Voilà des années que les écologistes le répètent : il faut moins consommer. De tout et tout le temps. Si les industriels et les politiques semblent avoir récemment découvert le mot sobriété, voici quelques pistes pour agir à votre échelle et déguster la planète avec modération.

En 1928, le journaliste Robert Quillen définissait l’américanisme en ces termes : « Dépenser de l’argent que vous n’avez pas gagné, pour acheter des choses dont vous n’avez pas besoin, pour impressionner des gens que vous n’aimez pas. » Depuis, la formule a fait florès ; l’américanisme aussi. Mais cette épopée touche à sa fin. 

Nous savons désormais que l’accumulation de biens matériels ne fait pas le bonheur ; pire, elle abîme notre esprit, notre vivre-ensemble, et surtout, notre environnement naturel. Il est urgent de repenser notre rapport aux choses. Nous débarrasser du superflu… Car il est possible de vivre aussi bien, voire mieux, avec moins ! La preuve avec ces 7 astuces, pour une vie sobre et lumineuse à la fois.

#1 – Ne plus rien acheter de neuf

Quand c’est neuf, ça brille. Et quand ça brille, ça se voit – ça en jette. Mais sinon, quel intérêt d’acheter du neuf ? Aucun !

Pour cette raison, l’association Zero Waste a proposé le défi “Rien de Neuf”. Le but : profiter des milliards d’objets circulant déjà sur la Terre plutôt que d’en fabriquer sans cesse des nouveaux… Et c’est possible : chaque année, depuis 2018, des dizaines de milliers de citoyens se lancent dans l’aventure !

Il s’agit, par exemple, d’acheter ses vêtements dans des friperies ou sur des applis de seconde main ; de passer via les sites d’échange, de location, de partage entre voisins quand on a besoin d’une perceuse, d’une tondeuse, d’une machine à raclette…

Ne plus acheter du neuf, ça fait du bien à la planète,  du bien au porte monnaie, mais aussi du bien à notre santé mentale… On apprend à se détacher des désirs fabriqués, et petit à petit, on apprend à ne plus rien acheter du tout, et donc, à prolonger la durée de vie de nos objets. Plutôt que d’acheter de nouveaux couteaux, on aiguise ceux qu’on a. Au lieu de jeter son smartphone, sa télé ou son ordinateur, on les fait réparer. Idem pour les vieux vélos ou les jeans troués. 

Finalement, le désir d’acquérir s’éteindra de lui-même. Et c’est tant mieux. Car on désire toujours ce qu’on a pas – et donc, on a jamais ce qu’on désire…

#2 – Miser sur la low-tech 

Dit comme ça, le numérique, ça passe pour quelque chose de bucolique. D’ailleurs, pour régler nos problèmes écologiques, ne suffirait-il pas de tout digitaliser ? Malheureusement, cet espoir est vain. Car l’économie numérique n’a rien d’immatériel : il s’agit de serveurs immenses,  de satellites envoyés dans l’espace, de câbles traversant les océans, d’impulsions électriques envoyées d’un bout à l’autre de la planète. Si bien qu’aujourd’hui, le secteur du numérique consomme 10% de l’électricité mondiale. Sans parler des matériaux rares qui se trouvent dans nos appareils, leurs écrans et leurs batteries…

Alors, pour être un modèle de frugalité numérique, il faut plutôt quitter la start-up nation et rejoindre… le start-down village ? Il s’agirait d’abord de ne pas multiplier les équipements : inutile d’avoir plusieurs ordinateurs, un smartphone, une tablette, une montre connectée… Il faut choisir l’outil qui nous convient, et tirer le maximum de ce qu’il offre ! Il faut aussi prolonger le plus possible la durée de vie de nos appareils, et, quand ce n’est plus possible, les envoyer au recyclage. Les spécialistes recommandent également de faire une utilisation raisonnée des e-mails : en envoyer le moins possible, à moins de personnes, avec des pièces jointes moins volumineuses… Penser aussi, régulièrement, à supprimer les vieux messages qui bourrent votre boîte e-mail. Car tout ce qui prend de la place dans le “cyber-espace” consomme de l’énergie, à commencer par nos milliers de photos et de vidéos, stockées sur le cloud, et qu’on ne trie jamais…

#3 – S’éloigner des écrans le plus possible

Fini, la télévision ! Fini, les réseaux sociaux ! Parce que les écrans polluent ? Pas vraiment. Si les écrans ont un impact négatif, c’est avant tout… sur notre cerveau. Car les écrans nous changent – ils modifient notre psychologie et nous poussent à devenir des consommateurs insatiables.

Une étude du cabinet GfK¹ montre à quel point les écrans nous éloignent de la frugalité : dans 96% des cas, nous apprenons l’existence d’un produit ou d’un service par le truchement d’un média, et dans 56% des cas, il s’agit de la télévision. De plus, 85% des adultes et 91% des plus jeunes reconnaissent être influencés par la télévision quand ils font des recherches sur Internet. Cela signifie qu’en coupant la télévision, nous n’aurions simplement pas l’idée de faire la majorité de nos achats.

Petit à petit, les réseaux sociaux deviennent le nouveau terrain de jeu préféré des marques. Les publicités s’y multiplient, parfois de manière subtile, presque subliminale, par le travail des influenceurs, les placements de produits et les communications ultra-ciblées. 

Pire, selon un article du Washington Post², même les publications non-sponsorisées, comme celles de nos amis et de notre famille, nous poussent à la consommation. En effet, même les posts les plus innocents nous présentent souvent dans des situations agréables, au restaurant, en vacances, chez nous sur notre nouveau canapé… Bref : ils mettent en scène, d’une manière ou d’une autre, des situations où nous consommons quelque chose… Ainsi, nous évoluons dans un environnement numérique de plus en plus hédoniste, qui suscite le désir, chez nous, chez les autres, dans un cercle vicieux sans fin…

La seule solution ? La déconnexion !

Worried foamed young woman after the water in the shower was turned off, looking at the camera. Lifestyle

#4 – Se doucher moins, mais ne le dire à personne

En France, 25% de la population ne se douche pas tous les jours… Et pour les médecins, cela ne pose aucun problème : la douche quotidienne n’est qu’une question de confort. En fait, pour les enfants, se laver tous les trois jours serait même meilleur pour la santé dermatologique ! Pour économiser de l’eau, de l’énergie, mais aussi pour ménager leur peau, certains militants, de plus en plus nombreux, revendiquent le fait de se doucher moins souvent : on les appelle, improprement, les “unwashed”. D’autres continuent de se doucher mais ne se lavent plus les cheveux – ceux là s’appellent les no-poo.

Ceux qui cherchent un juste milieu pourront se contenter de douches plus courtes. Il y a de quoi, puisque les français prennent en moyenne des douches de 9 minutes – quand une seule suffirait largement ! 

Vous hésitez encore à franchir le pas ? Vous pourriez commencer par abandonner les produits d’hygiène les plus polluants (gels, crèmes) et privilégier les cosmétiques solides qui se déclinent en shampoings comme en dentifrices. Enfin, pour réduire encore ses déchets, on peut faire une croix sur les produits à usage unique, comme les cotons-tiges, les lingettes, et même les protections périodiques – qu’on peut remplacer par la culotte de règle, très tendance et réutilisable à l’infini.

#5 – Baisser le chauffage 

Ne pas surchauffer son logement ? C’est un lieu commun. Mais on oublie souvent à quel point ce petit geste peut avoir de grands effets… En France, les particuliers représentent 36% de la consommation d’énergie ; plus d’un tiers de cette énergie sert à chauffer l’air des pièces ou l’eau des douches. C’est donc un point sur lequel nous pouvons faire de vraies économies. Et pas besoin de vivre en moufle, ni de se rincer à l’eau froide ! 

Selon l’ADEME, chaque fois que vous baissez votre chauffage d’un degré, votre consommation d‘énergie globale diminue de 5% à 10%. Et y’a de la marge, car la plupart des européens tendent à surchauffer leur habitat, montant parfois le thermostat jusqu’à 22° ou même 25°, tandis que l’ADEME recommande une température de 19°, et même, 17° dans la chambre à coucher pour mieux dormir. Et pour l’eau chaude des sanitaires, un réglage à 55° degrés suffira largement.

Bien sûr, baisser le chauffage, c’est plus facile dans un logement bien isolé. Car le froid s’infiltre partout : par les murs, le sol, les fenêtres, le plafond, la toiture… Autant de chantiers de rénovation potentiels, et qui seront vite rentabilisés, puisque selon l’ADEME, une bonne isolation peut baisser votre facture annuelle de 13% (minimum) et jusqu’à 67% ! Et ce, sans aucune perte de confort… Enfin, si l’isolation protège du froid en hiver, elle protège aussi du chaud pendant la canicule, et vous dispense d’utiliser la climatisation, qui est un gouffre énergétique – après tout, ce n’est qu’un “chauffage à l’envers”…

#6 – Faire les courses en vrac

Dans le monde, plus de la moitié des plastiques ont été produits après l’an 2000. Et l’écrasante majorité sert aux emballages. Une bonne partie de ces plastiques finira dans la cendre des incinérateurs ou dans les océans. D’ici 2040, la quantité de plastique devrait encore tripler et ce sont 29 millions de tonnes qui seront déversées, annuellement, dans la mer. Tout ça parce que nos biscuits bénéficient d’un “sachet fraîcheur », dans une barquette, dans une boîte, sous un film étirable avec une autre boîte, dans le cadre d’une promotion “1 acheté, 1 offert”…

Alors, on arrête de niquer notre mer ? 

Première mesure : on préfère aller au marché qu’au supermarché. Dans les magasins, on évite les produits suremballés et on préfère toujours les produits bruts, à peser soi même – de toute façon, ils sont meilleurs pour la santé… On privilégie les emballages recyclables, en carton ou en aluminium, et surtout, on n’achète plus d’eau en bouteille !

Enfin, dans la mesure du possible, on soutient à fond les commerces qui vendent tout en vrac. Il en existe de plus en plus, pour tous types de produits, et même pour les liquides (huiles, alcools, etc.). Grâce à nous, demain, peut-être qu’ils deviendront la norme ?

#7 – Devenir végétarien

Manger moins de protéines animales (voire plus du tout) serait l’un des gestes les plus efficaces, à l’échelle individuelle, pour lutter contre le réchauffement climatique. En effet, les élevages (intensifs en particuliers) consomment trop d’eau, trop d’énergie, trop de surfaces agricoles pour élever des animaux qui, proportionnellement, nourrissent bien peu… 

Pour se faire une idée, voici des équivalences. Un Français moyen qui s’abstient de produits animaux, pendant un mois, fait l’économie de 60km² de forêt, 1200 bains, et 15 000 km parcourus en voiture… Un constat que partagent les experts du GIEC, qui placent le régime vegan en top des alimentations décarbonées, suivi par le régime végétarien, puis par les régimes saints et frugaux, et par le fameux régime méditéranéen. À l’opposé, la production de bœuf fait figure de grand gaspillage. Le rapport évoque un “impact disproportionné », avant d’enfoncer le clou : “Aux Etats-Unis par exemple, 4% des aliments vendus (en termes de poids) sont du bœuf, ce qui représente 36% des émissions liées à l’alimentation.” Sachant qu’il n’est pas nécessaire de manger de la viande, même chez les jeunes enfants, il est temps de questionner ce luxe alimentaire – bref, qu’on arrête de s’en battre les steaks. 

Alors, on se lance, on réinvente notre gastronomie nationale ? Promis, il existe mille recettes en dehors du tofu !

Finalement, quand on est sur le chemin de la sobriété, le plus important reste de trouver son bonheur et ne jamais tomber dans la flagellation… 

N’oublions pas que 1% des plus riches sont responsables de deux fois plus d’émissions que la moitié la plus pauvre de l’Humanité. Vu de cette manière, la sobriété nous apparaît aussi comme un problème politique ; se l’appliquer à soi, c’est bien. Mais il faut aussi se mobiliser pour la faire appliquer aux grands pollueurs – ceux qui font la sourde oreille. Ça vous parle Patrik Pouyanné ?

Car comme le dit Clément Sénéchal (Greenpeace) sur Twitter : La sobriété doit commencer par les plus riches. Sinon, ça s’appelle la précarité.

1. Business Wire, Study Finds Television’s Impact on Consumer Purchasing Behavior is Greater Than All Other Media Combined, 19 juin 2019
2. Christopher Ingraham, Your friends’ social media posts are making you spend more money, researchers say, février 2019

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