Airbnb, HomeExchange, BlablaCar… Pour la plupart des Français·es, réserver ses vacances est un jeu d’enfant. Pour les personnes en situation de handicap, c’est plutôt le parcours du combattant. Heureusement, grâce à la plateforme d’échanges, elles peuvent maintenant échanger leur lieu de vie avec d’autres résident·es en toute autonomie. Rencontre avec Isabelle Leroux, coordinatrice du projet et salariée du Groupement APAJH 22-29-35.

APAJ’écHange, c’est un HomeExchange dans une version plus inclusive ?

Exactement – à l’exception près que notre site, lui, sera accessible entre autres en FALC (Facile À Lire et à Comprendre) ! Il s’agit d’une plateforme d’échange de lieux de vie conçue par et pour les personnes en situation de handicap. Une fois leur profil renseigné, les résidents découvrent les établissements partenaires, les activités proposées sur place et surtout les personnes souhaitant participer à l’échange. Ensuite, ils n’ont plus qu’à faire leurs valises !

Comment cette idée est-elle née ?

Toutes les personnes en situation de handicap ne partent pas en vacances, soit faute de moyens, soit parce qu’elles ne maîtrisent pas les outils informatiques. Aujourd’hui, elles peuvent déjà échanger leur logement à l’échelle locale mais ne choisissent pas forcément la destination ni leurs hôtes. Nous, on leur ouvre les portes de l’aventure en leur permettant de s’évader partout en France, à moindre coût. Pour elles, c’est l’opportunité de changer d’air, de découvrir d’autres régions et de faire de nouvelles rencontres. Le tout dans un cadre rassurant, avec l’appui de professionnel·les en cas de besoin.

Lauréats du Prix Cognacq Jay, vous bénéficiez d’un accompagnement depuis 6 mois. Sur quels enjeux spécifiques vous a t-il permis de progresser ?

Sur énormément de points. D’abord, le coaching de Joanne de makesense nous a poussé à nous fixer des objectifs clairs et chiffrés pour avancer. Ensuite, en tant que travailleurs sociaux, on se focalise avant tout sur le contact avec nos bénéficiaires et la communication se retrouve souvent reléguée au second plan… L’accompagnement nous a justement aidés à créer des plaquettes de présentation. On va également bénéficier d’une aide juridique sur le traitement des données personnelles pour l’élaboration du cahier des charges de la plateforme. Mais surtout, en nous connectant à un large réseau d’acteurs et d’actrices de l’ESS, le Prix nous a permis de nous décloisonner et d’innover davantage.

Quelles sont les prochaines étapes pour votre projet ?

Actuellement, trois foyers de vie expérimentent ces échanges en Bretagne. Si ces premiers tests s’avèrent concluants, on aimerait beaucoup étendre notre dispositif à d’autres structures médico-sociales (habitats inclusifs, petits établissements…) mais aussi à d’autres régions… Pourquoi pas même à l’échelle européenne ! Il faudra notamment se pencher sur l’accessibilité aux transports, mais rien n’est impossible.

Qu’est-ce qui te rend fière avec ce projet ?

Ce qui me plaît le plus dans mon métier, c’est de travailler en mode projet avec une équipe diversifiée, notamment en mobilisant le mécénat de compétences (Adrien de Zenika) mais aussi les résidents des foyers de vie. Surtout, j’aide des personnes qui ne se seraient peut-être jamais croisées à se rencontrer : je suis fière d’être une faiseuse de liens ! J’aime l’idée que ce projet apporte quelque chose de nouveau et d’enthousiasmant dans le quotidien des résidents.