L’association Petits Frères des Pauvres vient de sortir la 2e édition de son baromètre* sur la solitude et l’isolement des personnes âgées. La tendance n’est pas au beau fixe, la dépression menace deux fois plus d’aînés qu’il y a 4 ans. Dans le ciel des anciens, le moral comme les cheveux virent au gris. Résumé en chiffres et en lettres.

530 000

Voilà le chiffre à retenir de ce baromètre édité en ce premier jour d’octobre, journée internationale des personnes âgées. L’équivalent de la population lyonnaise est en situation de mort sociale et ce n’est pas une bonne nouvelle. Cela signifie que près de 3 % de nos aînés de plus de 60 ans ne rencontrent jamais ou quasiment jamais d’autres personnes, ni famille, ni voisins, ni amis et c’est presque deux fois plus qu’en 2017. L’isolement varie selon les territoires. Quand on est âgé, il vaut mieux vivre en Île-de-France et en PACA (1 % de personnes âgées  en mort sociale) qu’en Bourgogne Franche-Comté, en Bretagne ou en région Centre Val-de-Loire (5 %). « Le confinement n’a rien changé puisque je n’avais personne à voir et ça a continué, témoigne Edmonde du haut de ses 98 ans, habitante des Pays de la Loire. Là on est tous rendus au même niveau. »

Solitude

« La solitude effraye une âme de vingt ans », disait Molière. Elle attriste également les plus de 60 ans qui se sentent parfois aussi seuls qu’un coquelicot au milieu d’un champ de pesticides. 36 % de personnes âgées, soit 6,5 millions de personnes, souffrent de solitude fréquemment, c’est 5 points de plus qu’en 2017 et pour 14 % d’entre elles (vs 11 % en 2017) c’est un sentiment qu’elles éprouvent au quotidien. Le malheur n’ayant que faire de la parité, les femmes sont plus touchées tout comme les personnes du grand âge vivant dans un appartement individuel. Et puis, la crise du coronavirus n’a rien arrangé, portant un coup supplémentaire à nos aînés. 49% jugent que le confinement a impacté leur moral et 34 % leur forme physique.

Intimité

« Il faut quelqu’un qui m’apporte une discussion, témoigne Nadia et ses 92 printemps. Une discussion valable, mais parler de la pluie et du beau temps, non. Et puis j’aime écouter aussi. C’est comme ça que je me suis cultivée un peu. De toujours rabâcher des choses banales, ça ne m’avance pas. » Comme Nadia, 6,5 millions de personnes âgées de 60 ans et plus (vs 4,7 millions en 2017) n’en peuvent plus du small talking mais n’ont personne avec qui partager des choses intimes. Il faut dire que les espaces propices aux confidences manquent. 42 % des personnes de plus de  85 ans n’ont personne avec qui déjeuner ou dîner (+ 12 points par rapport à 2017) et 47 % marchent seules, les compagnons de promenade ayant déserté (+ 6 points par rapport à 2017). Tristesse…

1000 euros

Mieux vaut être riche et bien portant que vieux et pauvre. Les aînés en bas de l’échelle des revenus cumulent presque tous les mauvais scores niveau sociabilité. Ils voient moins leurs amis (59 % une fois par mois pour les pensions de 1000 euros contre 63 % quand on dépasse les 4500), entretiennent moins de relations de voisinage (72 % vs 87 % chez les plus riches), 85 % ne participent pas à la vie associative (ils ne sont que 42% chez les CSP+) et 38 %, en exclusion numérique, n’ont pas pu passer le confinement sur zoom avec leurs petits enfants (ils ne sont que 2 % chez les salaires élevés). La bonne nouvelle, c’est que 54 % des bas salaires voient leurs enfants une ou plusieurs fois par semaine alors que les retraités plus privilégiés ne sont que 41 % à profiter de leurs progénitures.

Région Centre Val-de-Loire

Où risque-t-on le plus l’isolement ? Les cartes du baromètre sont sans appel : en région Centre Val-de-Loire. Les isolés du cercle familial sont 46 % dans la région Centre (vs 28 % au niveau national) avec une hausse de 15 points depuis 2017. Les chiffres ne sont pas plus brillants du côté du réseau amical. Ils sont 57 % à ne pas avoir de potes dans la région alors que le chiffre est de 40 % au niveau national et la situation a largement empiré depuis 2017. Ce n’est pas plus fameux au niveau des réseaux de voisinage et associatifs. Non, pour vivre entouré, l’Ile-de-France est franchement bien classée. « Que l’on vive à Paris on vit tous en province quand on vit trop longtemps, » chantait Jacques Brel. Il semblerait qu’il vaille mieux préférer la capitale sur ce coup-là.

Lidl

Lorsque l’on demande aux personnes âgées quelles seraient les actions les plus efficaces pour lutter contre l’isolement, elles sont 93 % à répondre l’aide au maintien des commerces et des services de proximité. « Au Lidl je connais toutes les caissières, explique Renée, 70 ans, habitante du Grand Est. Quand je prenais le bus, c’était toujours à la même heure, je connaissais tout le monde. Je ne m’ennuie vraiment pas. » Vient en deuxième position le développement des liens entre les générations (89 % des réponses). Dites-moi, vous connaissez nos programmes ré_action pour les séniors isolés ? 

1 sur 2

Qui a déjà vu une personne âgée se féliciter de rentrer à l’Ehpad ? En 2021, les maisons de retraite ne font plus rêver personne (l’ont-elles un jour fait ?) et, depuis la crise du covid, elles riment  avec isolement. Une personne sur deux de plus de 85 ans souhaite vieillir à domicile.  « Ce que je ne voudrais pas c’est terminer dans une maison de retraite, raconte Édith, 76 ans vivant en Occitanie. Je veux rester dans ma maison. Donc je préfère que ma paie parte dans les aides, mais que je reste chez moi. Je ne veux pas être considérée comme une enfant. » Malheureusement, les alternatives à l’Ehpad ne sont pas encore assez connues pour donner envie aux seniors de les tester : résidences collectives, habitat intergénérationnel… Habitat et Humanisme, Domani, Tom et Josette, à vous de jouer !

Tous ces chiffres donnent envie de trouver au plus vite la fontaine de jouvence, d’investir dans l’habitat partagé ou de se retrousser les manches pour aller tenir le bras et la jambe des papis et mamies de son quartier. « Le lien social est vital, ça ne veut pas dire qu’il soit facile, écrit le psychiatre Boris Cyrulnik à la fin du baromètre.  Sartre disait « l’enfer, c’est les autres », ce qui est souvent vrai mais sans les autres, c’est la mort ! Après de nombreux chaos, il y a eu des renaissances. Et la voie de la renaissance, c’est faire le bilan et réapprendre à retisser du lien en tenant compte de ce que la pandémie nous a appris, à savoir la nécessité de l’autre et d’avoir des soutiens affectifs et sociaux. » Allez, faut que je vous quitte, j’ai un déjeuner avec Tatie Colette. 

*Toutes ces données et ces chiffres sont extraits du baromètre Petits Frères des Pauvres « solitude et isolement quand on a plus de 60 ans en France en 2021 ».