Jean-Marc Jancovici est climato-hyper-actif depuis la fin des années 1990.Chef d’entreprise (Carbone 4), président d’association (The Shift Project), enseignant (à Mines ParisTech), conférencier, auteur d’une BD à succès,  il est aussi impliqué dans de nombreuses structures dont l’objectif est de limiter le réchauffement climatique. Dans le guide “J’agis pour le climat”, il témoigne autour du thème : le climat et moi et moi et moi. 

Le dernier rapport du GIEC invite tout le monde à se mettre en ordre de bataille pour éviter la catastrophe climatique. La lutte se mène notamment du côté des citoyens. Mais ont-ils toutes les armes ?

Pour rendre la France « neutre en carbone », ce qui est indispensable d’ici à 2050 pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris (moins de 2 °C de réchauffement), il faut diviser les émissions nationales par 6 ou 7, et doubler les puits de carbone (forêts, sols, etc.) pour absorber ce qui reste. C’est titanesque ! Chez Carbone 4, nous avons réalisé une étude, Faire sa part, pour regarder ce qu’un individu peut faire « de son côté » sans que la collectivité modifie profondément son fonctionnement par ailleurs. Nous avons séparé ce qui ne demande aucun investissement (par exemple arrêter la viande, l’avion, ou certains achats) ou, au contraire, qui en nécessite (par exemple changer sa chaudière ou sa voiture). En ordre de grandeur, un ménage très volontaire peut diviser son empreinte carbone par 2. C’est énorme… et insuffisant pour la neutralité ! Tout le monde doit donc s’y mettre : ménages, puissance publique, entreprises.

Parmi ceux qui doivent s’y atteler, il y a l’État et les entreprises. Comment les citoyens peuvent-ils faire pression pour les faire changer ?

Pour faire bouger les entreprises, les citoyens ont une arme redoutable : leur carte bleue. Ils peuvent ne pas acheter ce qui leur déplaît, c’est très efficace. Mais cela demande une information précise sur les caractéristiques « climat » des produits et services vendus, qui n’est pas toujours facile à trouver. Du côté de l’État, la pression concerne les changements de réglementation. Imaginez que la France impose une garantie de dix ans sur les ordinateurs : les fabricants trouveraient rapidement comment faire durer le matériel plus longtemps, et adieu l’obsolescence programmée ! Rappelons par ailleurs que la sobriété est récessive : acheter globalement moins, c’est produire globalement moins, et c’est donc un PIB qui baisse. L’État ne se lancera pas dans cette direction sans que nous soyons clairs sur notre « hiérarchie des renoncements ». Sommes-nous davantage prêts à nous passer de services de santé ou d’infrastructures routières ? De 5G ou d’instituteurs ? Dans un monde où la consommation globale baisse, il faut un débat adulte sur ce à quoi nous tenons vraiment et ce que nous sommes prêts à lâcher.

Et là, tout de suite maintenant, on commence par quoi ?

Étape numéro 1 : comprendre. Dans le domaine du climat, tout passage à l’acte exige d’abord que l’on ait les bons repères en termes d’émissions évitées. Il faut disposer du bénéfice « climat » quantifié de telle ou telle action. Il y a deux limites : la disponibilité de l’information est rare (impossible de savoir facilement combien de CO2 il y a dans tel jouet ou tel manteau), et il y a une confusion fréquente avec d’autres débats environnementaux, qui sont généralement plus anciens. 

Un premier exemple concerne l’alimentation. L’agriculture biologique n’émet pas moins de gaz à effet de serre par kilo que les pratiques conventionnelles, mais il est fréquent que le bio figure dans les « choses à faire » quand il est question de climat. Le bio a assurément d’autres atouts (meilleure préservation de la biodiversité, qualité des aliments, souvent circuits courts), mais le débat ne concerne que marginalement le climat. 

Dans le domaine électrique, les énergies renouvelables sont souvent présentées comme préférables au nucléaire par des militants « proclimat », alors que de passer de l’une à l’autre ne procure pas de bénéfice CO2 : la fission de l’uranium n’est pas une combustion, et en fait le nucléaire est la plus vertueuse des énergies sur le plan CO2. Le diesel est parfois vu comme « mauvais pour le climat », mais il s’agit en fait d’un problème de pollution locale, etc. Enfin, l’action « sans réfléchir » peut conduire à remplacer un mal par un autre. Les agrocarburants, initialement vus comme un substitut « sympathique » au pétrole, sont parfois pires ! Baisser la consommation des voitures est bien plus efficace.

Étape numéro 2 : se motiver. Pour devenir « climato- actif » il faut nécessairement en avoir envie, et considérer que l’action que l’on va mettre en œuvre fait sens dans notre vie. Souvent, le climat « vient au secours » d’une action qui offre un bénéfice de court terme : par exemple passer de la voiture au vélo pour faire du sport, ou manger moins de viande rouge pour préserver ses artères !

Étape numéro 3 : passer à l’action. L’une des difficultés, alors, est de ne pas s’exclure d’un cercle familial ou social qui ne partage pas vos convictions : refuser certains aliments, modes de déplacement, lieux de vie ou achats peut conduire à rendre ses relations difficiles avec son entourage. Plus on est jeune et libre, et plus il est facile de choisir ses relations en fonction de ses goûts. Mais quand le cercle relationnel existe déjà (couple, amis, relations de travail) et qu’il s’est créé sur d’autres bases, modifier fortement son comportement n’est pas toujours aisé sans perdre une partie de cet acquis : c’est un choix qui peut être difficile, car nous avons tous besoin de nous retrouver dans un cadre social qui valorise nos actions. Agir pour le climat est plus facile quand on est « soutenu ».

Est-ce qu’il n’est pas trop tard pour (ré)agir ?

Tant que vous n’êtes pas mort, il est toujours temps de tenter quelque chose. Et puis rappelez-vous : l’action a une grande vertu, elle rend optimiste. 

Chauffe qui peut ! J’agis pour le climat

Louise dans sa cuisine, Olivier dans son atelier, Lina à une soirée, Élie sur son vélo… Dans leur guide “J’agis pour le climat”, Hélène et Louise donnent mille conseils pour rejoindre la tribu des climato-actifs, prendre les choses en main et se dire que les calottes ne sont pas totalement cuites. Oui, on peut tous et toutes agir pour limiter le réchauffement climatique !

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