“Le propre du bourgeois, c’est de ne jamais se reconnaître comme tel, » ça c’est François Bégaudeau qui le dit. Et si c’était vrai ? Voilà quelques pistes pour prendre conscience de nos privilèges et commencer à les déconstruire.

Bourgeois… le terme semble sorti d’un roman de Zola, et l’image d’un homme assis confortablement dans un grand fauteuil en cuir qui tire le cigare d’un air nonchalant fait peut-être son apparition dans votre esprit. Ce terme utilisé par Marx pour désigner la catégorie sociale qui possède les moyens de production et s’oppose aux prolétaires qui détiennent la force de travail peut sembler aussi périmée qu’un vieux yaourt oublié dans le fond du frigo. 

Passée de mode depuis quelques années, cette lecture politique du monde étiquetée “extrême gauche”, voire carrément islamogauchiste fait son grand retour depuis les dernières élections présidentielles. Des analystes politiques expliquent même que l’abandon de la notion de lutte de classes pourrait être une des causes de la montée de l’extrême droite. En 2011, un rapport du think tank de couleur socialiste Terra Nova aurait encouragé une partie de la gauche à “abandonner” cette lutte, pour s’adresser en priorité aux classes moyennes supérieures. Avec pour résultat, toute une partie des voix des employés et ouvriers historiquement à gauche qui se seraient déportées vers l’extrême droite. 

Aujourd’hui, une catégorisation “bourgeois vs travailleurs” serait sûrement caricaturale. Les classes moyennes, la désindustrialisation et la mondialisation sont passées par là. La “classe possédante” ne fume plus (ou presque) le cigare ce qui n’empêche pas les inégalités de richesse d’augmenter. Pour preuve, le patrimoine se constitue toujours en grande partie grâce à l’héritage, et non par le revenu du travail. En effet, aujourd’hui  60% de la fortune des Français provient de l’héritage, c’était 30% dans les années 1970.

Quoi qu’il en soit, au même titre que les privilèges liés à son genre, son origine raciale ou sa préférence sexuelle, l’appartenance à une classe sociale bourgeoise nous place forcément du côté des dominants. Aussi, un bon examen de conscience, même s’il est inconfortable, permet de  mettre en lumière certains mécanismes de domination et de les questionner. On y va ?

Niveau 1 : Commencer par faire un test à choix multiples

Un test (ultra simplificateur), le bien-nommé : “Êtes-vous un.e bourgeois.e” sur le site Frustration permet en une dizaine de questions autour de ses origines sociales et son mode de vie de se placer sur le grand échiquier des classes sociales (on pourra aller voir sur le même site un article sur le “bourgeois gaze” au cinéma, pas piqué des hannetons). Dans le même genre, on pourra s’essayer au test du Youtubeur Usul plutôt très à gauche sur l’échiquier politique distribuant des points en fonction de sa pratique du golf ou de sa possession (ou pas) d’une résidence secondaire.

Niveau 2 : Démêler le cool du pas cool avec François Bégaudeau 

Et si la bourgeoise n’était justement pas l’apanage des grands propriétaires avec villa et piscine intégrées, mais également celle, plus subtile, du soft power de l’injonction à l’adoption de codes cools (parfois en les récupérant auprès des classes populaires). Le romancier et réalisateur François Bégaudeau théorise le bourgeois “cool” dans son livre “Histoire de ta bêtise” publié en 2019. Qui est-il, quel est son réseau ? Qui se revendiquerait progressiste, adopterait des codes alternatifs mais continuerait à défendre ses intérêts quand ils sont mis en danger ? 

Plus d’explications dans cette vidéo.

Niveau 3 : Jouer au jeu de société Kapital 

Ce jeu a été inventé par les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot, qui ont consacré une bonne partie de leur vie à étudier les classes dominantes. Le principe ? Une sorte de Bonne Paye à l’envers qui permet de découvrir de manière plus ludique qu’un cours de sociologie quels sont les différents  types de capital, et comment ils permettent d’avancer sur dans le grand jeu de la réussite. Car si le capital économique est déterminant, le capital culturel, le capital symbolique, et le capital social sont tout aussi importants pour acquérir une place de choix dans la société. Une éducation où l’on est encouragé à lire, à faire des études, visiter des musées, évoluer dans un certain milieu social, autant de comportements que certains prennent pour des acquis, mais qu’il peut être intéressant de revisiter avec un nouveau regard, plus critique. 

Niveau 4 : Participer au programme Magma 

Vous êtes peut-être déjà sensible à certaines causes comme l’écologie, le féminisme, les injustices sociales mais à quel point comprenez-vous qu’elles sont toutes reliées ? Le programme Magma (créé par des anciennes bénévoles de makesense) propose d’aller creuser nos schémas de domination individuels et collectifs, notamment ceux liés à notre classe sociale, ce qui intégre une dose d’inconfort (on est tous et toutes le ou la privilégié de quelqu’un), mais aussi une bonne rasade d’écoute et de bienveillance. La recette ? Des petits groupes, des mails thématiques et des appels animés par des facilitatrices pour avancer dans son cheminement. Vous pourrez ensuite rejoindre une communauté en ligne pour continuer la conversation. Une promo aura lieu en présentiel à Paris début juillet.

Niveau 5 : Lire Le Capital de Thomas Piketty (ou Pierre Bourdieu)

Bon, c’est un gros pavé, mais il permet de mettre les points sur le “I” de privilèges. Il met un bon coup de pied dans la fallacieuse idée de méritocratie selon laquelle le patrimoine et non le revenu du travail permet d’accéder au patrimoine, notamment par le biais de l’héritage. 1% des fortunes françaises possèdent 25% du patrimoine du pays, alors que ce n’était que 15% en 1985. Pour le dire autrement, les inégalités de richesse augmentent, et la lecture de ce livre qui retrace l’histoire du Capital permet de comprendre les mécaniques qui les engendrent. Sinon, plus court mais aussi intense, le livre “La Distinction” de Pierre Bourdieu qui date de 1979 permet de déconstruire son rapport à la culture comme instrument de la classe dominante, reste plus que jamais d’actualité.

Et pour finir, un petit bonus : on peut toujours re-regarder ce magnifique clip des Inconnus pour rire (jaune ?) un bon coup.

À lire aussi