Alors que les vagues du covid font tanguer les Ehpad, Jean de Miramon et Oscar Lustin mènent sereinement leur barque vers la création d’un nouveau type de logement pour les seniors. Dans quelques jours ouvrira en Gironde Domani la première colocation pour personnes âgées garantie adaptabilité et convivialité.

Le compte à rebours a commencé. À Pessac, les portes de Domani s’apprêtent à ouvrir pour accueillir fin janvier ses habitants prêts à expérimenter l’habitat inclusif. Le bâtiment est lumineux, moderne, au pied de la gare qui mène à Bordeaux en 7 minutes chrono. À l’intérieur, 7 studios privatifs de 25m2 avec chambre, toilettes et salle de bain ainsi que des parties partagées: cuisine, salon et salle à manger, le tout formant un délicat équilibre entre intimité et convivialité. « Nous avons imaginé une nouvelle formule de logement pour les seniors entre les pensions de famille, les béguinages et la colocation, explique Jean qui, avant Domani,  a lui-même longtemps vécu en colocation avec ses grands-parents. Il s’agit d’un seul et même domicile avec des espaces et des services mutualisés. »

L’habitat inclusif tel qu’introduit par la loi Elan de 2018 est : « un mode d’habitat destiné aux personnes handicapées et aux personnes âgées qui font le choix, à titre de résidence principale, d’un mode d’habitation regroupé ». 

Le concept de Domani, les deux anciens élèves d’HEC et de Sciences Po, amis-rugbymen l’ont écrit entre les lignes des textes de loi et celles de train empruntées lors d’un tour d’Europe des innovations du logement pour personnes âgées. « Il faut sortir d’un choix binaire entre l’Ehpad et le domicile, en développant des formes alternatives et accessibles de prise en charge, » peut-on lire dans le rapport Libault sur le grand âge et l’autonomie en mars 2019. « Domani tire ses racines des modèles précurseurs de co-habitat senior qui voient le jour aux Pays-Bas et en Allemagne, » complètent le duo de Miramon et Lustin.

L’alternative conviviale à la maison de retraite

Lorsque Jean entre dans le vif du sujet,  les acronymes et les références législatives se multiplient, preuves de la complexité d’une thématique à la croisée du logement, de la gériatrie et de l’aide sociale. « Nos logements répondent à un besoin particulièrement exprimé par les seniors dont le niveau de dépendance est entre le GIR 3 et le GIR 4, » explique-t-il. Ce qui en d’autres termes veut dire que les aspirants aux logements Domani ont modérément perdu leur autonomie souvent suite à une chute ou la perte du conjoint (il existe 6 niveaux de GIR, groupe iso-ressources, le GIR 1 est le niveau de perte d’autonomie le plus fort et le GIR 6 le plus faible). « On accueille des personnes qui sont entre le « je peux encore rester chez moi » et « je vais en Ehpad ». Notre volonté est de nous démarquer de l’institution par un cadre plus intime et chaleureux et ainsi d’apaiser le départ du domicile historique et maintenir l’autonomie le plus longtemps possible. »

Il semblerait que la formule ait de l’avenir, le premier logement de Pessac a reçu plus de 60 manifestations d’intérêt pour seulement 7 places. Parmi les avantages, il y a d’abord l’argument qualité de services et coût (un logement Domani est plus économique que l’Ehpad et moins cher que le maintien seul à domicile à niveau de services équivalent). « Pour une personne seule recevant de l’aide à domicile, le schéma classique est de trois passages par jour de l’auxiliaire de vie. Le reste du temps, la personne âgée reste seule, » explique Jean. Chez Domani, les résidents se partagent une maîtresse de maison qui est là 10 heures par jour et 7 jours sur 7, ce qui laisse du temps pour les moments de convivialité. « Le temps fort, c’est le repas, explique le co-fondateur, les résidents peuvent venir donner un coup de main en cuisine et tout le monde mange à la même table. C’est un moment-clé dans la journée. » Les personnes hébergées ont aussi accès à des services dispensés par des prestataires extérieurs.  « Domani a notamment noué des relations privilégiées avec plusieurs associations de service à la personne, des médecins gériatres, cabinets d’infirmiers libéraux, associations de quartier, clubs seniors, » se félicite Jean.

Le rapport Piveteau-Wolfrom publié en juin 2020 estime un besoin de 140 000 nouveaux logements inclusifs sur les 10 prochaines années. Du côté de Domani, on compte sur le succès de Pessac pour essaimer et ouvrir plusieurs nouvelles colocations dans les années à venir. « Dans 10 ans, l’habitat inclusif en tant que solution de logement aura pris de l’ampleur, » prédit Jean. À cette échéance, Domani espère pouvoir se féliciter d’avoir apporté sa pierre à l’édifice.