Lorsqu’elle arrive à Paris en 2008, Solange Tshiyembi est sans papier, sans abri et sans le sou. Pourtant, elle décide de devenir bénévole en préparant les recettes de ses racines congolaises à ses compagnons de galère.

10 ans plus tard, elle crée l’association Cœur Ouvert Food Solidaire pour valoriser cette cuisine et aider les plus démunis. Rencontre avec une entrepreneuse de la promotion COMBO qui nourrit les autres autant qu’elle se nourrit d’eux.


Quelles actions mènes-tu avec Cœur Ouvert Food Solidaire ?

Notre action tourne principalement autour de la nourriture : on fait des maraudes, on prépare des colis alimentaires et on distribue des repas aux personnes sans-abri ou en situation de précarité. Mais on leur donne aussi une orientation administrative. En parallèle, on vend des prestations auprès d’entreprises et d’associations. À chaque fois, l’objectif est le même : valoriser la cuisine congolaise tout en aidant les plus fragilisés. Parce que bien manger c’est un droit.

Raconte nous ton parcours

Je suis originaire de République Démocratique du Congo. Après avoir enchaîné une formation de couture puis d’esthétique, je me suis rendue compte que mon pêché mignon c’était la cuisine et les grandes tablées. Alors j’ai suivi une formation pour devenir cheffe. Quand je suis arrivée en France, j’étais seule, sans papiers et à la rue, mais j’avais envie d’agir. Je me suis donc tournée vers le Secours Populaire où j’étais bénéficiaire puis bénévole. Là-bas, j’ai rencontré des gens exceptionnels : ils m’ont fait confiance, m’ont montré que j’étais capable. Cela a donné un sens à ma vie.

D’où vient ton amour pour la cuisine ?

Je suis issue d’une famille très nombreuse – nous étions 16 enfants – et soudée. Il y avait toujours du monde à la maison : on recevait les amis, les voisins… Et on se retrouvait à table tous ensemble. Alors forcément, ma mère était toujours aux fourneaux et je prenais beaucoup de plaisir à l’assister. C’est là que j’ai reçu cet amour, ce goût du partage. Adolescente, quand ma mère me donnait un peu d’argent, j’allais acheter des légumes au marché et les distribuais au Pasteur. Pour moi, la cuisine est faite pour se retrouver.

Quel a été le déclic pour la création de Cœur Ouvert Food ?

Quand je suis arrivée en tant que bénévole pour le SAMU Social de Paris dans un restaurant solidaire du 13ème arrondissement, j’ai remarqué que les gens n’aimaient pas la nourriture qu’on leur donnait, qu’ils la gâchaient. Les poubelles débordaient ! Quand je leur ai demandé pourquoi, ils m’ont dit que la nourriture était fade. De mon côté j’étais convaincue que les mêmes produits, cuisinés autrement, pouvaient leur plaire. Un jour, j’ai cuisiné 10 barquettes d’une recette de chez moi avec des invendus du marché. Ça a été un franc succès ! Alors je me suis dit pourquoi ne pas faire cela à plein temps ? Récemment, j’ai préparé 450 barquettes en quelques heures pour un petit-déjeuner solidaire avec l’Armée du Salut.

En tant que gérante d’association, quelle est l’étape la plus difficile à laquelle tu aies été confrontée ?

Le manque de locaux est un frein important pour mon activité. J’habite dans un foyer de femmes et il y a des règles communes. La cuisine étant partagée, je n’ai pas le droit d’y préparer mes 50 repas. Je me suis donc mise à la recherche d’un local où je puisse cuisiner plus facilement. Mais je n’en avais pas les moyens… J’ai failli abandonner. En ce moment, je cuisine chez ma fille.

Qu’est-ce que le programme COMBO t’a apporté ?

En intégrant le programme j’arrivais avec mon idée, mais aussi avec mes doutes. Les responsables m’ont prouvé que mon projet avait un réel potentiel. On m’a appris à mieux gérer ma trésorerie, on m’a connectée à un réseau considérable. Et surtout, j’ai pris conscience que mon idée pouvait générer des bénéfices. Maintenant, j’ose aller démarcher les entreprises ! Si j’en suis là aujourd’hui c’est grâce à eux.

Comment vous êtes-vous adaptés au contexte du confinement ?

Confiné ou pas, il faut rester solidaires. Notre action auprès des personnes en situation de précarité devait continuer. C’était difficile parce qu’au début je n’avais pas d’attestation ni de masques pour mes cinq bénévoles. Mais on s’est organisés et on a réussi à distribuer plus de 100 barquettes !

Qu’est-ce qui te rend fière avec ton projet ?

Je cuisine avec les sans-abri mais je mange aussi avec eux : on partage un moment ensemble. Ce qui me rend le plus fière, c’est de voir leurs sourires, la joie de vivre dans leurs yeux. Ils sont curieux de découvrir une cuisine d’une autre culture. Si tout le monde ne peut pas donner d’argent aux sans-abri, on peut tous leur donner un peu de chaleur, leur dire qu’on est là. Ma cuisine, c’est ma façon de leur donner le sourire. Et la solidarité, c’est ma nourriture.

Si vous souhaitez aider Solange et son association à distribuer ses repas aux plus démunis, une cagnotte a été ouverte.