Les hommes et les femmes ne sont pas des chiffres. Mais pour comprendre le problème du sans-abrisme, il faut parfois un choc. Chez certaines personnes, une rencontre, un regard suffit. Chez d’autres, les chiffres sont plus parlants. Cet article est pour elleux. Mais aussi pour ceux qui, comme l’Abbé Pierre, pensent que “gouverner, c’est d’abord loger son peuple.” Et pour gouverner, militer ou voter, il faut une vue d’ensemble. Définir une politique, un budget. Bref : il faut des chiffres. Alors les voici.

La France compterait 200 000 personnes sans-abri

Les personnes sans-abri dorment dans la rue ; par conséquent, leur nombre exact est difficile à connaître. Ils ne représentent qu’une partie des 300 000 SDF qui, eux, peuvent dormir dans des lieux d’accueil ou des bidonvilles. LÉtat semble avoir failli puisque le nombre de personnes sans-abri en France aurait doublé depuis 2012. Et le pire est peut-être à venir : avec la crise économique et le chômage de masse qui s’annonce, beaucoup de personnes risquent de ne plus pouvoir payer leur logement…

145 000 places d’hébergement d’urgence

Il existe actuellement 145 000 places d’hébergement d’urgence, ouvertes toute l’année. En plus, le gouvernement prévoit jusqu’à 14 000 places mobilisables au cours de l’hiver entre le 1er novembre et le 31 mars. Insuffisant pour loger toutes les personnes sans-abri. Même en période de grand froid, des milliers d’hommes et de femmes ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour passer la nuit.

146 bébés sont nés dans la rue cette année à Paris

Ils n’étaient que 49 en 2017, puis 100 en 2018. “La progression est fulgurante”, constate Gilles Petit-Gats, directeur de la Coordination de l’accueil des familles demandeuses d’asile. 

Au-delà des nouveaux nés, rien qu’à Paris, les associations dénombrent également près de 700 enfants de tous aĝes qui dorment et vivent dehors.

535 personnes sont mortes à la rue en 2020

Pour les Français.es, l’espérance de vie s’élève à 82 ans. Mais pas pour les SDF qui meurent en moyenne à 49 ans. Si les femmes sans-abri sont moins nombreuses, leur espérance de vie est encore plus courte, et ne dépasse pas les 46 ans. Les principales causes de décès sont les maladies (36%) et les violences, comme les accidents ou les agressions (27%). Par ailleurs, près d’un tiers des SDF décédés souffrent d’une addiction – le plus souvent à l’alcool.

¼ des personnes sans-abri ont un travail

Un cliché qui tombe ? L’Institut National d’Études Démographiques (INED) nous apprend qu’un quart des personnes sans-abri ont un travail : souvent un emploi précaire et peu qualifié, non déclaré dans 22% des cas. Parmi ces SDF actifs, ¼ ont un CDD et 40% ont un CDI. Les secteurs qui reviennent le plus souvent sont le bâtiment, les services à la personne et l’hôtellerie-restauration.

40% des SDF ne bénéficient pas des prestations sociales

Beaucoup de personnes sans-abri ne touchent aucune aide de l’Etat. Parfois par manque d’information. Mais aussi, souvent, parce qu’elles ne sont simplement pas éligibles : c’est le cas quand les personnes sont trop jeunes (pour le RSA par exemple), ou pour les inscriptions nécessitant une adresse fixe sur le territoire. Néanmoins, la majorité des SDF continuent de voir un médecin au moins une fois par an.

38% des personnes sans-abri sont des femmes

Selon l’INED, deux SDF sur cinq sont des femmes. En revanche, les femmes sont très rarement sans-abri (5% seulement). Le plus souvent, elles dorment dans des hôtels ou des logements payés par des associations.

83% des personnes SDF disent ressentir le rejet des passants

Ce chiffre est d’autant plus parlant quand on le met en regard d’un autre pourcentage : 94% des citoyen.nes aimeraient agir contre la grande exclusion mais se sentent démuni.es, ou ne savent pas comment faire… Au comble de l’absurde, deux populations se côtoient, veulent se parler, mais n’y parviennent pas.

Partant de ce constant, La Cloche s’est donnée pour mission spécifique de recréer du lien social via des événements ouverts à tous (jardins publics, projets artistiques, etc.), ou des petits réseaux d’entraide à l’échelle du voisinage. “Nous ne voulons pas tomber dans une approche descendante, avec un aidant, et un aidé. Pour nous la base du lien social,  c’est juste passer du temps ensemble… c’est enrichissant pour tout le monde !”

Leur programme phare s’appelle Le Carillon. Le principe est simple. Dans les bars et les boutiques du quartier, les habitant.es pré-payent des cafés et les commerçant.es offrent des services essentiels : recharger son téléphone, utiliser les toilettes ou le wifi, imprimer un document… Puis les personnes sans-abri passent, quand elles peuvent, pour bénéficier de ces menues aides. Cette relation de confiance, unissant les habitant.es et les personnes à la rue, s’est tissée chez plus d’un millier de commerces un peu partout en France.

80% des SDF vivent seul.es

Comment finit-on dans la rue ? La majorité des personnes sans-abri ont connu un événement douloureux dans l’enfance (un quart ont été victimes de violences ou de mauvais traitements). D’autres ont simplement connu des difficultés financières. D’autres ont trébuché sur un accident de vie – et personne n’était là pour les relever… Avant tout, les personnes sans-abri sont des personnes privées de cercle social. La solitude est leur véritable point commun. Malgré tout, 20% des personnes sans-abri vivent en couple – parfois avec leurs enfants. “Chez 90% des sans-abri, rappelle La Cloche, la première demande, c’est le contact et l’écoute.”

4 millions de personnes seraient mal logées

Le sans-abrisme est la pointe aiguë d’un problème plus large : celui du mal logement. Dans un rapport de 2018, la Fondation Abbé Pierre estime qu’il existerait 4 millions de personnes habitant de force chez un tiers, ou des lieux dont ils ne peuvent pas payer le loyer, ou des lieux privés de confort… Autour de ce “noyau dur” existe une constellation plus large, aux contours flous, de personnes affectées par la crise du logement à divers degrés, mais avec de vraies répercussions sur la vie de famille, la santé… Au total, on estime que près de 15 millions de personnes seraient concernées. 

Dix chiffres. Et des millions de personnes dans le besoin.

On quitte les statistiques pour le concret ? Dans ce cas, donnez un coup de pouce à La Cloche : partagez son quizz sur le sans-abrisme – ça peut créer des déclics dans votre entourage. Et puis n’hésitez pas à découvrir leur campagne du moment : T’as pas 5 minutes ? De quoi créer une prise de conscience avant, peut-être, de s’engager comme bénévole dans les programmes ré_action de makesense ?