On dit souvent que la pierre prend de la valeur avec l’âge. Et si cela valait aussi pour la colocation ? Afin de faciliter la recherche de logement des jeunes et pallier la solitude et la précarité des seniors, Colette Club a trouvé la solution idéale : la cohabitation inter-générationnelle. Un concept qui fait déjà le bonheur de centaines d’hôtes et étudiant·es. Rencontre avec Justine Renaudet, cofondatrice.

L’équipe de Colette Club

Elle vient d’où, cette envie d’entreprendre ?

Après ma prépa, j’ai intégré une école spécialisée dans les métiers de la culture et des médias, l’EAC à Paris. En 2011, pour mon premier boulot, j’ai rejoint BlaBlaCar. Ça a été le début d’une aventure complètement folle où j’ai eu la chance inouïe de vivre la naissance d’une licorne. J’ai eu l’opportunité de grandir avec l’entreprise : j’ai vécu les levées de fonds successives, son internationalisation… Je suis passée par tous les métiers de la communication ! À l’époque, la plateforme comptait 1,5 millions d’utilisateurs. Mon rôle était de développer cette communauté de covoitureur·ses, de lui donner les moyens de s’exprimer, de faire émerger des ambassadeur·rices. Au bout de 6 ans chez BlablaCar, j’ai eu le sentiment que j’avais fait le tour, et ça tombait bien car j’avais un projet en tête. En 2018, j’ai créé ma boîte : Shapin’, une plateforme en ligne de sport et bien-être, avec Olivier le CTO. Au bout de 2 ans, on a décidé de continuer ce projet sur notre temps libre. J’ai alors été contactée par Matthieu Vaxelaire qui cherchait quelqu’un pour rejoindre l’équipe fondatrice de Colette sur la partie communication, branding et ça a fait tilt.

À travers la cohabitation inter-générationnelle, Colette souhaite combattre la solitude des personnes seniors. Pourquoi cette thématique te tient-elle à cœur ?

Dans mon ancien appartement parisien, j’avais une voisine de palier assez âgée. À chaque fois que je sortais de chez moi, je l’entendais converser avec le présentateur radio, et si on se croisait dans l’immeuble, elle engageait la conversation. Pendant un temps je me suis sentie gênée par le fait qu’elle veuille toujours me parler. Mais un jour j’ai réalisé à quel point elle était seule. Ça m’a tellement marquée que deux jours plus tard, je rejoignais l’association Au bout du fil pour appeler les personnes âgées isolées. Même si j’ai finalement dû abandonner cet engagement par manque de temps, je me suis fait la promesse qu’un jour je m’attaquerai à ce problème.

Colette vient également en aide aux étudiant·es dans leur quête d’un appartement parisien. Est-ce un sujet aussi important que celui de la solitude des senior·es ?

Complètement ! Quand on est étudiant·e, trouver un logement à Paris est une véritable galère. C’est un processus très stressant : la recherche en amont, les coups de fil aux agents immobiliers, puis la queue devant le logement avec une trentaine de locataires potentiels et l’incompréhension face aux refus… Sans parler du prix : à Paris, il faut compter en moyenne 885€ par mois pour un studio de 12m2. Sur Colette, on trouve des logements familiaux jusqu’à 150 mètres carrés à partir de 500€ par mois toutes charges comprises. Des appartements confortables, très bien situés. En général, les jeunes qui arrivent sur Colette trouvent un logement en une semaine voire 48h. Ils n’en reviennent pas !

Quels sont les bénéfices de la cohabitation intergénérationnelle ?

Pour les jeunes, habiter chez un·e senior·e est un acte militant. C’est permettre à une personne âgée de rester ancrée dans le monde actuel en lui expliquant par exemple comment utiliser un smartphone ou un ordinateur. Aujourd’hui, tout est digitalisé ou presque, de la machine à café à la déclaration d’impôts, et les senior·es se retrouvent souvent complètement ostracisé·es. De leur côté, les seniors apportent leur histoire et leur mémoire et donnent aux jeunes l’opportunité de rester connectés à leur passé.

Quel est votre business model ?

On se place comme un tiers de confiance entre les jeunes et les personnes de plus de 60 ans. Les jeunes paient à Colette les loyers mensuels, que nous redistribuons ensuite aux seniors en prélevant 15% de frais de service. Ces derniers couvrent les garanties loyer impayé ainsi que les assurances et tout notre accompagnement. Les jeunes logés n’ont ni dossier à créer, ni caution à verser. On leur facture également des frais d’adhésion mensuels de 38€. De leur côté, les hôtes ont peu à faire : ils n’ont pas besoin d’écrire et de poster leur annonce, ni d’organiser des visites ou de sélectionner les profils puisque nous prenons tout en charge. On est également médiateur en cas de problème.

Comment recrutez-vous les seniors et les étudiant·es ?

Après avoir testé plusieurs canaux d’acquisition (print, e-mailing, réseaux sociaux), on s’est rendu·es compte que ce qui fonctionnait le mieux pour recruter des hôtes seniors était le bouche à oreille. D’où l’importance de proposer un service de qualité ! Pour ce qui est des étudiant·es, on n’a quasiment pas besoin de communiquer. C’est un super bon plan donc les nouvelles vont vite ! Quand un·e jeune postule, nous analysons son profil pour nous assurer qu’il·elle est digne de confiance et partage nos valeurs. Si à la question « Pourrait-il·elle être logé·e chez ma grand-mère ?”, la réponse est oui, c’est gagné !

Aujourd’hui, c’est le début de l’aventure Colette. Comment voyez-vous votre projet dans 1 an ?

Depuis qu’on s’est lancé·es, on a attiré 150 hôtes de plus de 60 ans sur Colette à Paris et sa petite couronne et on a constaté qu’il y avait un réel intérêt de la part des jeunes pour notre offre. Au total, on a réussi aussi à créer 30 binômes intergénérationnels qui fonctionnent. Aujourd’hui, on veut montrer qu’on est capables de répliquer notre modèle. On souhaite multiplier par dix le nombre de binômes pour atteindre 100 mises en relation par mois. Pour ce faire, on va s’appuyer sur notre nouvelle plateforme en ligne. Avant, on faisait tout au téléphone et en physique, un peu à la manière d’une agence de quartier. La plateforme va désormais assurer le rôle d’intermédiaire entre senior·es et étudiant·es et nous permettra d’automatiser beaucoup de tâches, tout en gardant les visites à domicile et d’autres points de contact humain essentiels. L’objectif, c’est de mettre la tech au service de l’humain.

Vous avez entrepris une première levée de fonds en octobre. Tu peux nous en dire plus ?

Notre levée de fonds avait deux principaux objectifs : agrandir l’équipe, et mener des actions de sensibilisation en faveur de la cohabitation intergénérationnelle. Elle était essentielle pour nous donner les moyens de la croissance qu’on souhaite. C’était une expérience très encourageante parce qu’on s’est rendu·es compte que les business angels avaient à cœur d’investir dans des projets qui ont un impact positif sur la société. Ça envoie un signal fort : la silver economy est soutenue !

Bientôt 10 mois que Colette est incubée chez makesense, raconte-nous…

Ce qu’on a tout de suite apprécié, c’est l’esprit de bienveillance qui règne au sein de l’incubateur. On se sent comme dans une famille, même sans y être physiquement ! On a aussi bénéficié d’un vrai suivi. La force de makesense, c’est l’accompagnement flexible, sur mesure et de qualité qui est proposé. Les “sensemakers” prennent en compte le stade de développement de chaque incubé et adaptent leur accompagnement en fonction pour avoir un maximum de valeur ajoutée et d’impact positif. Au-delà du suivi, on a pu bénéficier de mises en relation qui ont été de vrais coups de pouce pour Colette, notamment avec Ashoka et Malakoff Humanis.

Qu’est ce qui te rend fière avec Colette ?

Je suis fière quand je pitche Colette à ma famille, mes amis, ou des investisseurs et que je vois des étoiles dans leurs yeux. Mais par-dessus tout, ce sont les retours positifs de nos membres qui me font chaud au cœur. On reçoit régulièrement des mails de nos hôtes qui nous disent être très heureux de leur cohabitation ou des étudiant·es qui nous remercient de les avoir sauvé·es dans leur recherche de logement. L’impact positif a toujours guidé mon parcours professionnel depuis BlablaCar et le fait de voir qu’on contribue à améliorer le quotidien de nos clients est une grande satisfaction.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui hésite à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale ?

Le premier conseil serait de ne pas hésiter à se lancer. Dans mon entourage, beaucoup de personnes trouvent des excuses pour ne pas entreprendre : le manque de réseau, de compétences adaptées, d’argent… Pour moi, ce sont de mauvaises raisons. Quand je me suis lancée, je n’avais pas un rond ! Je pense que quand on veut vraiment, on trouve toujours des solutions. Les mentors et le réseau, ça va se chercher. Quant aux compétences, elles s’apprennent ! Si vous ne vous lancez pas, quelqu’un d’autre le fera à votre place. Vous aurez tout le temps de trouver les solutions quand vous vous serez lancés. L’entrepreneuriat, c’est justement apprendre à résoudre des problèmes au quotidien.

Tu nous partages une histoire de cohabitation réussie ?

Camille, une jeune alsacienne de 26 ans, cohabite depuis juillet dernier avec Françoise, âgée de plus de 80 ans, dans son appartement du douzième arrondissement de Paris. Elles vivent chacune leur vie de manière autonome mais dînent tous les soirs ensemble. Jusqu’ici, Françoise ne mangeait que de la viande et des pâtes, alors que Camille est une grande amatrice de végétaux. Depuis, Françoise s’est remise aux légumes !

Selon toi, qu’est-ce que l’entrepreneuriat social doit amener à la société ?

L’entrepreneuriat apporte des réponses positives aux urgences et enjeux actuels. Il est porteur d’innovations qui rendent la société meilleure.