Retrouve l’édito en version audio. Ambiance zen garantie 🐦

Brécheuses, brécheurs, ancien·nes ou en devenir, récidivistes ou à convaincre,

La voici ! Aussi inattendue que la démission de Nicolas Hulot en contexte de dérèglement climatique, aussi vive qu’un colibri en pleins feux amazoniens et aussi déterminée qu’une mésange punk en manif Sécurité Globale : la niouselettre de La Brèche. 

Il aura fallu six mois de folle aventure à vos côtés dans les quatre programmes*, vos précieuses suggestions et le renouveau de cette année pour que nous, les supermobilisatrices du programme, nous attelions à concocter ce projet pour vous accompagner toujours plus loin dans l’inspiration et le passage à l’action vers le monde d’après.
*Faire un job du monde d’après, Quitter la ville, Résister en ville, Se déconstruire pour mieux bâtir.

Tous les mois, nous allons vous proposer des contenus en lien avec un thème choisi qui nous fait réfléchir, mais aussi mettre en avant vos histoires, mixer vos créations et nos idées farfelues. Cette niouselettre**, on la veut collaborative et bienveillante, musicale et enchanteresse, jaune et à poil(s), libre et en cheminement.
**dédicace à notre supermob Anne qui milite avec ardeur contre l’envahissement des anglicismes et que l’on admire beaucoup pour ça – nous on a encore un peu de boulot pour déconstruire nos mécanismes de langage.

Justement, comment mieux l’inaugurer qu’en abordant l’idée qui lie nos quatre programmes : la déconstruction. C’est le fil rouge de La Brèche, une composante de notre raison d’être, notre ADN (mince, on commence déjà à parler en start-up nation). On la croise dans tous les milieux militants cette notion, tellement que comme la démocratie ou l’État de droit, elle a peut-être déjà perdu tout son sens. Mais alors, c’est quoi se déconstruire ?

Pour nous, mobilisatrices et brécheuses à crête et au poing levé, la déconstruction est un outil de prise de conscience ; se déconstruire, c’est détricoter les croyances du monde d’avant, détecter quand les choses sont dévoyées de leur signification initiale, ou du moins de ce qu’elles veulent dire pour nous. Supprimer les automatismes et prendre le temps de la réflexion sur tout ce qui nous entoure. S’atteler à ce qui est transmis comme norme dans nos sociétés et questionner notre positionnement face à elles. Quand on y pense, tout peut être déconstruit : notre rapport au temps, à l’argent, au travail, notre conception de la famille, de l’amour, nos modes de relation, nos modes d’action, nos manières d’habiter, de résister, nos préjugés, les bâtiments gris et polluants (ça, notre martin-piqueur s’en charge). Tout dans notre rapport au monde finalement. Nos attitudes, nos comportements aussi. À nous toustes d’aiguiser notre sens critique, de remettre en question les normes dominantes (sans pour autant être dans la contestation à tout prix et désinformée). À nous de comprendre qu’il n’y a pas de point de vue neutre, que tout regard est situé. Le tout est d’aborder chaque partie de nos vies en conscience, ce pour être en capacité de s’en défaire. 

Si tu ne le connaissais pas encore, on te présente le martin-piqueur. D’apparence semblable à son cousin pêcheur, lui est aperçu dans les milieux urbains où il se plaît à défoncer de son bec les sols de béton encore frais, parfois épaulé par son amie la mésange punk, faisant sa part (radicale) pour la déconstruction des imaginaires tout gris.

Attention : si la réflexion théorique que permet la déconstruction est enrichissante individuellement, elle peut se révéler trompeuse et contre-productive si, in fine, elle n’a pas une visée collective. La déconstruction, oui, mais à condition de craqueler les institutions. Et comme le dit notre ami Gandhi (ça fait beaucoup de i), soyons le changement que l’on veut voir dans le monde. Bref, incarnons les idées qui nous animent ! 

Pour nous à La Brèche, la déconstruction a un sens bien particulier : elle est radicale, et elle sert un monde dénué d’oppressions et d’injonctions destructrices (de nos âmes, de nos corps, de nos relations et du vivant). Un monde d’après, quoi. Elle est aussi politique en son sens premier (Wikipedia vous dira : « ce qui est relatif à l’organisation ou autogestion d’une cité ou d’un État et à l’exercice du pouvoir dans une société organisée »). Nous (les brécheur·euse·s), on a déjà un peu l’impression d’y vivre, là, dans nos têtes et avec toujours plus de monde autour de nous, mais on reste vigilant·es car la déconstruction n’est pas une si mince affaire. C’est un savant mélange entre introspection et application dans la (sa) vraie vie. Mais ce n’est pas une fin en soi d’ailleurs, ça ne finit jamais. Il s’agit plutôt d’un cheminement continu. Le monde bouge très (trop ?) vite, ses enjeux et ses valeurs évoluent avec lui, et ce qui nous semble évident aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain. 

On devrait pouvoir tout remettre en question, même la déconstruction, tiens. Est-ce qu’elle existe réellement, en fait ? On peut aussi se dire qu’il est impossible de repartir d’une page blanche, prendre nos cerveaux et éteindre le bouton « rapport au monde », car tout ce que l’on a appris et intériorisé est en nous quoi qu’il arrive. Ce serait plutôt une actualisation de nos connaissances, un repositionnement si l’on veut.

Certain·es lui donneront ce nom, d’autres pas ; que l’on s’attache au terme de déconstruction ou non, on a envie d’en retenir qu’il s’agit avant tout de notre capacité à (nous) remettre en question avec humilité, pour nous-mêmes et pour les autres, pour mieux agir collectivement. Ça fait mal de s’avouer parfois qu’on s’est trompé·e·s, qu’il faut revoir notre copie de ce qu’on prenait pour acquis, c’est aussi inconfortable qu’un banc anti-SDF ou que nos remarques gênantes lors des lancements de promos de La Brèche sur Zoom. Doutons malgré tout, suffisamment pour ne pas retomber dans les automatismes, mais sans nous mettre à terre, histoire de bâtir activement ce qui nous semble juste. Non, ce n’est pas un exercice facile. Oui, on est ensemble pour avancer sur ce chemin !


Cet édito a inauguré La niouselettre de La Brèche lancée avec amour en janvier 2021. Inscris-toi pour recevoir les prochaines éditions et continuer la déconstruction avec nous. 

Si tu n’as pas encore participé à La Brèche, tu peux devenir mésange punk en t’inscrivant au programme par ici.