C’est un peu l’enjeu du moment : faire des rencontres éco-friendly sans tomber sur les sosies du Commandant Cousteau ou de mère Teresa. Voici quelques pistes pour se faire des ami·es en vert et contre tous (et plus si affinités de hoummos).

“Humain écolo ch. humain écolo sympa”

Pour dénicher des potes écolo-compatibles, les réseaux sociaux sont une source inépuisable et renouvelable. On voit de plus en plus de groupes Facebook ou de comptes insta écolo-friendly voir le jour. Il y en a pour tous les goûts, de la parentalité écolo, aux ayatollah du zéro déchet, d’une mode éco-responsable, sans oublier les rigolards qui peuvent retrouver autour des Neurchi d’écologistes ou du groupe Jancovici memes (en hommage à Jean-Marc Jancovici, ingénieur et enseignant devenu une figure majeure de la vulgarisation scientifique sur le climat). Évidemment, chacun et chacune peut trouver ou fonder sa propre communauté à une échelle plus confidentielle que les groupes réunissant des centaines de milliers de membres comme Extinction Rébellion. Bref, on ne va pas vous apprendre ici comment fonctionne Facebook. 

Les “petits” derniers tels que Instagram et Tik Tok s’emparent aussi de ces questions, mais leur format ne permet certainement pas autant d’échanger et de partager. Peut-on pour autant espérer s’y forger de nouvelles amitiés ? Aucune garantie mais au moins on y trouve un lieu de débats virtuels et de partage, c’est un bon début. Vous pouvez aussi aller fouiller dans les groupes de quartier pour y proposer des activités écolo pour faire connaître vos engagements. 

La vie en éco-location

Les potes c’est cool mais la vie à plusieurs peut se révéler rapidement un enfer quand on ne partage pas les mêmes valeurs. Si vous êtes à deux doigts de déshériter votre cousin qui prend l’avion tous les deux jours, ça risque d’être encore plus difficile d’accepter que votre coloc ne trie pas ses déchets. Pour éviter dès le départ ce type de déconvenue, il existe des groupes Facebook dédiés à la recherche de colocs aux valeurs écolo. La page Eco-colocation France réunit ainsi plus de 18 000 membres, celle des Écolieux Projets et Vie en Communauté affiche fièrement ses 30 000 membres. Elle facilite par ailleurs la réalisation de projets d’habitat participatif c’est-à-dire le fait de regrouper plusieurs personnes autour d’un projet de logement collectif où sont toutefois respectées l’autonomie et l’intimité de chacun. On est donc loin de la communauté hippie des années 70. Avantageux sur le plan financier grâce à la mutualisation des coûts (un logement en habitat participatif revient à 20% moins cher qu’un logement classique), humain (un tel projet se veut convivial et garant d’une mixité sociale) et bien sûr écologique, ce modèle encore confidentiel vise à séduire de plus de monde : on comptait 170 projets aboutis en 2019 soit 1400 logements…

L’amour au détour d’un panier bio

La vie en couple quand on ne partage pas les mêmes sensibilités (comprenez “sensibilités écolo” hein, pas de sensibilité aux films d’horreur ou aux rillettes du Mans), ça peut tourner au drame. Difficile de s’entendre quand on s’empiffre de tous les livres de Pablo Servigne pendant que ton mec ou ta meuf se commande des sushis via Deliveroo (red flag DIRECT). Pour cela, il existe pas mal d’applis de rencontres afin de se dégoter un·e amoureu·x·se en herbe ou un·e ami·e bas-carbone. Amours Bio, My Green Lovers, Vegan singles ou encore Rencontre bio pour ne citer qu’elles. Là encore les groupes Facebook ont aussi leur carte à jouer et peu de clics nous séparent de “Adopte un·e collapso”. Reste à savoir si ces plateformes de rencontres sont vraiment pertinentes pour des personnes en rejet des modèles de consommation capitalistes traditionnels. Peut-on vraiment être anarchiste et collapso sur Facebook ? Peut-on prôner la sobriété énergétique depuis son smartphone sur une appli de rencontre ? À vous de juger, la quête du grand amour impose peut-être quelques aménagements avec ses convictions. 

En 2019, le nombre d’utilisateurs célibataires qui ont fait référence à Greta Thunberg s’est accru de 800 %, sur le site OkCupid.

Et si on bossait déjà sur ce qu’on a déjà sous la main ?

OK les jeunes, sinon il y a un autre chemin pour se faire des potos bio : convertir les siens. Parce qu’il faut être honnête, on n’est pas toujours exemplaire. C’est pas toujours facile de refuser de prendre l’avion, de conchier Amazon et de ne jurer que par les fruits et légumes de saison et de circuit court. Les apprentis écolos se voient parfois vite couper l’herbe sous le pied par leurs proches, conjoint, famille, amis, collègues trop désireux de maintenir leur mode de vie quand celui-ci ne correspond plus à nos valeurs. Néanmoins, se mettre tout le monde à dos, ça ne fera pas avancer le schmilblick. Alors oui faisons toutes les rencontres possibles avec des gens qui partagent cet amour de la planète et du vivant mais pas sûr que l’entre-soi écolo soit la meilleure des solutions. Qui vous dit que l’amour ne suffira pas justement à faire évoluer cette personne si éloignée de vos convictions ?

Qui se ressemble s’assemble et change le monde ?

Pas évident de changer ses habitudes tout seul quand on pense que personne ne fait rien. Et pourquoi on pense ça d’abord ? Le philosophe Jean-Louis Vullierme nous apporte des éléments de réponse à travers le concept d’interaction spéculaire. Selon lui (et en très très très résumé) l’inaction politique d’un individu serait due à sa croyance intime que les autres individus ne sont pas plus actifs que lui (voire moins). En clair, on spécule que les autres ne font rien, donc on ne fait rien. C’est ballot mais ça peut nous aider à mieux comprendre l’inaction climatique. Voilà pourquoi l’action collective est sans doute un des leviers les plus précieux pour changer chacun de notre côté mais ensemble malgré tout. Or pour cela, il faut s’entourer des bonnes personnes. Voilà.