La vie version écolo nous propose parfois des choix impossibles. Faire un effort quelque part, c’est faire une concession ailleurs. Personne n’est parfait sur tous les tableaux ! Et pourtant, il faut bien continuer d’avancer… Alors pour s’entraîner à prendre des décisions, voici quelques exemples de dilemmes, plus ou moins ordinaires, plus ou moins faciles… Prêt·es, on y va ? Oui, non ? Allez… bon, oui alors ?

#1 – Tu préfères : partager une tranche de tofu avec Aymeric Caron ou un os à moelle avec Gérard Depardieu ?

À l’échelle individuelle, réduire sa consommation de protéines animales est l’un des gestes les plus efficaces que l’on puisse faire pour la planète. C’est même plus puissant que d’arrêter la voiture ou l’avion¹ !

Le problème, c’est qu’en modifiant son régime, on modifie aussi le cercle de ses amis. Adieu les copains soiffards amateurs de barbecues et de terroir. Car la gastronomie française est plutôt branchée saucisse et bœuf bourguignon que bò bún et tempeh. Si les célébrités vegan et stylées sont nombreuses outre-atlantiques, et portent des noms qui brillent de mille feux comme Joaquin Phoenix, Zach Efron ou Jessica Chastain, nos militants locaux de la cause animale s’appellent  plus modestement Aymeric Caron et Stomy Bugsy². Dans ces conditions, certains préféreront peut-être oublier leurs convictions et tailler la bavette avec Gérard Depardieu.

Heureusement, les temps changent, et les végétariens devraient bientôt avoir plus de copains, puisque 64% des français seraient prêts à réduire drastiquement leur consommation de viande et de poisson³. Mieux : ce chiffre ne masque aucun clivage. Dans les villes comme les campagnes, à droite comme à gauche, pour une fois le pays est uni. On pourra donc bientôt manger du tofu tout ensemble, tout en s’engueulant à propos de la politique.

#2 – Tu préfères : les embouteillages du périph’ ou les sièges trop petits dans l’avion ?

Aucun doute selon l’Agence européenne de l’environnement⁴ : l’avion pollue beaucoup plus (285 grammes de CO2 par kilomètre) que la voiture (158 grammes). Et puis dans une voiture, on peut tenir à quatre, parfois cinq, ce qui divise d’autant la facture énergétique. 

Alors que sur un siège d’avion, tenir tout seul relève de l’exploit. De plus en plus car pour augmenter leurs profits, les compagnies aériennes réduisent continuellement la taille des fauteuils. Selon le Los Angeles Times⁵, sur ces dix dernières années, l’espace entre deux passagers aurait perdu plus de 10 cm. Une mauvaise nouvelle pour les voyageurs, mais une bonne pour le commerce et pour toutes les personnes seules qui aiment faire semblant de s’endormir par inadvertance sur l’épaule du voisin. 

Du coup, le choix semble vite fait : on prend la voiture ? Pas si simple, car les embouteillages provoquent aussi des pics de pollution. Dans une ville comme Paris, par exemple, ils seraient responsables de 13% des émissions annuelles de CO2⁶. En plus dans les embouteillages, on s’ennuie tellement qu’on finit toujours par jouer au “tu préfères”, alors…

#3 – Tu préfères : péter dans la soie synthétique ou craquer ton slip en coton  bio ?

Péter n’est un plaisir innocent que pour les créatures naïves. Les autres pètent avec la conscience lourde, sachant que les flatulences contiennent entre 17 et 375 millilitres de gaz – soit près de 2 litres par jour⁷. Heureusement, si le pet relève de notre fatum, nous sommes encore libres de choisir la manière. Et péter dans la soie, même synthétique, peut paraître comme une consolation. 

La soie synthétique, ou viscose, est une matière faite à partir de pâte de bois et non de pétrole (comme le polyester). Son processus de fabrication, néanmoins, est très polluant, gourmand en ressources naturelles et fait appel à de nombreux adjuvants chimiques. En plus, cette matière participe à la déforestation puisque, chaque année, elle “coûterait” environ 99 millions de tonnes de pâte de bois⁸. Et celles et ceux qui croient échapper au problème en pétant dans la laine, le tafta, le cuir ou le lycra peuvent abandonner leurs espoirs, car c’est toute l’industrie textile qui pose problème. Avec 10% des émissions de gaz à effet de serre, elle serait même la deuxième industrie la plus polluante derrière le pétrole. 

Et le coton bio ne résout rien, car dans le poids écologique d’un vêtement, la part de matière première est infime⁹. Même bio, le coton demande énormément d’eau pour pousser, énormément d’énergie pour être récolté, transformé puis transporté jusqu’à chez vous. 

#4 – Tu préfères : vivre à la ville pour fuir les pesticides, ou vivre à la campagne pour fuir les hydrocarbures ?

Tout est question de goût. Les amateurs d’hydrocarbures et de particules fines s’installeront naturellement en ville ; celles et ceux qui préfèrent les épandages et les pesticides trouveront leur bonheur à la campagne. D’ailleurs, les ruraux n’ont pas à rougir devant les citadins, car dans les régions de France où l’on pratique l’agriculture intensive, il est possible d’atteindre des pics de pollution très élevés ! D’autant qu’à la faveur des conditions climatiques, les nuages de pollution peuvent se déplacer des villes vers les campagnes¹⁰ pour que tout le monde en profite un peu.

Alors, faut-il partir en montagne pour respirer de l’air vraiment pur ? Nos lecteurs et lectrices sensibles des muqueuses risquent de déchanter, car les reliefs ont tendance à bloquer les nuages et concentrer les polluants. Par exemple, en 2018, les chercheurs du CNRS ont découvert autant de micro-plastiques sur les hauteurs de l’Ariège que dans le centre ville de Paris¹¹ ! Et si ce n’était que le plastique… Mais nos cimes enneigées sont aussi contaminées par le mercure, le plomb, et même des éléments radioactifs. 

Une solution radicale consisterait donc à ne plus respirer du tout. Et puis comme ça vous péterez moins.

#5 – Tu préfères : te gaver de séries Netflix ou commander des livres sur Amazon ?

Selon Le Point¹²¹, regarder Netflix pendant une heure équivaut à parcourir 400 mètres en voiture. La comparaison n’est pas très parlante. Pour mieux se rendre compte, dites vous plutôt que la série Game of Throne revient à faire un Tourcoing – Zillebeke. Vu comme ça, le streaming paraît plutôt propre ? Et puis, si Zillebeke est charmante une ville de Flandre occidentale, où l’on trouve un superbe musée privé sur la Première Guerre mondiale, elle est forcément moins intéressante que 70 heures de combats sanglants entre dragons et royaumes imaginaires.

Bien sûr, il est possible de faire encore plus écologique en lisant un livre. Pas besoin de prendre la voiture : on peut le commander en ligne depuis chez soi ! Amazon le livrera directement sur le pas de votre porte en 24h. Certes, Amazon n’est pas une entreprise toute blanche – ou toute verte. En 2021, elle aurait généré 71 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent de 180 centrales à gaz¹³. Vu comme ça, même la lecture est une activité qui salit les doigts…

La solution ? Évitez ce genre plateforme et privilégiez votre petit libraire de quartier, si pittoresque et plein de bons conseils. Parlez-lui de vos goûts ; il commandera les livres pour vous.

#6 – Tu préfères : passer tes soirées avec un gros pull ou avec une petite bougie ? 

L’hiver qui vient s’annonce difficile sur le plan énergétique, et chacun devra faire des efforts de sobriété. Selon la RTE (le gestionnaire du réseau électrique français), la consommation nationale devrait baisser de 1 à 5 % pour éviter les coupures générales. Avec un peu de méthode, c’est pas la mer à boire !

Le premier post de dépense énergétique dans un foyer, c’est le chauffage de l’air et de l’eau, qui  représente 66 % de la facture¹⁴. Alors pour faire des économies, c’est facile : on baisse la température des pièces et du chauffe-eau. Et du coup, on met un pull. 

Les plus frileux préfèreront peut-être faire un effort sur l’éclairage ? Car la lumière consomme aussi. Pour les ménages, elle représente en moyenne 12,8% de la consommation d’électricité. Du coup, on s’éclaire à la bougie.

Les vrais militants écologistes pourront combiner ces deux techniques. À ces héros modernes, nous donnons un dernier conseil : privilégiez les pulls en laine. Les pulls en acrylique s’enflamment trop facilement à proximité des bougies.

1. Faire sa part ?, Publication de Carbone 4, Juin 2019
2. PETA France, 10 célébrités qui vous inspireront à devenir végan !, 31 octobre 2019
3. L214, GIEC : 64 % DES FRANÇAIS PRÊTS À RÉDUIRE LA VIANDE DE 50%, 4 avril 202
4. Anne-Laure Mignon, Calculer l’empreinte carbone de son trajet en avion : vrai outil ou écran de fumée ?, Le Figaro, 17 novembre 2022
5. Hugo Martin, Airline seats have been getting smaller for years. Is the shrinking coming to an end?, Los Angeles Times, 11 Août 2022
6. Margaret Oheneba, Comment les embouteillages accentuent la pollution à Paris, HuffPost, 9 février 2022
7. Florian Gazan, Pourquoi péter c’est bon pour la santé, mais moins pour la planète, RTL, 20 mars 2021
8. https://www.wedressfair.fr/matieres/viscose
9. TF1 Info, Le grand format : que cache le label « Coton bio » ?
10. Gaetan Supertino, Cinq idées reçues sur notre exposition à la pollution de l’air, Europe 1, 19 septembre 2018
11. Philippe Vigier, L’air est il vraiment plus pur en montagne ?, Radio France, 20 novembre 2029
12. Netflix : quelle est l’empreinte carbone d’une heure de streaming ?, Le Point, 11 avril 2021
13. Justince Calma, Amazon’s climate pollution is getting way worse, The Verge, 1 août 2021
14. Jean-Christophe Adde, Energie : comment réduire sa consommation en chauffant à l’électrique, des petits boîtiers « intelligents » distribués aux lyonnais, France 3, 19 novembre 2022

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