La vie est-elle plus facile quand on est un homme riche, blanc, hétéro ? Absolument. Elle l’est donc moins quand on est une femme pauvre, noire et gay. Quand on est du côté dominant de la balance, la moindre des choses est de conscientiser ses privilèges et de se demander comment y renoncer. Mode d’emploi.

Sur le grand échiquier social, nous sommes (presque) tous et toutes les privilégié·es et les opprimé·es de quelqu’un·e : riche / pauvre, hétéro / homo, racisé.e / blanc.he, homme / femme, jeune / vieux, etc.. Et ça n’est pas anodin : pas besoin d’avoir lu l’intégralité de Bourdieu pour savoir que notre appartenance à certains groupes détermine beaucoup de choses dans nos vies : notre santé mentale, physique, financière … 

Le plus curieux, c’est que souvent quand on appartient à une norme dominante on ne s’en rend même pas compte, à l’instar du poisson qui nage tranquillement dans l’océan à qui on demande “c’est quoi l’eau ?” et qui est incapable de répondre. Sans doute, en témoigne la roue des privilèges ci-dessous, parce que les hiérarchies sont multiples et plus ou moins visibles. 

Adapté de CCRweb.ca et du Flickr de Sylvia Duckworth

Pour tendre vers une vision d’un monde plus équitable, où chacun·e aurait d’égales chances et où les discriminations ne seraient plus la norme, il semble intéressant de prendre le temps d’identifier là où on est opprimé·es mais aussi là où l’on peut être oppresseur. En se rappelant que c’est une pensée systémique. Même si ça gratte. 

1. Conscientiser ses privilèges

C’est une première étape indispensable avant de pouvoir y renoncer et cela demande un véritable travail d’information puis d’introspection : quels sont mes privilèges ? Où opèrent-ils ? Lesquels de mes comportements peuvent être ressentis comme une oppression ?

Cela ne veut pas dire qu’il faut se flageller quand on est au sommet de la pyramide sociale ni se victimiser quand on subit des oppressions, mais faire l’effort de s’informer de l’impact de ses actions ou de ses paroles. Éclairé·es, on peut ensuite agir avec les autres de manière plus juste. Il existe plein de ressources qu’on vous invite à lire sur le sujet : 

Pour aller plus loin et mettre à jour les mécanismes de domination, le programme Magma conçu par des ancien·nes bénévoles de makesense permet de rentrer en profondeur dans le sujet, grâce à de petits groupes de discussion (en ligne ou hors-ligne selon les promos) et des mails thématiques.

2. Renoncer à ses privilèges est synonyme d’un effort…

Si le titre de cet article vous laisse croire qu’on peut lâcher ses privilèges avec élégance, soyons honnête, le vrai signe qui vous fera sentir que vous êtes en train de renoncer vraiment à un privilège, c’est que ça vous demandera un effort. Ces prises de risques sont à mettre en balance avec les oppressions subies par les groupes sociaux. Mais petit à petit, elles permettent de faire évoluer les mœurs et, par la force de l’exemple, de faire bouger les lignes.

Quelques exemples en vrac ?  Prendre la défense d’une personne racisée à un dîner de famille, c’est prendre le risque de vous mettre à dos une partie de vos proches si ces derniers ne partagent pas les mêmes valeurs. Prendre un ton ferme pour faire comprendre à votre boss que ça n’est pas OK de faire des remarques sexistes en réunion, c’est risquer de vous faire placardiser. Renoncer à de la visibilité médiatique pour laisser des personnes issues de minorités prendre la parole peut ralentir votre carrière. Ne pas accepter un job qui a l’air super excitant dans une boîte dont vous savez que la production est sous-traitée en Chine peut vous envoyer à Pôle emploi, ne pas participer à un phénomène de gentrification peut vous faire perdre de l’argent, prendre un congé paternité de la même durée que le congé maternité peut vous coûter votre place à votre retour.

3. Éviter de se draper dans les lauriers de sa déconstruction

Être un bon allié·e, c’est important si on veut faire bouger les choses. Mais (par exemple) si vous êtes un mec et que vous faites la vaisselle et participez aux tâches ménagères, ça n’est pas non plus la peine de vous le tatouer sur le front. Renoncer (un peu) pour mieux s’en vanter a posteriori, ça ressemble à Coca-Cola qui fait du greenwashing parce qu’il a lancé une canette en aluminium recyclé tout en continuant à être le premier pollueur mondial. Et personne n’a envie de ressembler à ça… 

Cela n’empêche pas de faire de la pédagogie auprès de ses potes, mais attention à la réappropriation parfois égotique de ce genre de démarches. Il est important de se rappeler que la traduction de ses valeurs en actes est sûrement la manière la plus forte et la plus subtile de faire passer des messages. Bref ça implique de vraiment savoir pourquoi on fait les choses et de rester droit·e dans ses bottes. Ah oui et aussi, ne  tombons pas dans le culte de la perfection. Le droit à l’erreur est autorisé tout comme celui de ne pas être parfait·e. Personne n’a dit que c’était facile de changer le monde… 

4. Mettre l’accent sur le collectif 

Évidemment, là où ça peut coincer, c’est quand on se sent (presque) seul·e à l’échelle d’une société à renoncer à ses privilèges. On peut sentir une forme d’injustice : pourquoi celles et ceux en haut de la pyramide continuent à profiter du système ? Pourquoi serais-je le seul pigeon à faire des efforts ? Dans un système néo-libéral où on adore faire porter le chapeau aux individus, l’organisation en collectif est primordiale. Car la question des privilèges est avant tout politique et plus on est à revendiquer l’égalité et plus on arrivera à faire pencher la balance des décisions. En effet, faire passer des lois qui permettent de limiter les abus, de condamner les discriminations et de restreindre les privilèges de certains groupes sociaux semble être une étape indispensable pour rendre le monde plus juste.

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