Vous faites quoi le dimanche 28 mars ? Ressortez vos baskets du placard et venez marcher pour le climat. La planète a besoin de monde pour pousser les politiques à le refroidir. Vous vous demandez à quoi ça sert de mettre un pied devant l’autre ? Voici 10 bonnes raisons de faire vos lacets.

1. Parce que le projet de loi* proposé par le gouvernement ne permettra pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030 pour espérer limiter le réchauffement climatique à 2°C. 

Et sur ce point au moins, tout le monde semble s’accorder : de nombreuses organisations militantes, mais également le Haut Conseil pour le Climat, le Conseil national de la transition écologique et le Conseil économique, social et environnemental ont reconnu que les mesures proposées n’étaient pas suffisamment ambitieuses pour s’aligner avec les objectifs de l’accord de Paris et permettraient d’atteindre tout au plus 50 à 60% de l’objectif. 

« On est à mille lieues des propositions de la convention, qui n’étaient qu’un programme minimum de ce qu’il faudrait faire pour être sur la bonne trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre », commente Delphine Batho, ancienne ministre de l’Environnement. 

2. Parce que le comportement du gouvernement vis-à-vis de la Convention citoyenne pour le climat rappelle étrangement le compte instagram de candidats de téléréalité : avec filtre, et sans respect…

… Et comme devant la téléréalité, il semble légitime de se demander qui est le plus scandaleux entre le gouvernement qui agit ainsi, et nous qui le critiquons, tout en restant affalé.es dans notre canapé. 

3. Parce que l’exercice démocratique a été faussé par l’intervention des lobbys industriels.

« L’histoire de la Convention citoyenne pour le climat est celle d’un cruel paradoxe : censée redonner aux citoyens une place digne de ce nom à la table des délibérations politiques, elle finit par démontrer au contraire la profondeur de l’emprise des lobbys. » Le 8 février, bastamag révèle le rôle joué par les lobbys du transport aérien, de l’agrochimie, de la publicité ou de l’automobile pour saper les propositions de la Convention citoyenne pour le climat

Guerre médiatique, influence via des relais dans les ministères et grands corps de l’État… Tous les coups sont permis pour défendre les intérêts privés et faire disparaître comme par magie les mesures les plus ambitieuses : interdiction de la publicité pour les produits polluants, suspension des vols pour lesquels il existe une alternative en train de moins de 4h, développement d’une option végétarienne dans la restauration collective… Mesures pourtant soutenues par l’opinion publique. Comme on ne se bat pas à armes égales, l’occupation de l’espace public par les citoyen.nes est le dernier rempart pour défendre l’intérêt général.

4. Parce que les député.es vont débattre le projet de loi climat et résilience à l’Assemblée Nationale à partir du 29 mars. 

Pour pallier la médiocrité de ce projet de loi, 5 000 amendements ont été déposés et sont à l’étude en commission spéciale depuis le 8 mars. Mais sur les 2 145 amendements discutés durant la première semaine, 238 seulement ont été adoptés dont les trois quarts en provenance de la majorité.1 300 amendements ont été jugés irrecevables. 

« On découvre la faiblesse de ce texte et on constate l’impossibilité de l’améliorer, le débat est totalement verrouillé » déplore Dominique Potier, députée de Meurthe-et-Moselle.

Il faut donc bien dire à tous nos chers parlementaires qu’ON EST LÀ, qu’on les regarde, qu’on se souviendra de ce moment et qu’on leur demandera des comptes s’ils.elles ne votent pas des mesures à la hauteur de l’urgence climatique. 

5. Parce qu’il y a des mobilisations dans toute la France qui n’attendent que vous.  

Pour trouver une marche près de chez vous, ou la lancer si elle n’existe pas encore, les organisateur.rices ont créé une plateforme dédiée : http://vraieloiclimat.fr. Si vous ne pouvez vraiment pas vous déplacer, des mobilisations en ligne sont également référencées sur le site.

6. Parce qu’on a le droit.  

Ça fait plus d’un an qu’on accepte docilement que nos déplacements soient limités en termes de durée, de plage horaire, de motif… Mais le droit de manifester fait partie de nos libertés fondamentales. Et il est malmené en cette période de pandémie. Il faut donc le défendre et porter son masque ! Comme le meilleur moyen de défendre un droit, c’est encore de l’exercer, la Ligue de Protection des Droits de l’Homme nous a même préparé une attestation spécialement pour l’occasion.

7. Parce que l’inaction climatique nous coûtera très cher. 

Dès 2006, le Rapport Stern a été le premier à évaluer l’impact économique des effets du changement climatique. Conclusion : le coût de l’inaction est supérieur au coût de la prévention (le coût de l’inaction est estimé, selon les scénarios, de 5% à 20% du PIB mondial, contre 1% pour celui de l’action).

En 2015 à la COP21, le PDG d’AXA, plus gros groupe d’assurance mondial, était catégorique : « Un monde plus chaud de 4 degrés sera impossible à assurer ». Notamment car cela « entraînera inévitablement une montée des océans, or 80% de la richesse mondiale est concentrée le long des côtes.»  Les chantres de la relance économique post-covid, aveuglés par des logiques court-termistes, n’ont pas l’air au courant de cette information. On va leur faire entendre ?

8. Parce que comparé à ce qui nous attend avec le réchauffement climatique, le covid c’est de l’eau.

On sait que dans le contexte actuel, ce n’est pas facile de manifester sereinement. Que même si vous n’êtes pas à risque, vous ne voulez pas mettre les autres en danger… C’est tout à votre honneur et on vous laisse décider en votre âme et conscience. Sachez tout de même que moins de 10% des contaminations covid ont lieu en extérieur. Surtout, le réchauffement climatique favorise l’émergence de nouvelles maladies. Personne n’a par exemple envie de se frotter aux bactéries prisonnières du pergélisol depuis des millénaires… 

9. Parce que le contexte international est propice pour relancer des mouvements d’ampleur.

Entre l’élection de Joe Biden aux Etats-Unis, l’adoption du Green New Deal par l’Union Européenne, la tenue de la COP26 en novembre à Glasgow qui sera l’occasion de faire le bilan cinq éditions après la COP21, l’espoir est permis pour une vraie reprise de l’action climatique à l’échelle internationale. Mais pour que l’ambition soit au rendez-vous, la société civile doit continuer de faire pression ! 

10. Parce que même le pape nous recommande de foutre le bordel.

« La paix du Christ » ? Très peu pour la rue ! Cette semaine le pape François rencontrait Cyril Dion, Eva Sadoun et Samuel Grybowzki. Insistant sur le fait que la jeune génération pouvait avoir la créativité et la force de faire bouger les choses, il leur a tenu à peu près ce sermon : « Faites la révolution, faites du désordre. Le monde est sourd, il faut lui ouvrir les oreilles. » Un « lève-toi et marche » version 2021 remasterisée, auquel on répond amen ! 

Alors convaincu.es ? On espère vous avoir aidé.es à vous décider ou à convaincre vos proches de se bouger. En bonus, dites-leur que finalement marcher, ça ne pollue pas et que c’est bon pour la santé. S’ils.elles ne le font pas pour le climat, qu’ils.elles n’hésitent pas à se faire du bien ! 

*Petit rappel des événements pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi : En octobre 2019, 150 citoyen.nes tiré.es au sort ont été invité.es à élaborer des mesures pour lutter contre le changement climatique. Pendant 9 mois, ils.elles ont travaillé sur des propositions pour que la France réduise ses émissions de gaz à effet de serre et ont abouti à 149 propositions concrètes; Macron s’était engagé à en retenir 146 “sans filtre” pour le projet de loi climat et résilience.

Mais le gouvernement s’est empressé de retourner sa veste. Le 10 février 2021, le projet de loi est présenté en conseil des ministres. Plus de 80% des 146 propositions ont été amoindries ou abandonnées. A tel point que le 28 février 2021, les 150 de la CCC se sont séparés en donnant la piètre note de 3,3 sur 10 à la reprise de leurs propositions. Coût total de l’opération ? 5,4 millions d’euros. Ça fait cher payé pour un projet de loi vidé de sa substance et un simulacre d’exercice démocratique, non ?