Entreprendre au sein d’une structure qui existe déjà ça s’appelle l’intrapreneuriat et c’est au moins aussi grisant que de partir à 100% de zéro. Maud Sarda est de cette trempe-là. Elle a co-fondé le Label Emmaüs, un site d’e-commerce solidaire qui fait entrer les boutiques de chiffonniers sur le web.

Mon premier boulot c’était chez Accenture. Pendant 5 ans, j’ai fait mes armes et remboursé le prêt de mon école de commerce mais le jour où j’ai croisé Emmaüs, j’ai eu le coup de cœur. Le projet cochait toutes les cases : insertion par l’activité économique, économie circulaire, un fondateur (l’Abbé Pierre) d’une modernité incroyable. Maud y rentre comme référente pour les structures d’insertion, un genre de consultante interne et accepte de baisser son salaire de 30%. “Au bout de 5 ans, j’ai eu envie de créer une structure Emmaüs sur une problématique nationale.” Forte de son expérience en gestion de projet chez Accenture, Maud étudie le marché de la vente en ligne, “l’Arlésienne chez Emmaüs”, travaille sur un concept, réfléchit au financement… Quelques mois plus tard, le concept de la market place était fixé. “J’ai été incubée chez Emmaüs France pendant 6 mois et ensuite vogue la galère! Aujourd’hui, on est 60 salariés dans la coopérative avec plus de 20 personnes en insertion et on lance chaque année un nouveau projet.”

Pour Maud, le développement de projets est un moteur qui s’alimente à l’énergie de ses collaborateurs. Quand elle jure de lever le pied en décembre 2021, elle met trois nouveaux projets sur la table une fois les fêtes passées et embarque toute son équipe dans une nouvelle dynamique. “Ce n’est pas une fuite en avant, c’est dans les projets que je puise mon énergie.” Pour ne pas exploser en vol, Maud a appris à déléguer et s’entourer. “Faire confiance à son équipe, agir en toute transparence, imaginer collectivement des perspectives, c’est hyper important. Quand on entreprend, il ne faut surtout pas s’enfermer dans sa tour d’ivoire, c’est un marathon, on a besoin des autres.” 

Le Label Emmaüs étant une coopérative, une grande place est statutairement donnée aux salariés qui sont même intégrés au conseil de surveillance. “Le projet leur appartient, dans l’équipe tout le monde est force de proposition.” Pour l’entrepreneuse, cette gouvernance permet de ne pas se brûler les ailes tout comme l’échelle des salaires (de 1 à 3) et le financement propre aux structures coopératives. “On ne peut pas faire de levée de fonds, c’est la galère mais c’est aussi ce qui nous permet de ne pas croître n’importe comment. L’argent provient de sociétaires qui prennent des parts dans le Label mais aussi de l’endettement. Tout ça oblige à lancer des projets quand on est sûr qu’ils ont un modèle économique viable et que les parties prenantes sont partantes. Ça permet de construire quelque chose d’assez sain.”

Atypique dans le monde des entrepreneurs sociaux, Maud aimerait que le secteur abandonne certains codes de l’économie classique, que les fonds investissent enfin dans les coopératives, que les acteurs de l’ESS soient dans l’entraide et pas dans la compétition. “Et puis ça me dérange quand on dit qu’on peut faire de l’argent avec de l’impact. J’ai envie d’incarner quelque chose de plus jusqu’au boutiste.”

Entreprendre pour le bien commun

Retrouvez cette interview et bien plus encore dans notre nouveau guide Entreprendre pour le bien commun aux éditions Vuibert. 272 pages pour définir son projet et se lancer.

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