Chez makesense, fournisseur officiel de liens, le covid19 a fait apparaître un nouveau virus, celui de l’engagement en ligne. Récit des premiers jours confinés d’une entreprise libérée.

Vendredi 13 mars. La nouvelle s’apprête à tomber. Le virus frappe à la porte de notre tiers-lieu/bureau/espace de co-working qu’il va falloir désormais laisser fermée. L’activité de makesense qui consiste à mettre en relation physiquement des individus pour inventer un nouveau monde, à accompagner des entrepreneur.ses et des grandes organisations vers une société durable va en prendre un coup. C’est mathématique. Il faut réagir et chez makesense c’est le comité de rémunération constitué de divers salariés nommés via des élections sans candidat qui se met en marche le premier. Pour assurer ses arrières et encaisser la baisse d’activité, le comité soumet à l’ensemble de l’équipe une décision par objection. Le principe ? Chacun.e a jusqu’au 18 mars midi pour objecter à la décision qui prévoit de décaler les primes prévues pour janvier à juin ou même de les revoir à la baisse si les comptes de l’association sont trop fragilisés à la fin de l’épidémie. Sur la chaîne Slack dédiée, des questions sont posées par les salarié.es mais aucune objection n’est enregistrée. Au contraire, nombreux sont les messages à plébisciter la décision qui protège le collectif. Tous et toutes dans le même bateau.

Samedi 14 mars. Entre footing et marché, whatsapp se met à vibrer dans les poches. Il faut réagir, vite, inventer une formule qui permet de se serrer les coudes et non les mains, de mettre les 10 ans de savoir-faire makesense à profit de la société. Non ça ne peut pas attendre lundi, oui il faut commencer à cogiter. Slack et des documents partagés sur google prennent le relais de whatsapp. On écrit à 4 mains, 8 mains, 12 mains. On s’envoie de l’inspiration, on commente, on sur-commente, on renchérit. Le dimanche le google.doc n’est qu’un joyeux foutoir à l’image d’une session de brainstorming. Restons confiants, l’intelligence collective a des pouvoirs magiques.

Lundi 16 mars. Il est 10h et nous voilà avec un concept, un site web et des outils de communication. On applaudit la future makesenseTV, une télévision qui programme toute la journée nos événements, ceux de nos partenaires, nos expert.es et nos structures amies et qui, grâce aux conseils de Rachel Eilbott, spécialiste de la formation à distance sont adaptés en ligne. Une infrastructure web se met en place avec plusieurs ramifications pour connecter nos outils habituels à un wordpress créé pour l’occasion. Un slogan – Prenons de la distance, réinventons les cyberliens qui font du bien – , et un hashtag qui fonctionne à l’international #spreadsensenotcorona sont validés. On est pas mal, les méthodes d’intrapreneuriat et de design thinking chères à makesense ont prouvé leur efficacité. Une équipe de coordination de la programmation s’improvise, des contributeurs se manifestent de tous les côtés avec des formats inédits. Des process se mettent en place sans pour autant limiter la créativité qui, malgré les distances, est débordante. Le projet avance vite, très vite. Sans passer par la case validation du N+2 qui chez makesense n’existe pas, chacun est à son poste, partage ses connaissances, prend des initiatives. Le projet se monte, s’incrémente, se bonifie. On est proche du MVP, le minimum viable product comme disent les designers. On n’arrête plus la fourmillière.

Mardi 17 mars. Car la vie chez makesense ne se résume pas à un feuilleton télévisé, le cercle caring, chargé comme son nom l’indique de prendre soin des salariés, organise des apéros en ligne, des cercles de parole, des séances de méditation, déploie sa newsletter. Des équipes ont mis en place une chaîne Coronalove pour décompresser sur Slack. D’autres se programment un verre de vin blanc à 12h30. Vianney Louvet, star de l’animation chez makesense lance sur facebook les 10 minutes du peuple et propose à la France entière de faire chaque soir à 19h30 la teuf de la quarantaine pour montrer que même coincés chez nous, on sait groover et s’aimer. En 4 jours, 500 000 personnes ont rejoint le groupe et dansent chaque soir au balcon. C’est le buzz, les médias de LCI au Figaro jusqu’au 20h de TF1 relaient le phénomène. Le virus se fatiguera avant nous, prévient Vianney.

Mercredi 18 mars.  Vous connaissez le biomimétisme ? Le fait de s’inspirer de la nature pour relever les défis de nos sociétés ? Depuis quelques semaines, Ceebios, makesense et NewCorp cravachent pour co-organiser le Biom’impact Tour. Le premier tour de France chargé de faire émerger des projets biomimétiques à impact devait commencer dans quelques jours. Le covid19 passe par là ? Pas de souci, tel le papillon monarque qui retarde sa date de migration à cause de la hausse des températures, l’équipe s’adapte. Il y aura bien un tour de France du biomimétisme à impact mais plus tard et, une fois encore, avec de nouveaux formats en ligne imaginés en un claquement de doigts. Vous avez dit résilience ?

Jeudi 19 mars. Cela fait quatre jours que les équipes n’ont pas partagé un thé, une bière ou un repas collectif dans la grande cuisine du bureau. Les 70 salariés se connectent en visioconférence pour la réunion mensuelle et se retrouvent plongés dans l’intimité de chacun.e. Certains sont torse nu, d’autres finissent de déjeuner dans leur cuisine, des privilégié.es suivent la réunion dans leur jardin. On aperçoit des bébés dans les bras, des chats sur les bureaux. Si loin, si proches ! L’heure de réunion passe à une vitesse folle. Sur le chat, on se congratule, on se vanne, on s’envoie des cœurs. Il est temps de s’y remettre. À 18h30, il y a cyber apéro.

Vendredi 20 mars. C’est le printemps et il reste probablement encore 41 jours avant les retrouvailles ? Une éternité !