Moi c’est Antoine, mais tout le monde m’appelle Tinou. J’ai 33 ans et une calvitie, ce qui fait de moi un vieux chez makesense. Ça fait maintenant 5 ans, 8 mois, 2 semaines et 4 jours que j’y travaille. Quand on m’a demandé : “et si tu racontais makesense de l’intérieur pour que les personnes de l’extérieur comprennent ce que tu fais,” j’ai essayé de décrire à quoi pourrait ressembler une semaine dans cette micro société.

Lundi

Je suis chez moi en Bourgogne, aujourd’hui je travaille à distance comme quelques un.es de mes collègues qui naviguent entre Paris et ailleurs. Il est 9h28, ma réunion d’équipe va bientôt commencer, ce qui me laisse deux minutes chrono pour te planter le décor. Chez makesense France, on est 70 employé·es (120 dans le monde) réparti.es dans 7 équipes thématiques. Moi, je suis dans la tribu qui promeut le développement de communautés pour engager et transformer durablement les individus et les organisations pour le meilleur. 

Attends, ça y est, ça commence. Toute mon équipe est devant son poste. C’est l’heure de l’ice breaker, 5 minutes pour se marrer ensemble avant de commencer. Vianney nous sort un florilège de lois absurdes qui existent dans le monde. Moment improbable qui fait oublier qu’on est lundi matin. Lucie qui vient de commencer sa thèse sur le thème : “l’engagement citoyen chemin faisant, une approche expérientielle de l’économie sociale et solidaire” enchaîne avec une idée : et si on s’appuyait sur la pensée de la politologue Hannah Arendt pour mobiliser des citoyen·nes ? Sans transition, Violette et Olympe nous expliquent comment elles mesurent l’impact de nos séminaires sur le community building sur les participant.es. Maud organise un mini atelier pour que l’on décide de ce que l’on va faire du mini excédent budgétaire de notre équipe. Alizée et Louis viennent avec une proposition de mission au Liban. Oups, on vient de perdre Solène à cause d’une coupure de courant au Caire, on regardera sa vidéo sur comment mobiliser deux fois plus de monde en 2021 plus tard.

On termine par une présentation de Rachel, Lauren et moi-même : un site internet que nous venons de construire pour aider les communautés qui nous suivent à adopter des postures et outils de gouvernance partagée telle qu’on la pratique chez makesense. CNV, feedback, gestion par consentement, sollicitation d’avis, les acronymes s’enchaînant, on donne un maximum d’exemples pour expliciter ce qui nous semble indispensable pour construire des sociétés justes et durables. Dans les conférences en ligne qu’on organise pour sensibiliser sur le sujet sur notre makesense TV, on cite au maximum Laloux et l’Université du Nous qui nous ont inspirés pour nous transformer il y a quelques années.

Mardi

C’est ma journée rendez vous, heureusement qu’une partie peut se faire à distance et que nos partenaires aiment bien venir dans nos locaux à Bastille (c’est vrai que notre local a son charme car on essaye d’appliquer au mieux notre valeur d’équipe practice what you preach, il y a du café équitable, des gens bienveillants. Au passage, je me la raconte un peu en expliquant avoir construit et équipé la cuisine en récup’). Attends, j’hallucine, Bob est là, il passe nous faire un petit coucou avant de reprendre son train gare de Lyon. Il y a 3 ans, il faisait un stage chez makesense au Pérou. Aujourd’hui il a monté Plastic Odissey et vient de troquer son tour du monde en bateau qui turbine aux déchets par un tour de France des low techs à cause du COVID.

Je termine mon café et file à mon rendez-vous avec l’une des structures que l’on accompagne actuellement au sein de notre incubateur : Green Lobby. Après un mois d’expérimentation sur le thème : comment mobiliser les citoyen.nes autour de l’agriculture durable pendant le vote de la loi de finance grâce aux outils makesense (notre télé notamment), il est temps de dresser un premier bilan. J’enchaîne ensuite les rendez-vous avec différents protagonistes des déchets pour, à la demande de la mairie de Paris, réaliser une cartographie de tous les organismes œuvrant pour le climat. Entre les chiffonniers comme Kaoukab (qui a suivi notre programme d’accompagnement pour les primo arrivant.es) et Amelior, en passant par des activistes de XR ou de L214, les conseils de quartier et même les responsables RSE de grands groupes, les discussions se suivent et ne se ressemblent pas. Il est 19h, j’arrête pour aujourd’hui.

Mercredi

Il y a des jours où l’on ne fait pas vraiment ce qu’on avait prévu, comme ce mercredi où je m’étais promis d’avancer sur un rapport d’activités pour un projet européen mais il y a plein de gens de la communauté makesense qui sont passées par là à l’improviste. D’abord il y a eu Victoria qui est partie il y a deux ans développer makesense en Afrique de l’ouest avec qui il faut que je discute de l’AFD, de ce qu’il se passe sur la décharge de  Mbeubeuss et que je prenne des nouvelles des collègues. Ensuite, je tombe nez à nez avec Julien qui se trimballe  toujours en vélo et en sandales même quand il neige. Notre ami est venu nous apporter des soins  shiatsu, des cours de  kinomichi, et comme chaque semaine, a les bras chargés d’invendus. J’ai également croisé Boris qui est passé recharger son portable et prendre un café. Notre lieu de travail (le Space) fait partie de ces centaines d’endroits répertoriés par La Cloche où l’on accueille ponctuellement des personnes sans-abri ou fragilisées pour qu’elles se réchauffent, rechargent leurs batteries, remplissent leurs estomacs ou tout simplement discutent avec des personnes bienveillantes.

Attends, je te vois venir, je n’ai pas passé ma journée sur un canapé à refaire le monde, j’ai aussi fait plein de trucs pour la collectivité. J’ai participé au comité de développement d’une personne de mon équipe, un genre d’entretien annuel mais sans hiérarchie et beaucoup plus enrichissant. Pendant deux heures, entre pairs, on a discuté du semestre passé, de ses envies d’évolution, et du salaire qu’elle va se fixer parce que oui, chez makesense chacun.e décide de ses émoluments. J’ai aussi répondu à la sollicitation d’avis d’une autre collègue sur la pertinence de réaliser une mission pour une entreprise qui développe des objets connectés. Je t’explique, les sollicitations d’avis chez nous c’est le truc le plus courant. Quand il faut prendre une décision qui pose question ou qui impacte des collègues, on demande aux concerné·es et aux expert·es leur avis avant de faire son choix. Je donne donc mon opinion sur  le solutionnisme technologique et les illusions de la “croissance verte” et lui recommande d’utiliser notre grille d’analyse éthique pré-partenariat pour prendre sa décision en connaissance de cause.

Enfin, j’étais passé à côté de l’information, mais l’équipe du fonds d’investissement organise ce soir une rencontre où il y a entre autres la fine fleure de l’économie circulaire. Je retrouve des ancien·nes incubé·es que je n’avais pas vu.es depuis longtemps et beaucoup de structures dans l’économie circulaire que j’ai envie de rencontrer ou de revoir (pardon, j’ai oublié de te dire,  je suis un peu le Monsieur Poubelle chez makesense).

Jeudi

Il n’y a pas à dire, le covid ça rend le travail moins sympa. Aujourd’hui je passe la journée derrière mon écran et comme je m’y suis pris comme un pied, je n’ai évidemment pas réservé les salles donc j’en change 7 fois. Je teste aussi bien l’accueil que la salle de sieste ou le trottoir devant les locaux où je me sers du bac à verre comme d’un standing desk. 

Le matin je dois former 60 étudiant.es en visio et les amener à se poser des questions sur leur orientation professionnelle et le sens qu’ils veulent donner à leur vie plus largement. 

Le midi j’étais censé manger tranquillement  mais je ne résiste pas à la tentation de tester un projet de JC : la création d’une fausse émission de téléachat pour faire la promotion de nos entrepreneur.ses chouchous. Avec Victor et Talia, on improvise des jingles polyphoniques à la guitare, on prend des poses suggestives et des voix qui le sont tout autant. Si avec ça on n’arrive pas à faire vendre plus de chaussettes recyclées, de papier toilette durable et des confitures à base d’invendus… 

Le soir, il y a la clôture de ré_action et de la Brêche, nos deux programmes de mobilisation citoyenne du moment. On fait le point avec des centaines de participant·es qu’on a accompagné.es pendant 2 semaines pour s’engager auprès des personnes sans-abri, des primo arrivant.es, ou des aîné.es ou juste essayer de se sortir du système. C’est touchant d’entendre des témoignages d’actions extraordinaires ou parfois très simples de toutes ces personnes qui font de leur mieux pour construire un monde meilleur.

Vendredi

Hey calmos ! Je suis au quatre cinquième hein. Il y a quelques temps, j’ai consulté mes collègues pour voir comment je pouvais aller vivre en Bourgogne, réduire mon temps de travail et continuer de bosser pour makesense. On a trouvé un modus operandi, joie des organisations libérées ! Ciao Paris donc qui, avec covid et sans cours de danse, me fait moins rêver. Au programme de ce week-end prolongé : confiture de coings, ramassage de noix, construction de ma maison low tech, teuf à neuf dans la forêt et puis ca va me laisser du temps pour m’investir dans d’autres associations. Les assemblés générales de Zambule et du LowTechLab arrivent, une action se monte avec Canopée,  et on doit faire le debrief du festival de Highline de côté vertical.