Loin des grands centres urbains, des hommes et des femmes entreprennent pour faire vivre leur territoire. Dans la marmite de leurs innovations, ils mettent de l’emploi, de l’écologie et de la solidarité. Certains ont la chance d’être accompagnés par le programme Inclusion et ruralité. Découverte. 

S’il y avait un manuel de la société durable et inclusive, l’insertion occuperait sans doute un bon gros chapitre tellement le sujet est crucial pour réduire les inégalités. En 2020, 4 000 organisations ont accompagné le retour vers l’emploi de 145 000 personnes, éloignées du monde du travail. En cause ? Les classiques difficultés sociales et professionnelles, relatives à l’âge, la précarité ou à l’état de santé. Cette même année, le Pacte d’ambition pour l’Insertion par l’Activité Économique (IAE) est devenu une réalité : la France s’est fixée comme objectif d’atteindre 100 000 emplois d’insertion supplémentaires d’ici à 2022.

Pour accompagner cette ambition au sein des territoires prioritaires tout en participant à la dynamisation économique des territoires ruraux isolés, la Mutualité Sociale Agricole (MSA), le Ministère du Travail et le Haut Commissariat à l’inclusion dans l’emploi, ont lancé l’appel à projets Inclusion et Ruralité. Trente cinq entrepreneuses et entrepreneurs ruraux qui se battent chaque jour pour leur territoire et leurs habitants ont été sélectionnés et sont accompagnés pendant trois ans par makesense et d’autres partenaires.

Souriez, vous êtes filmés ! Promotion Inclusion et Ruralité

Du recyclage au maraîchage

Lucie, Thomas et Delphine, lauréats du programme Inclusion et Ruralité, se sont lancés dans l’aventure entrepreneuriale en créant chacun et chacune leur propre structure inclusive en zone rurale. S’ils vivent à des centaines de kilomètres les uns des autres, ils contribuent et échangent régulièrement autour de leurs projets respectifs, dans le but de s’entraider et d’ensemble, favoriser le retour vers l’emploi des plus nécessiteux. « C’est important de vivre des moments avec des personnes ayant des enjeux dans lesquels on se reconnaît, et de partager sur nos visions, nos difficultés et nos ambitions vis-à-vis de nos activités d’inclusion. On prend du recul sur nos galères et c’est une vraie bouffée d’oxygène » partage Thomas, cofondateur du Label Emmaüs 47, qui a fait ses armes en Île-de-France avant de lancer une plateforme dans le Lot et Garonne en 2020. « On collecte du mobilier en entreprise, que l’on stocke dans notre entrepôt pour les revendre en ligne. Nos employés en insertion apprennent les métiers de la logistique, du SAV et – plus rare dans l’IAE, du e-commerce ». 

L’économie circulaire n’est pas le seul secteur d’activité engagé dans les métiers de l’insertion. En zone rurale, les secteurs du service à la personne (transport, gestion des espaces verts, lien avec les seniors…) et de l’alimentaire (commerces de proximité, agriculture durable, boutiques solidaires…) sont aussi de bons tremplins à l’inclusion par l’emploi. C’est le cas par exemple de Tero Loko, une association née à Notre-Dame de l’Osier, un petit village de 500 habitants situé à 50 km de Grenoble. Lucie et son équipe facilitent l’accès à l’emploi et à l’habitat de personnes réfugiées et d’habitants du territoire à travers les métiers de maraîchage et de boulangerie. 

Entreprendre et plus encore

Delphine, elle, est ingénieure en agriculture. En grandissant dans la campagne à l’Ouest de l’Eure, elle se découvre naturellement une vocation pour dynamiser le monde rural. Après avoir conseillé des agriculteurs pendant plusieurs années, elle décide de développer la filière alimentaire du territoire en créant l’association les Petites l’Ouches qui propose des légumes locaux en conserve, en chantier d’insertion. « Je voulais monter un projet avec du sens pour moi et mon territoire, et qui soit en lien avec des aspects sociaux. Je me suis rapprochée de l’intercommunalité Terres de Normandie qui cherchait un outil de transformation pour les végétaux produits localement. Ma mère est agricultrice, et c’est elle qui m’a parlé de l’appel à projets lancé par la MSA, j’ai postulé et j’ai été prise ».

Au cours de son aventure entrepreneuriale, Delphine va devoir relever une multitude de défis : trouver un lieu, débloquer des financements, mettre sur pied un modèle économique, construire une stratégie commerciale, tisser des liens avec les collectivités locales, etc. S’ajoute à ça les défis propres à l’insertion : monter le projet social, obtenir le conventionnement IAE (insertion par l’activité économique), réfléchir au parcours des salariés en insertion, rencontrer les autres structures et acteurs de l’IAE. C’est là tout le rôle de makesense : équiper Delphine pour qu’elle puisse franchir tous ces obstacles.

« Le programme nous permet de bénéficier de l’accompagnement de makesense sur 3 ans. C’est précieux car la dynamique est bien réelle entre les différents lauréats. Notre communauté est de plus en plus vivante au fur et à mesure que l’on apprend à se connaître. En plus de ces temps de partage, les formations nous apportent des outils concrets pour avancer plus vite. La formation à la prospection commerciale par exemple, tombait à pique ! » 

Parmi les 7,8% de personnes sans emploi en France (2020), la majorité d’entre eux et elles, le sont depuis longtemps. Paradoxalement, ces populations se concentrent dans les villes tandis que le monde rural manque de main d’œuvre pour dynamiser la mobilité, les commerces de proximité, les flux de marchandises et la production agricole. 

Les dessous du programme

L’association de Delphine est encore jeune, mais ce qui fait la richesse du programme, ce sont justement les différents stades d’avancées des lauréats. Les projets plus anciens peuvent partager leur expérience, tandis qu’à l’inverse ils peuvent s’inspirer d’initiatives plus récentes. 

L’association Tero Loko est née d’une initiative citoyenne lancée il y a déjà 5 ans et les objectifs de Lucie, la fondatrice, sont bien différents de ceux de Delphine : « Notre modèle économique n’est pas encore figé et nous avons un vrai défi de pérennisation de la structure. makesense a donc mobilisé un mentor pour nous aider à trouver comment augmenter notre part d’auto-financement. Je participe de temps en temps aux ateliers collectifs mais les sessions avec Omar sont géniales. On a eu de nombreux accompagnements mais c’est le meilleur : c’est super concret et ça va vite ! »

Jongler entre les accompagnements collectifs et individuels, c’est ce qui fait la force du programme Inclusion et Ruralité. En plus de se voir attribuer des mentors dédiés et de participer à des temps d’inspiration avec des acteurs installés de l’insertion comme TZCLD, SÈVE Emploi, re-Belles ou Mamayoka, les projets sont accompagnés par les différents partenaires de l’appel à projet. La Chaire de l’ESSEC par exemple, planche avec les lauréats sur leur mesure d’impact. C’est le cas de Thomas, cofondateur de la plateforme Label Emmaüs 47 : « Grâce au bel accompagnement de l’ESSEC, nous sommes devenus pionniers sur l’évaluation d’impact. J’échange aussi de façon régulière avec une marraine MSA – elle m’apporte un vrai savoir sur la région et elle est précieuse pour valider la pertinence territoriale du projet ». 

Entrepreneur·ses, toujours prêt·es ?

En octobre dernier, les 35 lauréats du programme ont pu se réunir et se rencontrer physiquement pour la première fois au cours d’un séminaire qui se tenait au Centre National de Formation des Scouts, à Jambville (78). Après avoir bénéficié du programme sous un format 100% en ligne, les porteuses et porteurs de projets ont pu renforcer leurs liens. « C’était très riche et cela nous a permis de nous nourrir des projets des uns et des autres, parler de ce que chacun et chacune entreprend, essaie… témoigne Thomas. On a eu plein de moments très bien en ligne mais le problème de la visio, c’est qu’on ne peut pas boire un pot !  ». Pour Delphine, ces échanges resteront gravés dans sa mémoire ; contribuer, partager, s’entraider, c’est essentiel lorsque l’on s’engage dans une aventure entrepreneuriale.