Allo les pompiers ? Depuis quelques années, l’isolement social fait exploser le système d’urgence des pompiers aujourd’hui saturé. Comment répondre à la détresse sociale et continuer de sauver des gens ? En s’appuyant sur les entrepreneur·ses sociaux ! 

En 2018, les Pompiers de Paris ont réalisé plus de 500 000 interventions. Pourtant, leurs capacités humaines et matérielles ne leur permettaient d’en réaliser que 450 000. Chaque année, ce chiffre ne cesse d’augmenter… Dans le jargon, on parle de « crise du secours » et une même crainte subsiste au quotidien : rater un appel urgent, une vie à sauver, dans le flux incessant d’appels qui ne concernent pas toujours les pompiers. En effet, sur les 6000 appels enregistrés chaque jour, seulement 1300 résultent en une intervention. 

Le risque majeur, ce serait de voir notre système de secours – gratuit, immédiat, et accessible à tous – disparaître, pour laisser place à un système moins performant, voire moins équitable.

À cette époque, un constat est mis en lumière : au cours d’une intervention sur cinq, aucun geste de secours n’est réalisé sur la victime. Quant au nombre de situations de détresses vitales – ce pour quoi sont formés les pompiers, il reste stable.

En parallèle, les Pompiers de Paris sont arrivés à la conclusion que les problématiques liées à ces interventions appelées « non urgentes », se situaient hors de leur cadre d’action, car il ne s’agissait pas d’accidents de vie mais bien de problématiques sociétales, qu’ils ne pouvaient pas empêcher.

Les circonstances médico-sociales très dégradées par exemple, liant fragilité et isolement ou solitude, ne sont pas des situations pour lesquelles le pompier est formé. De plus, le transport à l’hôpital est rarement la bonne réponse à ce danger. D’autres cas, baptisés les « appels abusifs » constituent peut-être la plus grande problématique car ils représentent les événements où une simple intervention d’un proche ou un voisin aurait suffi.

Une solution : les entrepreneurs sociaux, acteur du vivre ensemble

Pour innover, il a fallu repenser autrement. Et si, au lieu d’appeler les pompiers, les habitants pouvaient solliciter leur voisinage ou des associations locales en cas de problèmes du quotidien ? Et si la crise du secours était en fait une crise de la solidarité locale et du lien social ?

Les Pompiers de Paris se sont penchés sur la question. Comment amener les habitants à solliciter spontanément leur voisinage en cas de souci du quotidien ? De nombreux acteurs sociaux mettent des aides en place, mais cela ne favorise pas l’évolution des comportements car ils viennent résoudre un problème immédiat, sans pour autant traiter l’origine dudit problème. En cas de détresse social par exemple, faire appel au voisinage permet de tisser des liens sur le long-terme, tandis qu’appeler les pompiers encore et encore, n’apporte rien de plus qu’une aide ponctuelle. 

Si notre époque est celle de l’isolement, de la solitude en ville, voire de l’individualisme, les Pompiers de Paris ont heureusement observé que de nombreux citoyens expriment la volonté d’agir à leur échelle pour résoudre des problèmes de société. Pour répondre à cette envie de se mobiliser, les entrepreneurs sociaux s’évertuent à créer du lien social, en incitant les citoyens à se serrer les coudes, à partager des moments de convivialité, à se prêter des objets, et même à “aller vers” leur voisin. Bref, à bien vivre ensemble au quotidien. 

La Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris s’est trouvée des alliés. Elle n’est désormais plus seule face à son défi et peut enrayer la crise du secours en s’appuyant sur les entrepreneurs sociaux. Pour la première fois de son histoire, la BSPP décide donc de faire le pari de créer des partenariats avec ces entrepreneurs du Vivre Ensemble. 

Comment collaborer avec des entrepreneurs sociaux, quand on est une institution publique et militaire ?

En premier lieu, il a fallu identifier les entrepreneurs sociaux pertinents pour répondre à leur nouveau défi. Pour ce faire, la BSPP a fait appel à makesense, une association experte en entrepreneuriat social et dans la mise en place de projets de collaboration innovants. Cela leur a permis d’identifier tous les entrepreneurs sociaux pertinents pour répondre à leurs défis comme Le Carillon, Ensembl’, Nextdoor, Entourage etc.

Main dans la main, makesense et la BSPP ont organisé en juillet 2019 un Créathon du Vivre ensemble, réunissant pendant 3 jours des pompiers, des citoyens et des entrepreneurs sociaux pour co-construire des solutions à la « crise du secours ». Plus de 15 solutions ont été présentées à un jury composé notamment du Général Jean-Claude GALLET, qui s’est impliqué personnellement pour sélectionner les projets à expérimenter. Trois projets ont été retenus et accompagnés par makesense pendant 6 mois. Après cette phase d’expérimentation, ils étaient prêts à aller plus loin !

Collaboration avec Le Carillon 

Évolution de la formation « Gestes qui sauvent » des pompiers, qui a été revue pour intégrer les éléments de la formation « Aller vers » du Carillon, qui propose une nouvelle approche à destination des personnes sans abri. Ce nouveau format a été testé dans une caserne avec un impact positif sur la perception des personnes sans abris, notamment sur comment leur venir en aide. Cette formation est désormais généralisée à toute la France. 

Collaboration avec le CASVP (Centre d’action sociale de Paris) et Bayes Impact 

Mise en place d’un transfert de données entre la BSPP et les Centres d’action sociale pour faire de la prévention sur des cas identifiés par les Pompiers, mais qui ne relèvent pas de leur champ d’action. Par exemple, une personne âgée vivant en situation insalubre sera jugée comme une personne à risque, et sa gestion sera transférée par Bayes Impact, des pompiers au CASVP.

Collaboration avec Nextdoor

Utilisation du réseau social Nextdoor pour faciliter la communication entre Les Pompiers et les citoyens au niveau local. Désormais, plus besoin d’intervenir lorsqu’une personne n’arrive pas à monter ses courses à l’étage (véridique) – un riverain est immédiatement prévenu pour venir en aide à son voisin de pallier en détresse. 

Pourquoi nous raconter cette histoire ? 

Parfois, des acteurs de mondes différents agissent pour la même cause, sans pour autant réussir à communiquer, étant donné la distance qui peut se créer entre deux protagonistes qui répondent avec des solutions aux angles différents. Pourtant, il suffit d’un petit coup de pouce de la part d’un facilitateur connaissant bien les deux mondes pour développer des collaborations pleines de sens pour la société et le Vivre Ensemble.