“Petit coin, gros impact.” Décalé et efficace, le slogan de Popee est à l’image de sa fondatrice. Audrey Destang s’attaque à un produit du quotidien : le papier toilette. Elle le veut responsable : fabriqué en France, recyclé et sans aucun résidu toxique. Son objectif ? Devenir le leader des produits d’hygiène de la fesse. Rencontre avec une entrepreneuse décomplexée.

Quelle est ton histoire avec l’entrepreneuriat ?

Quand je suis sortie d’école de commerce il y a 6 ans, je savais que je ne voulais pas rentrer dans un salariat classique, parce que j’avais un réel besoin d’autonomie dans la prise de décision. D’un autre côté, il me manquait l’expérience, le réseau et la connaissance de l’écosystème start-up pour me lancer. Mon premier job a ainsi été chez Early Metrics, une agence de notation de start-ups. J’ai été leur toute première salariée et je suis devenue leur associée au bout de quelques mois. Ça a été une super expérience car ça m’a appris des aspects très concrets de l’entrepreneuriat comme structurer une équipe ou penser un modèle économique. Après quatre années là-bas, j’avais évolué à un niveau plus stratégique et ça me manquait d’avoir les mains dans le cambouis. J’ai donc décidé de développer autre chose en parallèle. Il se trouve que ma famille possède des forêts de pins dans les Landes, donc je me suis intéressée au bois, puis naturellement au papier. J’ai alors réalisé qu’on sous-utilisait le papier recyclé, particulièrement pour les produits à usage unique. Et puis la réflexion a fini par prendre tout mon temps. J’ai donc démissionné de l’agence de notation et vendu mes parts, ce qui m’a permis de lancer Popee. Finalement, entreprendre n’a jamais été un fantasme mais un projet professionnel qui a mûri.

Le papier toilette est un choix de boîte original ! D’où vient-il ?

Je voulais un produit qui accompagne les gens dans leur vie de tous les jours. Et surtout, je ne voulais pas d’un business élitiste qui ne profite qu’à une certaine catégorie de consommateur.rices. Tout le monde a des fesses ! Moi, ce que je veux, c’est m’occuper de tous les popotins sans exception. J’aime aussi l’idée de la vie quotidienne, je la trouve excitante et non dégradante : tout le monde va aux toilettes ! Au-delà de ça, le PQ, justement parce qu’il est utilisé par tout le monde, a un modèle économique récurrent. C’est donc un super produit pour un entrepreneur qui recherche un modèle économique sain.

L’avenir s’annonce comment pour Popee ?

Pour l’instant, Popee c’est du papier toilette. Mais je réfléchis beaucoup à la diversification produit : développer des lingettes, pourquoi pas des couches pour bébé… Je veux devenir le leader sur la fesse, et il y a plein d’opportunités à ce sujet !

Tu viens de vivre 6 mois d’incubation intenses. Pas encore au bout du rouleau ?

Non, il va m’en falloir un peu plus ! Mais c’est vrai que le plus dur, ce sont les ascenseurs émotionnels. Un jour tout va dans ton sens et le lendemain, tu te fais lâcher par ton fournisseur ou remettre en question sur les réseaux sociaux. Il faut apprendre à ne pas se laisser aller à ces hauts et ces bas… Plus facile à dire qu’à faire !  Si j’avais lancé mon entreprise à la sortie d’école, j’aurais pété une durite. Aujourd’hui, je prends de la distance.

J’ai découvert de nouvelles façons de collaborer qui m’ont ouvert l’esprit et modelé ma vision de l’entreprise.

Popee s’envolera bientôt pour de nouvelles aventures. Que retiendras-tu de ton expérience à l’incubateur ?

makesense, c’est un univers à part dans un lieu particulier. À mon arrivée, j’ai tout de suite été interpellée par la singularité du lieu. Le space, c’est un environnement de travail très différent de tout ce qu’on peut voir à Paris. Moi qui ai une vision très classique du travail, j’ai trouvé intéressant d’apprendre sur l’entreprise libérée et j’ai constaté que ça pouvait fonctionner, dans certains cas bien précis. Et puis j’ai découvert de nouvelles façons de collaborer qui m’ont ouvert l’esprit et modelé ma vision de l’entreprise. Ce lieu a permis tant de choses… C’est là que s’est déroulé l’apéro de lancement de ma campagne Ulule, et plus récemment le hold-up feedback grâce auquel j’ai rencontré la CDI qui arrivera début mars ! Incroyable non ?

Selon toi, qu’est-ce que l’entrepreneuriat peut apporter à la société ?

Je pense qu’on peut ne pas être entrepreneur.se et quand même faire beaucoup pour la société. Entreprendre ne doit pas être vu comme le graal d’une vie. Je suis convaincue qu’un.e entrepreneur.se brillant.e peut être un.e mauvais.e salarié.e. Ce qui est certain, c’est qu’un.e entrepreneur.se a une influence qu’il.elle doit soigner. Par exemple, à travers le choix de son fournisseur, il.elle a un impact écologique. À travers ses choix de rémunération, il.elle a un impact social. Dans une certaine mesure, le message qu’il.elle transmet peut changer la vie des gens !

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui hésite à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale ?

Je suis un peu radicale à ce sujet. Je pense que si tu hésites trop, c’est que tu n’es pas prêt.e. Si tu ne peux pas laisser tomber ton salaire, si tu as des problèmes familiaux, ce n’est pas une bonne idée. Si tu as des enfants, il faut bien peser les pour et les contre avant de tout lâcher. Si tu es seul.e mais que tu penses avoir un profil de groupe, trouve des associé.es. Un autre point important, c’est le culte de l’idée. Pour moi, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise idée. Pourquoi créer une nouvelle marque de papier toilette alors qu’il en existe déjà ? La vérité, c’est que tout existe (presque) déjà. Ce qui compte, c’est surtout de trouver le modèle économique qui te permettra d’être rentable et de réussir à bousculer la perception des gens. En fait, c’est pareil que les amoureux indécis qui disent qu’ils.elles sont encore célibataires parce qu’ils.elles sont trop exigeant(e)s. Si tu attends simplement l’idée géniale ou l’associé.e qui coche toutes les cases, tu ne te lanceras jamais : il faut aussi savoir parier sur l’avenir !