En mars 2021, la France comptait plus de 900 mineurs incarcérés. Une fois leur peine purgée, ces derniers rencontrent des difficultés pour s’insérer dans la société. Le Service Civique Adapté leur donne l’opportunité de se réinventer en effectuant une mission solidaire en binôme avec un autre jeune. Kevin Monier, directeur adjoint, nous raconte les coulisses de cet accompagnement.

Le Service Civique Adapté est un dispositif porté par l’association Grandir dignement. Dis nous-en plus !

Depuis 2010, Grandir Dignement accompagne les mineur·e·s et les jeunes adultes confronté·e·s à la justice. On trouve pour eux·elles des mesures alternatives à la détention et on montre aux autorités qu’il s’agit d’une chance pour notre société. Nous sommes présents à Madagascar, au Niger et en France. En 2016, on a lancé Le Service Civique Adapté qui œuvre pour la remobilisation de jeunes en prise avec la justice. Nous sommes basés à Nancy et, depuis septembre, à Metz.

Comment l’idée vous est-elle venue ?

Entre la fin de leur réclusion et leur entrée sur le marché du travail, les jeunes traversent une passe difficile : stigmatisation, faible estime de soi, rupture des liens sociaux et affectifs, absence de projet professionnel… et les risques de récidive s’en trouvent accrus. C’est à ce moment précis qu’on intervient. On leur propose de mettre ce temps à profit pour réfléchir à leur projet de vie, reprendre confiance en eux et se remobiliser. Aujourd’hui, on a aidé une quarantaine de jeunes !

Les jeunes que vous accompagnez sont supervisés par d’autres jeunes, eux-mêmes en service civique. Pourquoi ce choix ?

L’idée est de casser le lien vertical que les jeunes en difficulté ont souvent connu avec leurs éducateurs. Le pair à pair est idéal pour nouer une relation de confiance, de proximité, de compréhension mutuelle. Un effet miroir se crée et provoque le déclic ! Aussi, la majorité de nos services civiques accompagnateurs aspirent à devenir éducateur·trice·s spécialisé·es. Cette expérience les confronte donc à la réalité du métier et leur permet de développer des compétences précieuses.

Concrètement, quelle aide apportez-vous aux jeunes incarcéré·e·s ? 

Notre aide est multiple, et surtout adaptée aux aspirations de chaque jeune. On les fait participer à des actions solidaires en lien avec des associations locales (distributions avec la Banque Alimentaire, collectes de vêtements avec Emmaüs, maraudes avec un collectif de mamans…) et on organise des immersions dans différentes entreprises de l’ESS. On les aide également à rédiger leurs CV et lettres de motivation et on met en place des simulations d’entretiens grâce à La Cravate Solidaire. Enfin, on les amène dans notre potager en permaculture situé plein cœur de Nancy pour les initier au travail de la terre. Cela permet aux jeunes de revenir aux fondamentaux, de se ressourcer dans le calme.

Quel est ton parcours ?

J’ai rejoint l’association en 2013, à Madagascar. J’ai d’abord travaillé au développement de la liberté surveillée qui, bien qu’inscrite dans la loi malgache, n’était pas appliquée. Puis je suis parti à la rencontre de jeunes incarcéré·e·s, de juges et d’associations locales pour dresser un état des lieux des prisons pour mineur·e·s.

Quelles sont les prochaines étapes pour le Service Civique Adapté ?

On aimerait que notre dispositif profite à un maximum de jeunes en France. Pour ce faire, on ouvrira bientôt une troisième antenne à Strasbourg et on souhaite tisser des liens forts avec d’autres associations et entreprises de l’ESS. On réfléchit aussi à développer les liens entre jeunes de différents pays.

Lauréats du Prix Cognacq Jay, vous bénéficiez d’un accompagnement depuis 6 mois. Sur quels enjeux spécifiques vous a t-il permis de progresser ?

Si l’ensemble de l’équipe et nos bénévoles sommes convaincu·es de l’intérêt de notre projet, il reste encore beaucoup à faire pour le valoriser, le faire connaître ! Avoir un regard extérieur et expert sur notre projet a été extrêmement inspirant, notamment sur le plan de la communication. De plus, la mise en lien et les nombreux échanges avec des spécialistes de l’ESS mais aussi des associations qui partagent nos enjeux ont été très enrichissants. En fait, le Prix nous a ouvert de nouvelles perspectives.

Qu’est-ce qui te rend fier avec ce projet ?

C’est d’abord d’avoir construit puis ajusté ce programme non seulement pour mais avec ces jeunes. Ensuite, même si ce n’est pas toujours simple, j’ai l’intime conviction que notre accompagnement génère des déclics. Ces jeunes partent de l’a priori qu’ils sont nuisibles, mais le fait de se rendre disponibles pour les autres change tout. Les voir reprendre le contrôle sur leur vie, c’est inestimable !