En 2019, Perrier lançait le Next Packaging Movement, afin de réinventer le futur de l’emballage. L’objectif est ambitieux : aller au-delà des packagings 100% recyclés et recyclables, en développant des solutions concrètes qui transformeraient la manière dont on réfléchit l’emballage ; de la source jusqu’à la fin de vie du produit.

Pour y parvenir, une approche : l’open innovation responsable avec l’objectif de changer les pratiques d’innovation en faveur d’une innovation collaborative orientée impact. En effet, l’un des principaux enjeux aujourd’hui pour innover réellement est d’aligner business et enjeux de transition écologique.

C’est dans cette démarche qu’a voulu s’inscrire Nestlé Waters en faisant appel à SoScience qui a mis en œuvre sa méthodologie The Future Of et intégré makesense au cours du programme.

Changer les pratiques : bien s’entourer pour lancer son programme d’open innovation

Un des enjeux principaux des programmes d’open innovation est d’aboutir à des projets concrets qui, en plus de répondre aux priorités stratégiques du groupe, vont adresser des besoins métiers, ou à minima trouver un sponsor métier prêt à tester avec l’entrepreneur. Si les équipes métiers ne sont pas engagées dans le programme, les expérimentations risquent de ne jamais voir le jour. 

L’autre enjeu majeur est d’intégrer l’expertise liée à l’innovation responsable et des critères d’impact aux pratiques d’innovation, notamment en ouvrir à des collaborations multi-acteurs.

Pour résoudre cette équation, SoScience développe depuis 2016  le programme The Future Of (méthodologie d’innovation responsable reconnue par l’ONU) conçu pour concilier ces exigences. Pour piloter le programme dans de bonnes conditions, SoScience procède en plusieurs étapes essentielles à la collaboration et a fait appel à makesense, incubateur leader en entrepreneuriat social, sur la partie accompagnement des projets de collaboration. 

Le programme se déroule en 3 grandes phases :

Phase 1 : le cadrage et la préparation du programme d’innovation

A. La conception du programme

Grâce à son expertise en Recherche et Innovation Responsable (RRI), SoScience a tout d’abord accompagné et coaché les équipes Perrier pour préparer le lancement d’un programme d’open innovation inédit pour un industriel. Concrètement, plusieurs sessions de travail et d’acculturation ont été organisées avec différentes fonctions clés chez Perrier (R&D, marketing…) pour 

  • Faire comprendre la notion d’impact et définir les impacts souhaités par le programme
  • Co-concevoir le déroulé du programme à partir de la méthodologie de So Science 

Qu’est-ce que la Recherche et
Innovation Responsable (RRI) ?

La Recherche et Innovation Responsable (RRI) est un concept qui permet de repenser et d’implémenter de nouvelles pratiques de recherche et d’innovation. Repenser les finalités de l’innovation et réorienter le processus de recherche et d’innovation au service de la résolution d’enjeux sociaux et environnementaux, repenser et transformer nos façons d’innover, en intégrant toutes formes d’expertise, en incluant notamment la société civile.

L’accompagnement de SoScience a donc tout d’abord permis d’acculturer les équipes Perrier aux bénéfices d’une approche multi-acteurs et d’une démarche orientée innovation responsable à impact. Cela a aussi permis d’embarquer les métiers clés et de définir avec Perrier le comité qui va suivre le programme du début à la fin avec notamment des représentants Marketing, R&D, Innovation, RSE, Achats, Affaires publiques, Affaires scientifiques et Juridiques. 

B. La définition de la problématique prioritaire 

Pour s’assurer de recevoir des candidatures pertinentes, les métiers clés (R&D, marketing…) et la direction de Perrier ont été accompagnés pour définir les typologies de projets souhaités. Afin de cadrer au mieux ce travail, les équipes So Science ont fait un travail de recherche scientifique et prospectif sur les enjeux de l’emballage et du plastique. Cela a permis d’aligner les parties prenantes clés derrière 3 grandes catégories de projets : 

  • Les nouveaux matériaux : inventer une alternative au plastique (bio-sourcé, durable…)
  • Les nouveaux usages : changer l’usage même de l’emballage (consigne, vrac…) 
  • Les nouvelles filières de recyclage : réinventer la fin de vie du plastique (revalorisation…) 

C. L’appel à projet et la pré-sélection

L’appel à projet a été lancé fin 2019 dans le monde entier, relayé par SoScience dans leurs réseaux internationaux. Résultat, plus de 150 projets candidats, portés par des chercheurs, des entrepreneurs et des associations. 

En plus de passer à travers le filtre des 3 grandes catégories précédemment identifiées, le comité de sélection s’est penché sur plusieurs critères pour garantir un fort potentiel de collaboration et d’impact, ainsi que le niveau d’avancement (phase d’expérimentation) et sur la solidité des équipes. Au total, 17 entrepreneurs et 7 chercheurs ont été retenus pour collaborer sur les enjeux identifiés, parmi les 41 acteurs experts réunis par SoScience.

Phase 2 – La rencontre avec les projets et la définition des collaborations 

D. La journée de rencontre

La phase de pré-sélection bouclée, le programme d’innovation ouverte pouvait  commencer.  Une journée d’idéation basée sur la méthodologie et les outils The Future Of de So Science est organisée, afin d’aboutir à des projets issus d’une vraie démarche de co-conception entre les différents acteurs, incluant d’autres entreprises de l’agroalimentaire faisant face aux mêmes enjeux – telles que Lesieur et Sodiaal par exemple – et les équipes métiers de Perrier.

Les équipes de makesense et SoScience ont eu pour mission de faciliter cette journée à travers plusieurs tables rondes thématiques, destinées à faire se rencontrer les différents participants et ainsi d’identifier des synergies. Grâce à des méthodes basées sur l’intelligence collective et le design thinking, nous avons pu :

  • Aligner les participants sur les problématiques et le vocabulaire : cela permet d’avoir une base commune de discussion 
  • Analyser les enjeux prioritaires de chaque thématique 
  • Identifier les causes racines prioritaires à adresser 
  • Définir des projets concrets rassemblant 2 à 5 participants (entrepreneurs, Perrier, chercheurs, associations…) 

La journée fut clôturée par un temps dédié à la formalisation des collaborations. Les participants souhaitant s’engager dans une collaboration ont ainsi pu remplir une fiche avec des éléments clés prédéfinis (cible, impact, budget, équipe…) et ainsi proposer officiellement leur projet.

E. La sélection des projets lauréats  

Durant 1 mois, des échanges sont menés avec chaque équipe projet pour évaluer de manière objective, la motivation des différents membres, la capacité à dédier du temps, les besoins du consortium, la réalité de l’impact attendu, le niveau d’avancement réel du chercheur ou de l’entrepreneur, le budget et la complémentarité de l’équipe en termes de compétences. 

Chaque collaboration est évaluée grâce à une grille de critères objectifs et pré-définis basée sur l’expertise en RRI de SoScience. Le comité de sélection a à nouveau été sollicité pour examiner les dossiers et choisir les 3 projets retenus pour un suivi de 6 mois. Cette étape permet  de garantir des regards croisés et d’engager les futurs sponsors dans la sélection de projets qu’ils vont suivre dans leur entité respective. 

Les 3 lauréats ont été annoncés lors du  ChangeNow Summit en janvier 2020 avant le lancement des projets : 

  • Biotic : un plastique biosourcé, biodégradable et produit à partir de déchets agricoles, basé en Afrique et créant des emplois correctement rémunérés
  • Flexikeg : des fûts 100% recyclables et recyclés permettant de fournir de l’eau (gazeuse ou non) en réduisant drastiquement les déchets plastiques 
  • PlastiSkul : un système de micro-usines de transformation des déchets allant de la collecte à la transformation de ces déchets et reposant sur les low tech pour revaloriser le plastique 

Phase 3 – L’accompagnement des projets de collaboration 

F. Acculturation et préparation à la collaboration

Le lancement des collaborations commence alors pour les consortiums : passer d’un projet pensé sur le papier à des expérimentations concrètes sur le terrain ! 

C’est là que l’expérience de makesense est venue renforcer les équipes SoScience et le suivi des collaborations.

Pour maximiser les chances de réussites et lancer les collaborations dans de bonnes conditions, makesense et SoScience ont tout d’abord animé une session d’acculturation pour les équipes en contact avec les entrepreneurs et les chercheurs de Perrier : 

  • Quelles sont les spécificités et étapes de développement d’un projet entrepreneurial ou de R&D ? 
  • Quels sont les freins et risques d’échec ? (différences culturelles, de méthodes, de timing…) 
  • Quels sont les facteurs clés de succès et comment les mettre en place chez Perrier (simplification de process achats, compliance, juridique…) ? 

Cette session permet  d’accélérer la phase de collaboration  en levant les obstacles classiques aux collaborations entre startups et grands groupes.

L’expertise de SoScience sur la collaboration multi-acteurs, sa connaissance des publics participants et son expertise RRI, ajoutée à celle de makesense en structuration de collaboration et animation de communautés ont été essentielles à l’alignement des participants. 

Un plan d’action a ensuite été co-construit avec chaque porteur de projet (l’entrepreneur.e ou le/la chercheur) et les parties prenantes clés chez Perrier (juridique, R&D…). Cela a permis de définir une vision commune et réaliste de la collaboration, les indicateurs de succès et une feuille de route opérationnelle claire avec des responsabilités, des rituels (points de suivi, go / no Go) et des délais. 

G. Démarrage des collaborations 

L’accompagnement a alors pu démarrer autour de 3 éléments clés opérés par les équipes SoScience et makesense : le suivi du plan d’action, le mentorat et les go/no go

Deux fois par mois, un coach dédié (makesense ou SoScience) assurait le suivi du projet, en présence de l’entrepreneur et du sponsor pour s’assurer de l’avancement de la feuille de route, lever les points de blocage et identifier des besoins de mentorat (ponctuel ou régulier). Des étapes de go/no go furent mises en place pour valider le passage des différentes phases du projet (R&D, tests, POC, déploiement…). 

Pour avancer plus vite, les porteurs de projet avaient à disposition un réseau de mentors et experts de makesense afin de les aider dans leur structuration (financière, logistique…) ou pour répondre à des enjeux de la collaboration (PI, brevets…).

Exemple de planning d’accompagnement

Ce programme d’open innovation a été une véritable accélération pour les directions métiers de Perrier comme pour les  autres acteurs mobilisés, notamment les startups. 

Voilà pourquoi nous laisserons le mot de la fin à un des entrepreneurs du programme : “C’est une chance énorme d’avoir été accompagné, cela nous a permis de nous professionnaliser pour répondre aux exigences d’un grand groupe, que ce soit en termes d’amélioration des produits, des process et même d’argumentaire client…)“. 

Que deviennent les collaborations ? 

Les 3 projets, qui devaient initialement être suivis sur 6 mois, ont été reconduits et accompagnés sur 6 mois additionnels.

Biotic et l’équipe scientifique Nestlé ont développé des premiers échantillons de plastique biosourcé (issu de déchets agricoles) et biodégradable. Prochaine étape : le soufflage et les tests matières (résistance, hygiène…) ! 

Flexikeg et l’équipe innovation de Perrier ont adapté des fûts de bière en matières recyclés et réutilisables à la distribution de l’eau en vrac. Prochaine étape : valider les tests client en conditions réelles. 

PlastiSkul et l’équipe Perrier ont créé un mobilier urbain à partir de déchets plastiques. Prochaine étape : le lancement de la micro usine PlastiSkul en Afrique, pour récolter, recycler et transformer le plastique en objets utiles au local (ex : mobilier urbain).

Si vous êtes intéressé :
– pour en savoir plus sur SoScience contactez Julie
– pour en savoir plus sur makesense, contactez directement Lola.

Ce qu’il faut retenir pour réussir son programme d’open-innovation

Impact : il est nécessaire d’intégrer des critères d’innovation responsable au processus d’innovation 

Acculturation : cibler toutes les parties prenantes de l’entreprise qui peuvent être amenés à travailler sur des processus d’innovation ouverte (interne/externe) et les faire contribuer à la définition des processus adaptés 

Appel à projet : ne pas faire un appel à projet trop large et “fourre tout”. Il vaut mieux définir des cas d’usage clairs et c’est un bon moyen d’embarquer les métiers dès le départ à travers la conception de ces éléments. 

 Idéation : Prévoir des temps forts afin de tisser des liens entre les différentes parties prenantes et d’engager une dynamique collective autour de l’ambition 

Jury final : s’aligner sur une grille de critères de sélection, réaliser un diagnostic poussé pour évaluer les projets, avoir une diversité de profils dans le jury pour éviter les angles morts 

Suivi : aligner les différents membres de la collaboration sur une ambition partagée qui répond aux enjeux de chacun, définir des indicateurs et des points de Go / No Go pour évaluer le passage à l’étape suivante (exploration, POC, déploiement…), impliquer un représentant du métier tout au long de l’expérimentation

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