En 2019, Jeanne Séguéla-Bouchet et Evelyn Gil-Passet intégraient la neuvième promotion de l’incubateur de makesense avec leur projet FAVA, box de protections intimes responsables. Aujourd’hui, la jeune pousse a bien grandi et ses fondatrices font face à de nouveaux défis. On a fait le point avec elles, deux ans après la commercialisation de leur produit.

Que signifie FAVA ?

Jeanne : FAVA, c’est l’acronyme de For All Amazing Vaginas. On voulait créer une marque qui permette au plus grand nombre de femmes de trouver des protections qui leur conviennent. Pour ce faire, on propose une large gamme qui va de l’usage unique (serviettes hygiéniques, tampons et protège-culottes) au réutilisable (cups, culottes menstruelles). Tous nos produits sont 100% bio, éco-responsables et solidaires.

Vous n’êtes pas qu’un site marchand classique ! Expliquez-nous.

Evelyn : On s’est dit qu’il serait normal que les entreprises mettent des protections hygiéniques gratuitement à disposition de leurs salariées, au même titre que des fruits, une machine à café ou du papier toilette. C’est comme ça qu’est née notre offre B2B, FAVA PRO, avec laquelle on installe des distributeurs de protections intimes dans des établissements publics ou privés. Aujourd’hui, nos produits sont disponibles dans de nombreuses entreprises de tous secteurs d’activité : la restauration (19 restaurants Pokawa), la santé (Ramsay et Pfizer), le conseil, l’hôtellerie… Mais aussi dans des collèges, lycées et universités.

Jeanne : On tient aussi un blog, L’encyclo pour elles, où on parle de sujets du quotidien des femmes : sexualité, nutrition, bien-être… Et depuis peu, nous offrons à notre communauté une consultation avec une naturopathe spécialiste de l’intimité féminine pour trouver des réponses à leurs questions (SOS naturo).

FAVA est une marque exigeante à tous les niveaux : social, environnemental. Concrètement, ça veut dire quoi ?

Evelyn : On a fait en sorte d’être responsables à chaque étape de notre chaîne de valeur, du sourcing à la donation en passant par la fabrication et la distribution. Cela passe par une transparence totale sur la composition : tous nos produits sont composés à 100% de coton bio labellisé GOTS et nos emballages sont biodégradables. En ce qui concerne la fabrication, les usines avec lesquelles on travaille sont certifiées ISO 9000 et US FDA. Et pour la distribution, notre centre logistique est une filiale d’Emmaüs qui œuvre pour la réinsertion sociale.

Jeanne : Depuis notre création, nous sommes partenaires de l’association Féminité Sans Abri – et depuis peu, d’associations étudiantes. Pour chaque abonnement vendu, nous donnons des protections intimes à des femmes en situation de grande précarité.

Qu’est-ce que ça change d’être une femme quand on entreprend ?

Evelyn : Pour moi, il n’y a aucune différence entre un entrepreneur et une entrepreneuse. Ce qui importe, c’est d’être passionné·e par ce qu’on fait, surtout parce que ce n’est pas tous les jours facile. Il faut se réinventer tout le temps, ne pas avoir peur des défis. En un mot : il faut être tenace. En revanche, du fait que l’on vend des protections menstruelles, on est probablement plus légitimes parce que c’est un sujet qui nous concerne. Le challenge, c’est plutôt de faire passer des messages à des personnes qui ne sont pas concernées.

La gamme FAVA

Avez-vous parfois dû faire face à des résistances ?

Jeanne : Au risque de vous surprendre, les remarques les plus dures viennent souvent des femmes ! En fait, les femmes auxquelles on s’adresse travaillent souvent dans des milieux assez masculins. Elles ont bataillé pendant toute leur carrière pour accéder à leur poste et nos produits rendent visible une féminité un peu mise sous cloche. Dans certains métiers, parler des règles est encore tabou.

Evelyn : C’est peut-être aussi une question de génération. Il nous est arrivé de présenter nos produits à une cliente d’une soixantaine d’années dans un restaurant et elle s’est offusquée en nous priant de les ranger.

La société française brise progressivement le tabou des règles. Le ressentez-vous au quotidien ?

Jeanne : On sent qu’on a franchi un vrai cap. Aujourd’hui, on parle des règles plus facilement et les gens sont plus sensibilisés qu’avant. D’autant que la question de la précarité menstruelle a gagné la sphère publique. L’Ecosse, l’Irlande ou encore la Nouvelle Zélande ont pris des mesures fortes, et la France commence à suivre le mouvement, notamment avec les annonces de fonds débloqués pour la lutte contre la précarité menstruelle. Des expérimentations ont d’ailleurs déjà commencé sous l’impulsion de Marlène Schiappa. C’est une chance de vivre dans une société qui bouge beaucoup car globalement, les entreprises ont à cœur d’inclure les femmes dans leurs décisions et sont par conséquent réceptives à notre offre.

Dites-nous en plus sur vos futurs projets.

Evelyn : Au mois de mai, on lancera une nouvelle gamme avec 4 nouveaux produits. On est aussi très fières de voir notre entreprise s’agrandir. D’ailleurs, on va bientôt accueillir le premier homme de l’équipe ! Jusqu’ici, on se demandait si un homme parlerait aussi facilement de nos produits que nous, si cela mettrait nos clientes mal à l’aise… En fait, Thomas a levé tous ces freins. On est plus que ravies d’avancer vers plus de parité.

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