Le 9 août dernier, les expert·es mondiaux du climat rendaient leurs conclusions sur la situation climatique mondiale dans  le 1er volet du 6e rapport du GIEC. Que retenir de cette évaluation scientifique ? Voici les principales conclusions pour faire chauffer les discussions dans les dîners.

1. Le monde chauffe ! 

Ce n’est pas parce que vous avez passé le mois de juillet en polaire et en ciré que le reste du monde n’est pas en surchauffe. Si l’on prend un peu de hauteur, sans pour autant monter dans la fusée d’Elon Musk, une chose est sûre : le rythme du réchauffement climatique s’accélère. La température moyenne de la planète a augmenté plus rapidement depuis 1970 qu’en n’importe quelle autre période de 50 ans au cours des deux derniers millénaires, voire davantage. Tous les scénarios du GIEC (du plus optimiste au plus pessimiste) prévoient un réchauffement de la planète de 1,5°C autour de 2030. Pour la suite, c’est à nous de jouer.

2. Le climat se dérègle

Depuis quelques semaines, ça crame de partout, ça pleut, ça typhone. Selon les expert·es qui prennent pas mal de précautions sur l’interprétation des phénomènes climatiques, les récentes chaleurs extrêmes sur presque toute la planète n’auraient très probablement pas eu lieu sans l’activité humaine. L’Europe du nord ainsi que des zones d’Amérique du nord et du sud de l’Afrique n’auraient pas non plus été confrontées à un volume de précipitations plus important si nous nous étions mis à la diète des énergies fossiles (en revanche, les données manquent pour tirer des conclusions sur d’autres parties du globe). Enfin et ce n’est pas la meilleure des nouvelles, il semble que le nombre de cyclones tropicaux de catégorie 3 à 5 ait augmenté à l’échelle mondiale sur les quarante dernières années.

3. C’est à cause de nous tout ça

Pas la peine de tourner autour du pot, si le climat s’emballe c’est bien à cause de nous autres homo sapiens surtout depuis qu’on a découvert le pétrole et l’électricité. Les scientifiques n’ont aucun doute : les activités humaines ont causé le réchauffement climatique à un niveau sans précédent depuis au moins 2000 ans. En fait, tout s’emballe depuis le début de l’ère industrielle. En 2019, le volume de CO2 dans l’air était à un niveau jamais atteint depuis au moins deux millions d’années tandis que les concentrations de méthane et de protoxyde d’azote, deux autres puissants gaz à effet de serre, n’avaient pas été aussi élevées depuis au moins 800 000 ans, apprend-on avec stupeur en page 9 du rapport.

4. C’est pas de la blague

On peut toujours fermer les yeux ou aller chercher de la bisounourserie du côté des insatiables optimistes pour nier l’évidence, n’empêche : ce  6e document du GIEC basé sur la compréhension physique du changement climatique est le résultat d’un travail colossal. La version préliminaire initiale du rapport a reçu 23 462 commentaires de 750 évaluateurs experts, le deuxième jet 51 387 commentaires de révision des gouvernements et de 1 279 expert·es. La version intergouvernementale finale du résumé à l’intention des décideur·ses a reçu plus de 3 000 commentaires de 47 gouvernements. Plus de 14 000 articles scientifiques sont référencés dans le rapport. 

Aujourd’hui, ce rapport du groupe de travail I, finalisé et approuvé par 234 auteurs et autrices et 195 gouvernements, est la plus grande mise à jour de l’état des connaissances scientifiques sur le climat depuis la publication du rapport AR5 du GIEC en 2014, et son rapport spécial 1.5.

5. Chaque dixième de degré évité compte

On ne va pas se mentir, la situation n’est pas bonne. Le rapport montre que le changement climatique est inéluctable mais qu’on peut limiter la casse et que tout ce qui peut faire baisser la température est bon à prendre. « De nombreuses conséquences du changement climatique en cours sont irréversibles sur des échelles de temps séculaire à millénaire, surtout au niveau des océans, des calottes glaciaires et du niveau des mers, » peut-on lire en page 28. Les spécialistes préviennent : « plus nous dépassons 1,5°C, plus notre avenir sera imprévisible et les dangers importants. » Il y a donc urgence à ne pas trop s’éloigner de ce cap fixé en 2015 lors des Accords de Paris.

Pour se rendre compte des différences entre un monde à +1,5°C, +2° ou même 4°C (spoiler : vous ne serez sans doute plus là pour lire cet article), le GIEC a mis en place un atlas interactif en anglais. Le site numerama livre un mode d’emploi pour bien utiliser les données. Âmes sensibles s’abstenir ! 

6. On peut encore agir

Si le 1er volet de cette trilogie climatique ne porte pas sur les solutions (ce sera l’objet du 3e volet publié en 2022, le 2e portera quant à lui sur les impacts), les climatologues rappellent avec insistance dans cet opus que des réductions rapides des émissions de gaz à effet de serre sont nécessaires dans tous les secteurs. En effet, si on arrive à réduire à zéro les émissions nets de gaz carbonique, les concentrations atmosphériques de CO2 se stabiliseront. Cela permettra de stopper le réchauffement et de stabiliser les températures de surface. Selon le GIEC, nous devons atteindre des émissions nettes nulles d’ici le milieu du siècle.

Quelles sont les pistes les plus évidentes pour limiter les principaux gaz à effet de serre ?

  • Accélérer la transition des combustibles fossiles vers les énergies renouvelables en s’éloignant du charbon, du pétrole et du gaz à forte intensité de méthane et de carbone.
  • Améliorer l’efficacité énergétique. 
  • Améliorer la gestion des déchets afin que les produits biodégradables ne soient pas mis en décharge. 
  • Améliorer l’utilisation et la consommation durables. 
  • Encourager les petites exploitations mixtes au lieu des monocultures géantes, réduire l’échelle de l’élevage industriel et encourager des modes de vie plus sains, une viande moins abondante et de meilleure qualité.

Rappelons qu’aucune technologie pour éliminer le carbone de l’atmosphère ne pourra se substituer à une diminution drastique. Les aspirateurs à C02 ne feront pas le ménage sur notre planète, aujourd’hui, le temps est compté.

7. On se climactive ?

« Les décisions et les actions prises aujourd’hui, au cours de cette décennie, façonneront notre avenir pour des milliers d’années à venir, » rappellent les spécialistes. Faisons bouger les gouvernements et les entreprises, changeons le monde à notre niveau. La paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe 1 du Giec depuis 2015 est la marraine de notre programme ré_action climat. Vous vous inscrivez  à la prochaine édition ?