La remise des prix de la Social cup chez makesense, c’est un peu comme la soirée du 31 quand tu as 16 ans, c’est le truc à ne pas rater. L’événement se tient une fois par an et, bonheur du calendrier seulement 4 jours après mon arrivée officielle.

Jeudi 6 février, 18h, 11 rue Biscornet à Paris dans le 12e. L’antre des salarié.es de makesense, le matin rempli de fulltimers (les gens qui bossent comme on dit ici), s’est mué en bar/resto/salle de spectacle prêt à accueillir une horde de supporters et supportrices de l’économie sociale et solidaire. Les tables de ping pong qui servent de bureaux aux entreprises incubées ont été repliées, la salle de réunion s’est transformée en vestiaire. Vianney et Simon ont enfilé leur plus beau tee-shirt makesense et pris le micro pour devenir le temps d’une soirée les Tic et Tac de l’animation. Il est 18h32, les premier.es inscrit.es à la 6e social cup poussent la porte, chopent une bière brassée à deux arrondissements de là, dégustent une spécialité africaine et s’installent sur des chaises, des coussins en forme de nuages ou restent debout. Ce grand raout de l’entrepreneuriat prend des allures de concert. On n’est pas là pour passer une mauvaise soirée.

Dernière étape du Tour de France
19h15, la cérémonie commence. Il s’agit de départager les 12 finalistes du tour de France de l’entrepreneuriat écolo et social organisé par makesense, KissKissBankBank et La Banque Postale, en partenariat avec GRDF. Pendant 6 mois, les équipes ont rencontré 2859 jeunes de moins de 30 ans, rassemblé 404 participant.e.s lors de créathons dans 12 villes, mobilisé 150 partenaires locaux… Sur une playlist plus ou moins discutable, Vianney ouvre le bal et donne le ton : “je serai votre maître de cérémonie, votre MC comme disent les jeunes.” Message reçu par l’assistance dont la moyenne d’âge frôle les 27 ans malgré les quelques têtes grisonnantes des parents venus soutenir leur progéniture. Simon poursuit par un petit jeu, mettant en scène un certain Dominique, enfin plusieurs. Enfin on est chez makesense, pas question de dérouler l’événement sans passer par l’icebreaker qui, comme son nom l’indique consiste à briser la glace et, mieux encore, de faire en sorte que l’on parle à ses voisin.e.s voire que l’on se marre tous ensemble. Je me retrouve à me dandiner sur “Ramener la coupe à la maison.” Ça part fort.

L’épreuve des trios
Les pitchs commencent. Une minute par projet, pas plus. On démarre par la poule Bordeaux, Lille, Limoges. Morgane, d’Athleticolibri se lance : “à trois tout le monde tape des pieds.” La salle s’exécute. “Si on avait récupéré votre énergie dans le sol, on aurait pu regarder 40 fois un épisode de Game of thrones stocké sur votre ordinateur.” La jeune femme déroule son projet de récupération d’énergie dans les salles de sport. C’est au tour de Xavier et d’Élodie. Eux souhaitent se lancer dans la production de spiruline près de Lille, “un aliment survalidé par l’OMS,” précisent-ils. Valentin enchaîne avec son idée de créer Biocoat une nouvelle solution pour conserver plus longtemps les fruits et les légumes. Laquelle ? Suspens. “Pour le savoir, annonce-t-il, il faudra voter pour moi.” La suite est prévue pour le 2e round de pitchs. Les 3 premiers candidat.es sont passé.es, le public est amené à voter. Huit minutes pour mettre son jeton dans l’urne connectée de son projet préféré. Les scores s’affichent en direct sur l’écran, Vianney et Simon commentent les votes, tentent des calculs hasardeux, parlent de tout, de rien, font monter et descendre la pression. Le temps est écoulé. La machine ajoute les 4100 votes de l’après-midi sur les réseaux sociaux. Biocoat remporte la première manche.

C’est au tour de Lyon, Marseille et Montpellier de montrer quelle est la région la plus chaude au sud de la Loire. Entre la création d’une canne qui utilise l’intelligence artificielle  pour les déficients visuels, une proposition de recyclage des déchets de pêche et le développement d’un récif artificiel capable de protéger les plages, le cœur du public balance. Trois pitchs, huit minutes de vote et… roulement de tambour c’est Lineup Ocean, le projet de récif artificiel qui l’emporte. Le charmant accent du Sud de Robin y est certainement pour quelque chose.

Troisième poule, quatrième poule, les projets se suivent et ne se ressemblent pas. Écharpe pour rééduquer le corps des femmes accouchées, vaisselle mangeable en drèches recyclés, distributeur automatique de denrées en vrac… Les lauréat.e.s balancent du chiffre choc, tentent de corrompre les votant.es en leur faisant goûter leurs créations, interpellent l’assistance… “Qui a déjà pris une douche ?” tente le tout pour le tout Simon de Toulouse pour amener sa solution en circuit fermé qui ne consomme que 5 litres d’eau quelle que soit la durée du shampoing. Le public joue le jeu, applaudit, se lève pour voter, interpelle ses voisin.es pour savoir quoi penser. Ça faisait longtemps qu’une élection n’avait pas suscité un tel enthousiasme.

Duel de tchatche
Il est 21h, il ne reste plus que deux équipes en finale : Ilya (la fameuse douche cyclique) et Lineup Ocean (le récif artificiel). C’est le moment de tout balancer. Lineup Ocean propose au public “de donner une chance à deux vieux potes, ingénieurs spécialisés et de voter pour l’avenir des plages et des océans.” Simon d’Ilya présente enfin son associé Antoine et finit sa troisième diatribe par une citation de Baden Powell : “Essayez de quitter ce monde en le laissant un peu meilleur que vous ne l’avez trouvé.” Scout toujours ! Le public désigne Ilya comme grand vainqueur.

Le duo de l’école d’ingénieurs de l’INSA repart avec 3000€ de la Banque postale, 1000€ de GRDF sur sa campagne KissKissBankBank ainsi qu’un pass de 1 an à makesense for entrepreneurs. Sur la scène, l’équipe d’Ilya fait une quatrième et dernière intervention “C’est ouf on a gagné !” On apprend du même coup la signification du nom de leur jeune société : “Ilya parce qu’il y a un nouveau monde à bâtir.” Les gars, vous voilà désormais dans le grand bain. À vous de jouer !