Rarement un texte loi n’avait connu autant de turbulences. Vidé des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, le projet de loi climat et résilience commence son marathon parlementaire. Grâce au lobbying vert de Greenvox, les citoyen.nes ont le pouvoir de faire bouger ses lignes. 

Ça pourrait être l’exercice d’un atelier d’écriture qui commencerait avec l’énoncé de la consigne suivante : prenez la plume pour expliquer à votre député.e qu’il.elle devrait se pencher sérieusement sur la question de la pollution plastique et ré-évaluer les propositions trop timides du projet de loi climat. Certain.se se lanceraient dans des formules à la Boris Vian : Monsieur le Député / Je vous fais une lettre / Que vous lirez peut-être / Si vous avez le temps. D’autres tenteraient le lapidaire SMS : Dputé, jcompte sur twa pr prendr en compte lé amendemen sur lplastik ke portent lé asso sur la loi klimat. D’autres encore rendraient une copie blanche n’ayant aucune idée de la façon de s’adresser à ces personnes-là.

« La plupart des citoyen.nes ne savent pas qui est leur député.e, ni quelle est son activité, explique Valérie Gramond, co-fondatrice de Greenlobby à l’initiative du mouvement Greenvox, regroupement d’associations d’intérêt général souhaitant mobiliser le quidam sur la loi climat. Aujourd’hui, le travail parlementaire est très technique. Ce qui se passe entre les murs de l’Assemblée nationale est méconnu. Nous voulons créer des ponts entre ce qui se dit au Parlement et les aspirations des Français.es, et permettre à chacun.e de rentrer dans la boîte noire du Parlement. »

Jeunes du mouvement Greenvox mobilisé.es le 11 mars 2021 devant la permanence parlementaire de Laurence Maillart-Méhaignerie, présidente de la Commission spéciale.

Rien n’est écrit dans le marbre 

Pour permettre aux citoyen.nes de faire la loi et d’intervenir dans celle très actuelle du climat examinée par l’Assemblée nationale du 5 mars au 7 avril 2021, Greenvox a tout prévu. Sur le site soutenu par les 16 structures partenaires (de On est prêt au Refedd en passant par makesense), les dix sujets les plus importants de la loi sont présentés avec des modèles de lettres à envoyer à sa ou son député.e l’interpellant à la fois sur les enjeux et sur les amendements qu’il serait bon de faire passer. Comment se déplacer de façon simple et pas chère ? Quel sera mon emploi demain utile à la société ? Comment sauver mon commerce de proximité ? Quelles solutions pour me nourrir sainement à un prix accessible ?  « Tous les sujets de la loi climat touchent le quotidien des Français.es, » rappelle Valérie.

Sur le plastique par exemple, la lettre envoyée aux député.es rappelle que la production et l’incinération du plastique représentent 400 millions de tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère. Que 88% des Français veulent que le plastique à usage unique soit interdit et que 90% sont favorables au retour de la bouteille en verre consignée. Enfin, la missive se termine par une invitation à  reprendre les amendements des associations Zero Waste, Déclic ou du Réseau action climat comme la mise en place de la consigne pour réemploi, la standardisation des emballages, l’obligation de l’implantation du vrac dans tous les magasins et l’imposition d’un pourcentage aux centrales d’achat…

Greenvox est l’outil de la mobilisation locale, pour rassembler toutes celles et ceux qui souhaitent dénoncer le manque d’ambition du projet de loi, et passer de la contestation à l’action concrète. 

Pas besoin d’avoir fait l’ENA ou sciences po pour se lancer, la formule proposée par Greenvox est très accessible. Il suffit de choisir sur le site ses sujets de prédilection, de co-signer les lettres pré-rédigées et Greenlobby s’occupe du reste, c’est-à-dire envoyer chaque courrier aux député.es concerné.es avec le nom de tous les acteurs de leur circonscription. Et ça marche ? Depuis le début de la campagne, plus de 71 000 signatures ont été enregistrées soit autant de courriers envoyés. Les néolobbyistes signent en moyenne 8 lettres sur 10 et privilégient dans l’ordre : le plastique, l’alimentation et l’éducation. Quant aux départements les plus actifs, félicitons  la Loire Atlantique, la Gironde, les Hauts-de-Seine, Paris et l’Hérault.

Jeunes du mouvement Greenvox mobilisé.es le 11 mars 2021 devant la permanence parlementaire de Laurence Maillart-Méhaignerie, présidente de la Commission spéciale.

Kit du lobbyiste

Si l’horizon des 100 000 courriers n’est plus loin, pour Greenlobby, le travail ne s’arrête pas là. Pour mener son combat et défendre la cause écologique, le groupe d’influence utilise les mêmes armes que les lobbies industriels. « Nous préparons des amendements prêts à l’emploi pour les député.es, raconte Valérie mais nous utilisons aussi le power mapping, une cartographie des rapports de force pour identifier les personnes à rallier et celles à faire changer de camp et enfin nous mobilisons l’opinion publique pour faire pression et éclairer les parlementaires. »

Grâce à la formation de graines de lobbyistes et la mobilisation de 16 organisations partenaires*, Greenvox compte aujourd’hui dans ses troupes 350 activistes et 130 mobilisateur.rices qui agissent au quotidien pour pousser les amendements proposés par les associations. « Pour recruter le plus de monde possible, la Coalition jeunes a actionné son  réseau d’associations ancrées dans les territoires partout en France, explique Valérie. Nous avons ensuite formé des mobilisateur.rices, qui ont pour objectif d’animer les boucles des activistes, de les motiver et de leur proposer des missions quotidiennes. » Greenlobby s’est ainsi appuyé sur les outils makesense et a créé un kit permettant à toute personne de former un groupe local, de trouver des activistes, de s’organiser et de mener des actions concrètes parmi lesquelles organiser des rendez-vous avec son.sa députée, interpeller de la presse, créer et relayer des campagnes sur les réseaux sociaux… 

« Le projet de loi climat avait pour ambition de répondre à l’urgence écologique, économique et sociale, il a été vidé de son contenu, ne décolère pas Valérie. On ne peut plus laisser les député.es et sénateur.rices seul.es en tête à tête avec les lobbyistes pollueurs ! Les citoyen.nes ont bien plus de poids qu’ils.elles ne le croient. Aujourd’hui, on a besoin de toutes les voix pour inverser le rapport de force et ce, au moins jusqu’à l’été ! » Si l’on invitait le philosophe Yann le Bossé à rejoindre notre atelier d’écriture, il dirait sans doute quelque chose comme : « Il s’agit de pouvoir agir là où le contexte et la situation semblent donner l’impression qu’il n’y avait plus rien de possible. » Allez, à vos plumes, prêt.es, signez ! 

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