Le climat est injuste. Alors que les plus riches s’envoient en l’air en jet privé, les plus pauvres se retrouvent six pieds sous terre, engloutis par les inondations,  emportés par les sécheresses ou les tempêtes. Comment responsabiliser les ultra-riches ? Partout dans le monde, des collectifs s’organisent. 

Les chiffres publiés par l’OXFAM – l’observatoire mondial des inégalités – chaque année font froid dans le dos. Les 1% des plus riches détiendraient plus que le reste de l’humanité. Et qui dit inégalités de revenus et de patrimoine, dit aussi inégalités d’impact sur l’environnement. La France n’est pas épargnée : en 2022, cinq milliardaires possèdent désormais autant que les 40% les plus pauvres. Il semblerait que la vie des ultra-riches, avec ce qu’elle comporte de yacht, jets, hôtels 5*, cocktails au caviar, multiples résidences, soit loin d’être insignifiante en termes d’impact environnemental. À l’heure de “la fin de l’abondance”, la moutarde commence à monter au nez de celles et ceux qui ne sont pas en haut de la pyramide et paient les conséquences des excès d’une petite minorité. Certains transforment la frustration en action et viennent gratter les poils des ultra-riches, et on ne va pas se mentir, ça peut soulager (un peu). Voire même faire bouger les lois et les comportements.

1. Tracker les jets (ou les yachts) privés de stars 

Un trajet de 500km en jet privé est de 4,5 fois à 14 fois plus émetteur de CO2 qu’un vol en avion de ligne, et 50 fois plus que le même trajet sur une ligne de train européenne*.  Cet été, des Américains un peu geeks se sont pris de passion pour le suivi et le partage sur les réseaux sociaux des trajets en jets privés de stars, comme Taylor Swift ou Elon Musk, ces derniers étant accessibles via un site open source. Cette idée en a inspiré certains en France, qui se sont dit “Et, mais, pourquoi ne pas aussi suivre aussi les jets des milliardaires français?”. C’est chose faite avec le compte Twitter “I Fly Bernard”, qui partage allègrement les trajets des milliardaires Bernard Arnault ou Vincent Bolloré. Le projet a même fait des petits : le compte Mega Yacht CO tracker assure le tracking des yachts de stars et de milliardaires.  Les principaux intéressés sont très agacés, mais ça marche : le sujet a fait la Une des grands médias en cette rentrée. Bientôt une loi pour réguler l’usage des jets et des yachts ? 

Source : Fédération d’ONG Transport & Environnement

2. Alerter sur les arrosages des golfs en pleine sécheresse

Cet été, encouragés par le mouvement Extinction Rebellion, des activistes se sont immiscés dans des golfs proches de Toulouse, pour couler du béton dans les trous et planter des pancartes “ce trou boit 277 000 litres d’eau par jour, en buvez-vous autant ?” sur le green. Leur but ? Alerter sur un fait surprenant : les restrictions d’eau qui ont été mises en place dans les zones de sécheresse en France ne touchent pas les golfs, tandis que les agriculteurs de la région doivent, eux, diminuer leur consommation mettant en péril leurs récoltes. Un système à deux vitesses qui a de quoi questionner sur les priorités entre le nourricier et le loisir de quelques privilégiés, le golf restant un loisir cher et donc peu accessible. 

3. Poser des questions qui fâchent aux principaux intéressés

Il y a quelques experts en la matière. Des journalistes ou politiques qui n’ont pas froid aux yeux et qui mettent sous le nez des principaux intéressés une vérité qui dérange. Vous avez peut-être vu le film “Merci Patron !” de François Ruffin (si ce n’est pas le cas, on vous le conseille vivement)  ? Il  documente la délocalisation d’une usine Kenzo à travers le parcours de deux employés licenciés qui se retrouvent avec moins de trois euros par jour pour vivre suite à cette décision. Sans vouloir spoiler le film, tout cela se termine par une réjouissante scène où François Ruffin teint en blond est venu piéger son PDG Bernard Arnault (décidément…) pendant le conseil d’administration de LVMH. Autre poil à gratter fidèle au poste : Guillaume Meurice, qui aime autant se rendre aux conseils d’administration de grosses boîtes qu’aux salons de luxe pour venir titiller avec malice celles et ceux qui ne respectent pas toujours les règles du jeu. 

4. Mobiliser les imaginaires

Dans la série L’effondrement diffusée sur CANAL +, les ultra-riches, incarnés par un magnat de l’industrie et une ministre, sont décrits comme une minorité pas vraiment solidaire quand les pénuries arrivent. Même s’ils sont en grande partie la cause dudit effondrement en refusant d’écouter les sonnettes d’alarme, ils veulent à tout prix privilégier leurs intérêts et vont se réfugier dans des îles tout confort pendant que le reste de l’humanité panique. 

Cette fiction n’est malheureusement pas si loin de la réalité quand on sait que les milliardaires construisent des bunkers en Nouvelle Zélande (ou autres coins reculés) pour s’y réfugier en cas de gros pépin. Dans Don’t look Up, la série produite par Léonardo Di Caprio sur Netflix, les chefs d’industrie (attention mini-spoiler) privilégient leurs intérêts capitalistes quand ils apprennent que la météorite qui se dirige vers la Terre contient des minéraux rares, et décident d’annuler le plan de sauvetage de l’humanité. De quoi rire. Jaune…

5. Interpeller les milliardaires et influenceurs sur les réseaux sociaux

Bon, OK c’est une goutte d’eau dans un océan des “You’re so beautiful and perfect” qui inondent les images de stars ou milliardaires qui posent dans des vêtements hors de prix, mais quand même ! L’impact des influenceurs est énorme, et réussir à laisser des commentaires constructifs qui seront lus par plusieurs milliers de personnes peut s’avérer être une stratégie payante (évidemment on ne parle pas ici de troller ou de harceler, mais bien de souligner de manière intelligente et construite leurs contradictions). Bon Pote est plutôt champion en la matière. 

Pour finir, rappelons qu’il y a aussi des milliardaires qui font du bien à la société. Récemment, Yvon Chouinard, le fondateur de Patagonia a transmis 100 % du capital de son entreprise et de ses droits de vote à deux structures chargées de protéger la planète. Chapeau l’artiste !

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