Scandale des Ouïghours, pollution et épuisement des ressources naturelles, polémiques sur le greenwashing… On peut dire que l’industrie textile est habillée pour l’hiver. A l’inverse, certaines entreprises ont fait le pari de revenir à une mode raisonnée : plus locale et transparente – et pas moins stylée. Aujourd’hui, on vous aiguille vers quatre entreprises qui ont décidé d’en découdre avec la fast fashion.

Clear Fashion, le Yuka du prêt-à-porter

“Que se cache-t-il derrière les vêtements que vous achetez ?” peut on lire en gros caractères sur le site de Clear Fashion. La question mérite réflexion car sous les étiquettes, les récits sont parfois sombres. Selon l’ADEME, l’industrie de la mode émettrait 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre, soit l’équivalent des émissions des vols internationaux et du trafic maritime réunis. Mais les dégâts sont aussi humains, à l’instar du peuple ouïghour réduit au travail forcé par 83 entreprises dont des géants de la mode tels qu’Adidas, H&M, Nike ou encore Zara. En 2018, bouleversées par l’ampleur des externalités négatives générées par le secteur de la mode et par l’opacité entretenue par les marques, Marguerite Dorangeon et Rym Trabelsi ont fondé Clear Fashion, l’appli mobile qui aide les consommateur·rices à démasquer le greenwashing. Sur cette dernière, plus de 300 marques de mode sont référencées selon leurs engagements humains, de santé, d’environnement et de traitement des animaux. On y retrouve les grandes marques Promod, The Kooples, Petit Bateau mais aussi des plus petites comme 1083 et Asphalte. En janvier 2021, la start-up a lancé son scan code-barres qui dévoile en quelques secondes l’impact d’un vêtement sur son écosystème. Ce dernier a déjà été adopté par plus de 15 marques comme Sessùn, Picture ou encore Darjeeling. En plus d’éclairer les choix des consommateur·rices, Clear Fashion souhaite pousser les entreprises à revoir leurs pratiques. D’après leur bilan d’impact 2020, 69% des marques évaluées depuis plus de 6 mois ont repensé leur processus de production.

Wedressfair, la marketplace de mode éco-responsable

Une fois qu’on a repéré les bons élèves, qu’est-ce qu’on fait ? “On s’est dit qu’on avait envie de rétablir l’équilibre. Donner de la visibilité à ceux qui devraient en avoir le plus.” expliquent Marie Nguyen et Antoine Coulaud, les fondateur·rices de Wedressfair. Le site propose ainsi une sélection de 70 marques engagées pour une mode éthique et écologique. Chacune est passée au radar de leur Charte de sélection et a dû répondre de ses engagements sociaux, environnementaux et de transparence. Pour les consommateur·rices, c’est la garantie que chaque vêtement présenté sur le site est composé a minima de 90% de matières éco-responsables et a été conçu dans le respect des droits du travail. En plus de sa mission de sélection, Wedressfair a créé un média pour faire toute la lumière sur les dessous de nos dessus. Au programme : fiches pratiques pour connaître les matières et leurs impacts, décrypter les labels ou repérer le greenwashing, zoom sur les teintures, analyses étayées des marques… Car, comme le rappellent à juste titre les fondateur·rices, “nul ne choisit s’il ignore”.

Hopaal, l’accent sur le local

Clément Maulavé, co-fondateur d’Hopaal, et Hervé, dans son atelier de confection

Si on entend beaucoup parler de bio et de local dans l’alimentation, la mode a, elle aussi, déjà rejoint le mouvement. C’est le cas d’Hopaal, griffe de vêtements conçus à partir de matières recyclées fondée par Clément Maulavé et Mathieu Couacault. En créant leur propre marque au sortir de leurs études, les deux amis ont vu loin, tout en misant sur le près. Leur règle d’or ? Pas plus de 1000 kilomètres entre les ateliers de confection et Biarritz où ils sont basés :   “Nous sommes capables de remonter toutes nos chaînes d’approvisionnement : de la fibre au tissage en passant par les broderies.”.Pour eux, la collaboration avec des acteurs locaux n’est pas là pour faire beau : elle permet de nouer des rapports de confiance, mais aussi d’être plus réactif. “Le circuit de mode classique met entre 12 et 18 mois avant de lancer et proposer un vêtement. En un mois, nous pouvons avoir des prototypes à vous présenter et en moins de trois mois, nous pouvons vous livrer.”

reFUNK, quand le tissage est aussi local

Le Birkin 501, première création de reFUNK

La mode doit aussi soigner son impact sur l’humain et créer des emplois pérennes. Samia Boukbir l’a bien compris et a décidé de faire rimer création avec réinsertion. Après 4 mois d’immersion aux Puces de Saint Ouen grouillantes de chineurs et chineuses, elle cultive un goût certain pour la bidouille et la récup. Son mantra ? “Arrêtez d’acheter, arrêtez de jeter, TRANSFORMEZ !”. En 2020, pendant le premier confinement, elle se lance et crée reFUNK, marque d’upcycling collaboratif. Les vêtements abîmés sont collectés, réparés puis réinventés par de jeunes designers prometteur·ses, avant d’être confectionnés dans plusieurs ateliers franciliens qui favorisent la réinsertion professionnelle. “Tout est « défait puis refait » en France, par des ateliers en région parisienne notamment dans le 93 : on relocalise nos savoir-faire et développe l’emploi dans une zone où le taux de pauvreté est le plus haut de France.”. Leur première création est un jean, baptisé le Birkin 501, revu et assaisonné à la sauce funky par la créatrice Elodie Louzaouen.

Pour aller plus loin…

On vous conseille La mode à l’envers, l’excellent blog de Loom qui vous informe sur les coulisses de fabrication des vêtements.