord être nominé par un réseau de prescripteurs, experts et acteurs de terrain. Ensuite, on suit un parcours de sélection archi select autour de 5 critères fixés par l’association : avoir une idée innovante, être créatif pour se projeter sur le long terme, avoir la fibre entrepreneuriale et éthique et assurer que son projet a bien un impact social. 

Ça change quoi ? 
Être Ashoka fellows ça fait très bien sur un profil Linkedin et un site internet. Mais ce n’est pas tout. Ashoka accompagne les entrepreneurs dans leur développement et les connecte à un maximum d’acteurs pour que leurs solutions puissent se déployer à grande échelle.

Entreprise à mission, mission accomplie ? 

C’est à la loi Pacte de 2019 que l’on doit cette nouvelle distinction d’entreprise à mission. Dans les textes, “il s’agit pour une entreprise d’affirmer publiquement sa raison d’être, ainsi qu’un ou plusieurs objectifs sociaux et environnementaux qu’elle se donne pour mission de poursuivre dans le cadre de son activité.” La Camif par exemple a plus que prouvé son engagement par le boycott du Black Friday, la relocalisation et le choix du made in France : aujourd’hui ce sont 90 fabricants français qui représentent 73% de leur chiffre d’affaires. Fin 2021, on comptait dans l’Hexagone plus de 430 entreprises à mission (soit un demi-million de salariés) parmi lesquelles le groupe la Poste qui compte à lui seul un peu plus de 250 000 agents. 

Comment on postule ?
Devenir entreprise à mission n’est pas un concours mais une démarche interne avec un certain nombre d’obligations. On commence d’abord par formuler une raison d’être qui a forcément un impact social, sociétal ou environnemental positif et on l’inscrit dans ses statuts. Il leur faut ensuite définir des engagements, des objectifs chiffrés, identifier les parties prenantes à embarquer et les moyens à mettre en œuvre. Le tout doit être consigné dans les documents officiels. Enfin, les engagements et les objectifs chiffrés doivent être doublement évalués. En interne par un « comité de mission »  et en externe par un organisme tiers indépendant. 

La société a mission n’est pas un label mais une qualité : si l’engagement est sincère, c’est un levier puissant pour transformer l’entreprise de l’intérieur et impulser une dynamique collective de transition.

Ça change quoi ? 
Se lancer dans la démarche d’entreprise à mission permet de redéfinir qui l’on est, où l’on va, avec quels moyens et de mettre en place un comité de suivi exigeant. On dispose donc d’une vraie boussole pour avancer. En interne, cela permet de fédérer les équipes. En externe, c’est le bon sésame pour attirer des clients comme des talents. Cela permet également devenir membre de la communauté des entreprises à mission, de rencontrer vos pairs et d’avancer collectivement sur ce vaste sujet. En savoir plus par ici, et formez-vous par là

Vous y voyez plus clair ? Évidemment quand on voit tous ces labels (et il en existe encore d’autres), on se demande pourquoi il n’y en aurait pas un seul et unique. C’est bien l’avis de plusieurs initiatives qui vont dans ce sens et notamment celle du mouvement Impact France qui propose de mettre en place un Index d’Impact social et écologique, l’impact score obligatoire pour toutes les entreprises de plus de 50 salariés. Stay tuned ! 

Tu entreprends dans l’impact ? 

Ressources, financement, accompagnement, communauté… makesense t’aide à faire grandir ton projet.

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