Tout ça ne sert à rien, à quoi bon, et puis d’abord les Chinois… Quand vos potes tentent de réduire en poussière d’étoile votre engagement comme vos derniers espoirs, dégainez vos plus beaux arguments.

Ne nous dites pas que vous n’avez pas dans vos potes un individu qui adore balancer un lapidaire “de toute façon, ça sert à rien de bouger le petit doigt, c’est foutu” quand vous lui annoncez que vous quittez votre job pour sauver des bébés lamas. On ne va pas se mentir, non seulement ça énerve mais en plus ça met un petit coup de massue. Plusieurs hypothèses à cette réaction : soit cette personne en question, ne bouge pas, ne serait-ce que le bout de ses phalange parce qu’elle a la flemme et en plus est carrément désinformée (son cynisme servant de paratonnerre à toutes les remarques pouvant mettre en cause son mode de vie consommant l’équivalent du CO2 de la population du Ghana). Soit elle a lu tous les bouquins de collapsologie sur le marché et elle est tétanisée face à l’ampleur du désastre à venir et adopte la politique de l’autruche. Deux salles, deux ambiances, mais des arguments qui peuvent faire mouche pour les deux clans. C’est parti pour une liste des meilleures réparties et arguments à dégainer en conscience.

1. La mettre face au regard de sa future progéniture fictive

Lâcher la question entre deux picons à l’apéro : “Est-ce que tu seras capable de regarder en face tes enfants quand tu leur diras que tu as fait partie de celles et ceux qui ont préféré travailler leur meilleure imitation de l’autruche plutôt que se retrousser les manches ?” Remplacer *enfants* par une catégorie de population humaine ou animale qui touche votre interlocuteur.

Dans la même veine : la confronter à sa place dans l’Histoire avec un grand H :  “Est-ce que tu as vraiment envie de faire partie de celles et ceux qu’on décrira dans les livres d’histoire (si l’humanité survit ainsi que l’industrie du livre) ayant laissé la situation pourrir ?”

Le bénéfice : la honte et l’empathie sont de puissants moteurs d’action

Le risque : une répartie qui doit être dosée avec parcimonie car elle peut se retourner contre vous, surtout si vous n’êtes pas irréprochable (qui l’est ?). Elle peut aussi briser des liens d’amitié et créer une ambiance malaisante à l’apéro. 

Le discours Greta Thunberg, face à l’ONU le 23 Septembre 2019

2. La  confronter à son moutonisme 

“Si tout le monde pensait comme toi qu’il n’y avait rien à faire, on serait encore dans un monde esclavagiste, sans droit de vote des femmes etc.” Eh oui, car dans “toutestfoutisme”, il y a une contradiction fondamentale qu’il peut être utile de souligner : ne rien changer, quelle que soit la raison, c’est d’une certaine manière quand même changer les choses. En pire. 

Le bénéfice : personne n’aime être comparé à un mouton 

Le risque : votre interlocuteur peut contrer avec sa botte secrète : à quoi ça sert d’avoir le droit de vote si le monde brûle ? Ce à quoi vous pouvez rétorquer qu’il serait le temps d’aller consulter un thérapeute car ce niveau de nihilisme où l’on préfère une dictature au fait de faire des choses, ça doit pas être facile.

3. Lui montrer le (fond du) verre plein 

Quand les gens se mobilisent en masse, de grands changements sont possibles (la preuve par cinq ici). Vous pouvez lui citer les victoires plus récentes : le retrait de la France du Traité sur la charte de l’énergie, la résilience du panda, l’élection de Lula au Brésil, l’impossibilité de détruire les invendus alimentaires, le retour des trains de nuit… Bon OK, c’est pas mirobolant, mais ça montre que brique par brique, à force de volonté, ça peut aller dans le bon sens ! 

Le bénéfice : la force des exemples qui parlent d’eux-mêmes 

Le risque : que ton oiseau de mauvais augure te cite toutes les mobilisation qui ne fonctionnent pas (et dieu sait qu’il y en a pléthore)

4. Lui rappeler qu’on n’a pas besoin d’être Greta Thunberg pour faire bouger les choses

Souvent derrière le défaitisme, il y a la croyance qu’on ne fera jamais assez à son échelle “si c’est pour faire pipi sous la douche, alors autant ne rien faire”. Argument qui peut être désamorcé par l’idée que c’est aussi (pas que…) la somme des actions individuelles qui peut faire bouger l’énorme paquebot qu’est notre système capitaliste. Coluche disait : “Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent plus pour que ça ne se vende pas !” Les citoyens et citoyennes ont bien plus de pouvoir qu’on ne le croit. Tu vois l’idée ?

Le bénéfice : dédramatiser, ça rassure et ça donne envie de faire, même petit 

Le risque : que le fourbe réfute en affirmant que MÊME Greta Thunberg n’en fera jamais assez

5. Lui ficher la paix et incarner le “toutestfoutu” en action

Peut-être que ce pote n’a pas envie qu’on lui fasse la morale et n’est pas prêt à prendre certaines responsabilités. Chacun sa vie, chacun son chemin comme disait Mimi Siku. Et qu’en le forçant à s’engager et à modifier ses habitudes, on ne fait que le crisper encore plus. Une des meilleures manières de lui montrer c’est plutôt de lui parler avec enthousiasme des actions qu’on mène pour agir soi-même, dans la joie et l’alignement. À force de vous voir avec cette mine réjouie, il finira par se dire que si l’action rend heureux, autant y aller.

Le risque : que rien ne change

Le bénéfice : qu’à force de vous voir heureux, ça fasse son petit bonhomme de chemin.  

6. Changer de sujet de conversation et économiser ses forces 

Parfois, changer de sujet est bien plus qu’efficace qu’une conversation qui finit en impasse. Le désespoir des autres peut nous vider de notre précieuse énergie. Ménagez-vous, et ne plongez pas la tête première sans passer par la case syndrôme du sauveur.

Le risque : que rien ne change

Le bénéfice : économiser son énergie pour que les choses changent par d’autres biais 

7. Lui faire lire le livre de Corinne Morel Darleux “Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce”

Dans son livre, Corinne Morel-Darleux n’essaie pas de peindre l’état du monde comme plus beau qu’il ne l’est. Son constat est plutôt déprimant. Sa voie de sortie ? “Instaurer la dignité du présent pour endiguer le naufrage généralisé.” Ce qui veut dire continuer à lutter et à être la meilleure personne possible, alignée avec les valeurs de solidarité, et ce même si on déprime. 

Le risque : que ça la conforte dans l’idée que c’est foutu

Le bénéfice : que ça lui fasse regarder le problème sous un autre angle 

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