L’idée vient tout juste de traverser la Manche. Change Please prend ses quartiers à Paname pour former au métier de barista des personnes sdf ou fragilisées. Un café et l’insertion s’il vous plaît ! 

Ils sont 4 ce matin dans cette salle d’Aulnay-sous-Bois prêts à apprendre à devenir maîtres dans la préparation du café, à réaliser des cœurs avec la mousse du lait, à connaître la différence entre une noisette, un americano, un macchiato. Georgiana, Fabrice, Myriam… sont déterminés à réaliser le meilleur et le plus beau café. Des moca, des longs, des courts.

Benjamin Salem, responsable des baristas et du programme d’insertion chez Change Please, est leur formateur pour la matinée. C’est lui qui leur enseignera les techniques pour devenir barista et qui les accompagnera sur le chemin de leur insertion socio-professionnelle.   “Le café est vecteur de lien social, rappelle-t-il entre deux tasses. Les gens se retrouvent autour d’un café. Il y a une valeur sentimentale mais aussi symbolique, car même les gens à la rue se réunissent autour d’un café.“ 

Actuellement, le modèle économique est basé sur la vente des grains et des prestations de baristas, 100% des bénéfices reviennent à l’insertion.

Coffee calling

La rue londonienne, voilà où est né le projet. En 2015, Cemal Ezel, entrepreneur anglais souhaite développer un projet social. Chaque jour, il croise des personnes sdf avec une tasse de café vide pour récolter quelques pounds et une pancarte “Change Please”, qui signifie “une petite pièce s’il vous plaît”. Sachant qu’au pays du tea-time, la plupart des gens boivent du café, il se dit qu’il reconnecterait bien ces deux mondes. Du café contre la précarité, Change please était né. 

Après plus de 500 personnes aidées, la structure fait ses premiers pas en France.  On mêle des temps de formation barista avec de l’immersion en entreprise pendant plusieurs mois en binôme avec un barista professionnel, avec un accompagnement pour lever les freins à l’emploi, et permettre de trouver un CDI par la suite, détaille Laurence Mainaud, directrice chez Change Please France. Pour financer son programme d’insertion, la structure vend du café et des prestations de service barista en entreprise.

À l’image de la team anglaise, Change Please compte bien se diversifier, en lançant le e-commerce. Et qui sait, peut-être un jour, pour notre plus grand bonheur, un café CP près de chez vous.

Barista, la crème de l’insertion

Être un spécialiste du café aujourd’hui, ça cumule plusieurs avantages. “Le marché des coffee shop est en pleine croissance en Europe et notamment en France, et il y a une pénurie dans la restauration et notamment chez les baristas et c’est un métier relativement accessible et qui s’apprend facilement,” explique l’équipe de Change Please. D’ailleurs, en quelques heures, les progrès sont déjà notables. “Au bout de trois jours, les participants sont à 80% prêts barista, constate Benjamin. Ça leur donne une plus value incroyable sur le marché du travail. ” L’autre point positif du métier de barista, c’est qu’il a la côte et que l’on ne dénigre pas. “ Barista ce n’est pas appuyer sur un bouton de la machine à café, mais apprendre à faire monter le lait et à connaître le café. C’est tout un art”, affirme Laurence. 

J’ai redécouvert mon métier, j’ai été serveuse quatre ans”, se confie Georgiana, 36 ans. Originaire de Roumanie, elle est arrivée en France par rapatriement familial et a fini par s’y installer et faire sa vie. Elle parle 4 langues, a eu quarante métiers et est même diplômée en coiffure, pensant prospérer dans cette voie. Mais les éléments en ont décidé autrement et les problèmes de logement lui ont fait imaginer le pire : se retrouver à la rue. “Je me suis dit là, c’est l’urgence. Il faut que je trouve un travail stable pour être prioritaire sur la liste DALO”. La recherche du graal, le CDI, se révèle difficile. Emmaüs lui parle de Change Please. En signant son contrat, avant même d’être formée, les démarches se fluidifient et elle accède à un logement social. Cerise sur le gâteau, tout comme tant d’autres qui ont trouvé leur vocation dans la voie du café grâce à Change Please, Georgiana s’épanouit pleinement en tant que barista. “J’espère pour les autres que Change Please leur portera bonheur ”, sourit-elle. 

Fabrice, 42 ans, espère bien marcher sur la même ligne de chance. Musicien et producteur, il a perdu son studio. Suite à un enchaînement de galères, il s’est retrouvé à la rue. Aujourd’hui, il loge à l’armée du Salut qui lui a parlé de Change Please. Il a accroché. “Barista, c’est un statut pro. Un jour, je suis allé dans un café, le serveur savait que j’étais barista il s’est excusé de me servir un café dégueulasse”, raconte-t-il.  C’est un boulot de passionné, on rentre dans l’essence même du café. On peut dire que c’est une approche artistique.

Dans la salle, la première session est presque terminée et déjà la confiance en soi et en l’avenir semble avoir progressé.  Tous et toutes partagent la satisfaction du travail accompli dans une ambiance familiale. Myriam 32 ans, vit dans un centre d’hébergement, elle a reçu l’offre via son assistante sociale. “J’aime beaucoup le service parce que je ne sers pas n’importe quel café, mais un produit de qualité. Je l’appelle café 4 étoiles. C’est une fierté d’apprendre un nouveau métier et de contribuer à la société.”

Je fais tout ça pour récupérer mon fils, je veux le soutenir, je veux être là pour lui”, fait savoir Fabrice. Georgiana, elle, confie avoir retrouvé sa joie de vivre. “Je ne les connais pas depuis belle lurette mais j’ai vu des évolutions globalement positives, certifie Benjamin. J’ai vu des sourires rayonnant sur des personnes qui étaient peut-être un peu crispées au début. “ C’est une aventure qui change, please.

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