10 ans que l’on rêve d’un monde inclusif et durable chez makesense. Et si nos utopies devenaient réalité, à quoi ressemblerait la société en 2030 ? Nous l’avons esquissée en nous inspirant des initiatives qui nous font vibrer. Bienvenue dans notre monde.

Voici venu le temps des rires et des chants… On vous arrête tout de suite, en 2030, le monde ne sera sans doute pas tout rose, pas tout vert non plus. Si l’on chausse nos lunettes noires, il se pourrait que les prédictions alarmistes des expert.es du GIEC ou du club de Rome soient en deçà de la réalité et il est probable que l’on n’ait atteint aucun des objectifs du développement durable fixés par l’ONU (à part celui sur la croissance…). Dans ce contexte, la température moyenne aura forcément continué de grimper entraînant ce que la Fresque du climat avait déjà mis sur ses cartes en 2020 : sécheresses, inondations, épidémies et conflits. 

Côté gouvernance mondiale si l’on veut se faire du mal on pourrait imaginer le pire des scénarios selon lequel des groupes de suprémacistes et d’oligarques ont profité des crises et des nouvelles technologies pour instaurer des régimes autoritaires, inégalitaires et s’arroger la jouissance des dernières ressources. 

Mais chez makesense, on aime à croire qu’au milieu de ce fracas, partout dans le monde, des groupes cultiveront la résistance et feront pousser des valeurs qui nous ressemblent, parmi lesquelles… 1. La conviction que tous les êtres vivants sont interdépendants et ont le même droit à vivre et à s’épanouir. 2. La conscience qu’une sobriété solidaire permettrait de partager les ressources pour offrir une vie digne à tous.tes. 3. La nécessité d’interactions sociales épanouissantes où chacun.e est impliqué.e pour faire société.

On vous emmène sur notre planète ?

Continent 1 – “Apprenez de la nature, vous y trouverez votre futur” 

En 2030, la biodiversité perd des plumes, des feuilles et des poils. L’océan comptera bientôt plus de plastiques que de poissons et les coraux font pâle figure : plus de la moitié sont au bord de l’extinction. Pourtant ils sont devenus les fers de lance du biomimétisme qui inspire désormais l’ensemble des réflexions techniques. Les innovations tous azimuts puisent dorénavant dans les principes du vivant. Le modèle de symbiose industrielle Kalundborg au Danemark a été amélioré et étendu. Dans l’industrie, les déchets des uns deviennent les matières premières des autres dans un périmètre très réduit. L’économie se veut circulaire et les collaborations se multiplient entre les acteur.rices qui en ont fini avec la compétition destructrice. Dans les villes, les maisons passives se sont généralisées et certaines produisent deux fois plus d’énergie qu’elles n’en consomment. Les écoquartiers se développent sur les modèles B01 de Malmö, Vauban de Freibourg ou des Lentillères à Dijon, subviennent à leurs besoins énergétiques grâce à une conception intelligente des bâtiments et un bon usage des énergies renouvelables, valorisent les eaux de pluie et ont mis en place des systèmes de bio-épuration. Par ailleurs, les transports et les services sont mutualisés… Ailleurs, la nature s’invite partout dans la cité. Les forêts verticales de Stefano Boeri à Milan se sont exportées dans le monde entier et chaque nouvelle tour fait désormais pousser plus de 20 000 arbres et plantes locales en majorité comestibles. 

Continent 2 – Le champ des partisans

En 2030, les surfaces cultivables et la fertilité des sols ont chuté alors que la planète héberge désormais 8 milliards d’habitant.es. Les pays qui ont fait le pari de la dépendance aux biotechnologies, aux cultures commerciales, aux machines et aux énergie fossiles se sont retrouvés fort dépourvus quand la fin des hydrocarbures fut venue. C’est paradoxalement sur des terres jugées improductives et délaissées par l’industrie que des communautés agraires ont commencé à mettre en place des techniques efficientes qui ont permis de nouvelles formes d’autonomie alimentaire. Les communautés Longo Mai et leur modèle d’auto-subsistance, de vie collective et de refus du salariat ont également inspiré de nombreuses communautés rurales. Étonnamment aussi ce sont d’ancien.nes migrant.es, banlieusard.es et des “sans terres” qui nourrissent aujourd’hui le monde. Cédric Herrou qui avait monté une communauté Emmaüs agricole pour accueillir les migrant.es en 2018 a servi d’exemple dans le monde entier. Dans le même temps la généralisation de l’agriculture urbaine sur le modèle de Detroit a permis de relocaliser certaines productions au cœur des cités et de réanimer de nombreuses villes en perdition. Mais c’est surtout la réaffectation des terres vers un mix petits élevages/polyculture vivrière, le tout à échelle humaine prôné par la Via campesina qui a fait la différence : certes on consomme moins de viande et de chocolat mais on sait comment agir pour que tout le monde mange à sa faim.

Continent 3 – Rien de neuf sous le soleil

En 2030, il n’y a plus de pétrole ni de métaux dans la nature, tous les stocks sont épuisés. Terminé les gadgets high tech au petit déjeuner.  La disparition de Netflix fait gagner un temps fou à la population qui investit les tiers lieux, ressourceries et repairs cafés devenues les “place to be”. Ces espaces collaboratifs font office d’écoles, de cafés, de bibliothèques mais aussi de salles de spectacles et de bars. C’est ici qu’on rencontre ses voisin.es, qu’on se distrait, qu’on apprend et plus si affinités. On doit les nouvelles connexions web à tout un réseau de makers low tech qui ont appris à la population à recréer ses propres serveurs internet dans des bidons. On y stocke les milliards de ressources de Wikipédia et tous les tutos du low Tech Lab, Colibri, Coursera et d’Open source ecology (et quelques vidéos de Cnewset BFMTV pour qu’on se souvienne de l’idéologie qui nous avait menés à la catastrophe). Ces techniques démocratiques permettent aux communautés de se déplacer, se vêtir, produire et stocker de l’énergie avec ce qu’elles ont sous la main. On s’entraide désormais pour fabriquer une bibliothèque ambulante, un chauffe-eau, isoler et transformer des ruines en cuisines collectives, habitats participatifs ou même en cinémas. 

Continent 4 – Cap sur les coops

En 2030, 20% des multinationales sont devenues des coopératives, la plupart des autres n’ont pas survécu. Lorsque la crise économique de 2021 a mis à l’arrêt la plupart des usines, les salarié.es délaissé.es par les gouvernements ont pris en main leur survie. Affranchies de la pression des actionnaires, les travailleur·ses ont redirigé leurs outils de production vers des biens de première nécessité. Tous.tes gèrent collégialement leurs unités de production et de services selon les principes du best seller de Frédéric Laloux “Reinventing Organizations”. Les nouvelles entreprises s’appuient également sur les outils popularisés par l’Université du Nous : gouvernance partagée, gestion par consentement, communication bienveillante… Ironie du sort, les quelques grands groupes rescapés n’ont jamais aussi bien appliqué les valeurs qu’ils nous assénaient hier dans leurs campagnes marketing. ex-Airbus construit désormais des triporteurs, ex-Monsanto s’est spécialisé dans la dépollution des sols et ex-Coca Cola construit des filtres pour rendre l’eau potable. De leur côté, les services publics comme la santé, l’éducation ou le maintien de la paix sont mieux formés et équipés pour répondre au bien commun depuis qu’ils sont administrés par des comités rassemblant usagers et fonctionnaires. L’initiative de Buurtzog aux Pays-Bas qui avait réinventé les soins de quartier a inspiré des systèmes de santé dans le monde entier.

Continent 5 – Éducation = émancipation

En 2030, la guerre et la pression sur les ressources ont amplifié le repli identitaire et les violences en tous genres, mais on remarque que dans certaines régions les transformations culturelles encore jugées impensables en 2020 fonctionnent. Suite au mouvement Black Lives matters des expérimentations pour transformer le maintien de l’ordre et la justice s’avèrent plus sûres et moins coûteuses et les personnes racisées ou issues de classes populaires n’ont plus le sentiment d’une justice à deux vitesses. Au Rojava et au Chiapas, les ateliers d’éducation populaire sur le genre ont permis que les féminicides et les viols reculent de 79%. Les femmes n’ont plus peur de sortir le soir, s’habillent comme elles le souhaitent et accèdent aussi facilement et pour un salaire égal à n’importe quel poste. À Fortaleza au Brésil, un mouvement entre la danse, le graffiti, la CNV (communication non violente) et le théâtre-forum parvient à faire baisser la criminalité de 58% en proposant des ateliers d’art-discussion, des repas gratuits et de la méditation. En Europe, le savoir s’appuie désormais sur la transmission entre les générations. Aucune classe d’âge n’est mise à l’écart. Les Ehpad-crèches font un tabac tandis que les écoles démocratiques, de la forêt ou des champs ont convaincu l’éducation nationale de sortir du rang.

Ces expériences qui nous orientent

Continent 6 – Destination imagination

En 2030… finalement tout est possible. Plusieurs trajectoires sont encore envisageables et a priori aucune ne sera linéaire et sans embûches. Mais une chose est sûre :  il est hautement improbable que tout se passe comme prévu. Alors on fait quoi ? Chez makesense on prépare le terrain en inspirant et outillant l’ensemble des acteurs de la société pour qu’ils puissent trouver les meilleures réponses aux enjeux écologiques et sociaux tels qu’ils se présenteront. Parce que l’on est convaincu.es que seule l’ouverture permet d’envisager l’extraordinaire, nous ouvrons les cages des préjugés pour faire se rencontrer les jeunes et les aîné.es, les urbains et les ruraux, les entrepreneur.ses et les citoyen.nes, les grands groupes et les associations. Aussi, nous nous employons à créer une société où l’imagination, la collaboration et la joie permettront de trouver collectivement les ressources pour faire face aux crises et écrire un nouvel avenir.

Un autre monde est à portée de mains à condition d’y aller aussi avec les dents. Sortons nos pelles et nos pioches et donnons à ces initiatives encore trop confidentielles les moyens de se déployer massivement. Rêvons, osons, testons, embarquons, partageons nos utopies les plus folles. Dans cet esprit et pour finir ce tour du monde imaginaire, on avait une suggestion à vous faire. Et si vous nous décriviez votre 7e continent ? Et si vous nous racontiez la suite ? Et si…