Nous sommes quotidiennement confronté·es à des phénomènes révoltants. Il suffit de passer près des tentes qui longent le périph à Paris ou de lire trois lignes du rapport du GIEC. Si nous avons toujours vécu avec ces injustices, un beau jour, elles deviennent insupportables. Et la colère se déverse, que seule une lutte pourra canaliser. Mais par où commencer ? Que faire et avec quels moyens ?

Photo par Bekky Bekks

Soyez sympas, rembobinez : c’est quoi l’engagement ?

Comme plein de mots compliqués, l’engagement est un processus plutôt qu’une fin en soi. Il est « mouvement vers ». S’engager revient à faire une promesse : celle de devenir soi-même en choisissant de construire quelque chose de neuf. On s’engage par rapport et avec les autres. Des formes multiples d’engagement cohabitent chez la même personne : un service civique, un clic sur un site pour signer une pétition, le changement d’habitudes de consommation…

Qui, comment, quand et pourquoi ?

Selon une enquête d’Harris Interactive (pas la marque de brioche, une autre), 82 % des jeunes disent avoir envie de changer les choses, mais seuls 36 % se sentent capables de le faire. 43 % ressentent même un sentiment d’impuissance. « Je ne sais pas, je ne veux pas, et je reste planté là » : où serais-je le plus utile ? En entamant une seconde vie dans le service public ? En faisant du bénévolat dans une ONG ? En lançant un parti politique ? Les fiches de poste de bénévoles font quatre pages et demandent des compétences que personne n’a. Les déjà engagé·es semblent composer un entre-soi complice qu’on ne sait comment pénétrer. Et puis, pour s’engager, il faut avoir le temps. Bref, l’engagement, c’est compliqué.

Une fois engagé·e, il faut encore avoir le courage de se justifier face aux questions : bien sûr, je ne vais pas changer la face du monde ; mon action n’a beau être qu’une goutte d’eau dans une marée noire de tristesse, c’est déjà ça.

Je participe, nous participons

Aujourd’hui, l’engagement 2.0 est celui de l’individu. Je choisis, poussé·e par mes espérances et mes envies, d’en finir avec la passivité, l’hésitation. Je me projette dans un changement et je me mets en disposition d’agir. Repensons à la notion de conatus du philosophe néerlandais Spinoza, ou « incitation à perséverer dans notre être » : en m’engageant, je développe sciemment mon élan pour continuer à être. Je me réalise et je deviens responsable de mes convictions en les inscrivant dans une vision collective.

« Je me révolte, donc nous sommes », écrivait Albert Camus. La révolte permet de dépasser l’absurde de nos existences et de passer du « je » au « nous ». Par l’engagement, nous rencontrons de nouvelles personnes, parlons, échangeons, créons une relation, une vision. Le film Tous au Larzac, qui décrit 10 ans de résistance contre l’extension d’un camp militaire, montre ainsi la naissance de nouvelles sociabilités entre des publics hétérogènes, du paysan local au militant hippie, qui font front ensemble en dépassant leurs différences initiales.

Un problème de société – parce qu’il est complexe et tient à une multiplicité d’acteurs et d’actions – ne se résout pas seul·e, mais en regroupant des personnes autour d’un objectif commun. Pour avoir un impact, il faut atteindre une masse critique. La théorie du tipping point ou « point de bascule », répandue par l’écrivain Malcolm Gladwell, soutient que l’action d’une part minoritaire de la population – 10 à 12% – suffirait pour que le restant bascule et que la société se transforme.

Un rien peut être un tout

Pour certains, les écogestes ne servent à rien : trier mes déchets dans mon studio ne changera pas la réalité du septième continent de plastique. Pour d’autres, cet effort est le point de départ d’un engagement plus grand à venir. Pour la même lutte, plusieurs formes d’engagement cohabitent et cette pluralité est capitale. Accepter de laisser à d’autres qu’on soutiendra le soin de faire avancer certains combats permet de se concentrer sur ses propres efforts avec sérénité.

Notre objectif ne sera peut-être jamais atteint. Mais en s’engageant, déjà, on reprend la main, on se « reprend ». La philosophe Hannah Arendt insiste sur la notion d’action – au sens d’engagement politique dans la vie de la cité –, qui permet à l’homme de sortir de l’isolement. L’action est imprévisible : on ne connaît pas son issue. Mais elle est aussi irréversible ; quel que soit le résultat, il y aura un avant et un après.

Nous sommes tous puissants

Quinze millions de personnes déclarent être engagées au sein d’une organisation. Elles portent des projets répondant à des nécessités vitales de millions d’êtres humains, facilitent la vie de jeunes et de seniors, font évoluer le regard sur des personnes stigmatisées. Si le bénévolat s’arrêtait demain, la France serait à l’arrêt. Mais l’engagement est évidemment aussi celui des caissier·es qui font tourner la machine en phase de pandémie mondiale, des profs qui font de leur mieux au quotidien, et de tant d’autres formes de commencements.

Chacun doit pouvoir trouver les moyens de s’engager. Il faut pour cela réinventer le cadre de l’engagement et faciliter son accès. Nous sommes tous capables de nous renseigner et de nous former. Nous pouvons tous accoucher d’idées et nous organiser pour les mettre en œuvre. 

*Extrait du guide des paumé·e·s de makesense, Lucie Chartouny, Aurore Le Bihan. © Editions Marabout, Atelier AAAAA | Illustration © Aurore Carric

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